LES PIRATES ENTK EUX
écrivains 5 les gens tic lettres comme on dit. Ils vous accaparent dix, ving-t, cent intelligences par jour, et leur font avaler leur affaire comme nous faisons en ce moment. Un seul article de journal , s'il obtient mille lecteurs , pourrait combler la part d'un homme , et voilà qu'il y a des hommes qui chaque jour dressent leur traquenard par un article, qui dépossèdent conséquemment chaque jour un de leurs frères, en ce qui lui reviendrait de sa part d'attention générale ; et encore, non contents de cela, ils font des livres qui gardent pendant des jours entiers des milliers d'individus ! Les choses sont pourtant ainsi, vous le voyez bien. Le musicien ne vo^e pas mal aussi son monde 5 le peintre offre i!nc conscience moins chargée. Calculez donc , si vcus l'osez , soit que vous soyez absorbant ou absorbé, tout larbitrarc de cette loi de
Si LL CAPITAINE SADORD.
popularité, et n'omettez pas, parmi les principaux a{jents de ce détournement des droits généraux au profit du plus petit nombre ^ l'amour que nous inspirent les jeunes, et belles femmes— puis encore les événements, les faits sans cesse dominés ou causés par un seul homme, lequel mendie d'abord, puis arrache bientôt à chaque être une aumône de popularité.
La Perle passait donc pour avoir une marche prodigieuse ; le capitaine Giuseppe avait dans toutes les Antilles la réputation d'un extraordinaire aventurier. Que de gens déshérités de toute attention publique au prolit de ce morceau de bois et de ce bandit !
L'autre bricl; , celui que commandait ritalien , s'appelait le Colibri. Le Colibri est la Heur des airs. C'est un oiseau gros comme une piene précieuse. SU se pose y
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c'est une fleur de plus clans le bosquet ; s'il s'envolej c'est parmi les feuilles que secoue la brise; s'il vient se mêler à q[uelque Jjande folâtre de ses pareils, il semble qu'une jeune créole ait lancé son écrin par les airs î Nous avons cru long'-temps que le Colibri était un parfum vivant. Il n''en est rien ; c'est le papillon des savannes, seulement il ne procède pas par un insecte : son œuf, c'est une perle.
Ainsi Ribert montait le brick américain, Giuseppe le Colibri. Les deux navires voyageaient bord à bord ; les deux capitaines étaient de la meilleure intell ijjence du monde.
Avant d'attaquer la mer , ils avaient eu l'idée de former une associai ion en commandite pour l'exploitation des mers. Leur actif était les deux coques noires, bonnes à en écumcr la surface, hautes voilées, complcle-
ment armées et montées de {yens à tout faire; les dividendes devaient être également répartis au prorala des mises de fonds ou de lévaluaiion personnelle. Giuseppe avait mis quelque générosité dans l'acte en aecédant au partag-e de Tassocialion Ribert, dont il avait armé et munitionné le navire. Mais il avait des vues secrètes sur cette coque rapide j aussi l'acte social était-il conçu avec une loyauté inusitée. La part de cliacun était basée sur les services qu'il était propre à rendre, comme chez les Saint-Simoniens.
Les deux chef avaient , croyons-nous , la moitié des actions ou des bénéiices pour leur idée ^ le reste était abandonné aux actionnaires communs dont chacun avait une place dans l'exploitation de l'entreprise. Toutes ces actions-là étaient industrielles. En cas de rupture de la société en eomman-^ dite pour Vcxploilalion des mers y les deux
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gérants responsables devaient liquider^ sans inventaire et au meilleur port, les bénéfices de l'association. — C'était tout-à-fait bien arrangé.
Maintenant voici les rôles : la Perle devait canonner les navires passants, les poursuivre, les atteindre , les empêcher de passer outre f tandis qu'accourerait de son mieux le Colibri pour les aborder et les réduire. Cela reposait comme on voit sur des bases extrêmement simples , et les actionnaires y voyaient clair au dernier point.
Les voilà en mer! ^
ÏV.
Par un beau matin les vig'ies de la Perle , annoncèrent à Giuseppc la présence d'une voile à toute vue, dans Fliorison éloig:né que faisait miroiter le soleil levant.
Les deux capitaines forbans s'étaient construits une petite lactique de pavillons télég-rapliiques à l'aide desquels ils pouvaient se dire de loin une foule de choses prévues,