‹ Le capitaine SabordChapitre 7 sur 27 · LES TIRATES ENTR EUX · texte numérisé non relu

LES TIRATES ENTR EUX

eu égard a leur mission en commandite.

La Perle signala donc qu'elle allait se diriger de toute sa vitesse sur le navire aperçu, et s'il y avait lieu, comme on devait l'espérer, envoyer les plus solides boulets lui tatcr les flancs, tandis que le Colibri arriverait de son mieux et au plus vite caresser le plus près, en le serrant vivement dans ses bras , ce cher bâtiment dont on bénissait déjà la présence.

Chacun se couvrît donc de tout ce qu'il put placer de voiles. Mais la Perle ne tarda pas à laisser derrière elle le brick poussif que montait Giuseppe.

Or, le Colibri aiguisait ses haches d'abordage , mettait de fraîches amorces à ses pistolets, donnait le fil à ses sabres et la pointe a ses poignards , puis d'instants en instants tirait de long-s coups de longue-vue sur cette proie désirée que le soleil faisait

resplendir à l^liorison, tandis c[ug la Perle dirigeait vers elle sa proue impatiente.

En peu d'heures la brise assez fraîche et la mer unie portèrent le pirate près du bâtiment inconnu. Mais le Colibri était si loin en arrière de la Perle que Ribert ne crut pas devoii" commencer à distance un engag-ement que Giuseppe devait encore tant tarder à venir consommer par Fabordage.

Son brick allait donc d'une lame à l'autre y comme un oiseau indécis de branche en branche j sans résolution. L'acte de société portait : (c que le butin serait également partagé entre les deux bâtiments associés, pendant toute la durée de 1 association, et quelle que soit la participation plus ou moins g-rande que chacun des bâtiments aurait prise à l'affaire. » — A s'attaquer seul et à la tête d'un équipage neuf au navire qu'il avait dans ses cauxj Ribert se voyait sur

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les bras toute la coivée sans la certitude d'en rcc-oltcr tous les avaiitag<îs. Ces réflexions émanées de la commandite, agitèrent beaucoup le bandiL Puis il lui arriva une lumineuse idée. La Perle se trouvait alors îi petite pcrrlée de fusil du navire étranger, lerjuel allait toujours, le cap au nor<l-est, comm^ s'il n'avait pas eu le moindre pirate dans son îiorison. Le Colibri était encore à plus de deux lieues au larg-e, s'essoutllant dans les lames pour accourir plus vite au rendez-vous. Ribert avait reconnu du premier coup d'œil à quelle sorte de navire il avait à faire. C'était un de ces bâtiments du commerce de Marseille qui, après avoir vendu aux Antilles leur ricîie cargaison de comestibles, reviennent en France avec tout ce qu'il leur a été possible de ramasser de piastres, sur lesquelles les spéculateurs reconnaissent qu'ils ont moins à perdre que

sur les hoiicauts de sucre. La cale n'a donc de denrées coloniales que celles qui sont indlsi)ensables pour lester le navire , et un coups d'oeil exercé de marin révèle aisément loutes ces choses. Aussi, grand expert dans les questions pareilles , le capitaine de la Perle, excité d^ailîeurs par la présence de nombreux passag^ers à tournures aristocratiques qui se groupaient sur le pont du navire, le digne Ribert, sans égard pour la commandite , résolut d'exploiter pour son propre compte l'aventure que les avantages de sa marche rapide avaient mis sous son cap de forban. Il rétablit donc sa voilure un instant reployée , et gouvernant sur le provençal , il s'en approcha à portée de voix»

— Ohé du navire? — cria-t-il.

— Allah ! — répondirent les marchands.

Comme le but du pirate était moins de

parler au marseillais, que d'en avoir l'air.

LES PIRATES ENTr'ÈUX; GS

à cause de l'attention soutenue que Giuscppc portait sur ses mou vemehts 5 il ne sut pas trop quî)i dire après cette réponse 5 dans la crainte y ou de se compromettre par rapport RU projet qu'il avait conçu <, ou de faire écîore des soupçons qui pouvaient en en^ traîner la ruine*

— Auriez-vous la monnaie de cent sous 9 is'il vous plaît ?

Ceci fut dit à voix couverte, moitié deliors, moitié dedans le porte-voix. Les passag-ers et l'équipag-c du provençal s'étaient curieusement réunis sur le bord, en disposant une oreille attentive à l'entretien qui allait se nouer entre les deux bâtiments. Ils paraissaient du reste sans défiance sur la nature de cette rencontre , car une g'rande partie de l'équipage des pirates s'était soustraite aux regards, et le pont de la Perle avait cette pliysionomic dé:-:crle et mal eu

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ordre qu'ont tous les bâtiments marcliands. La construction américaine de celui-ci devait d'aireurs contribuer à écarter tout soupçon.

— Que diable nous dit-il donc ? — demandait le capitaine provençal à ses officiers

— entendez-vous, vous autres? C'est du norwég-ien , je crois.

— Ou de l'espajjnol , — dit un autre.

— Ou de l'anglais, — ajouta le suivant.

— Ou de l'américain , — reprit un plaisant qui ne voulait pas l'être.

— En tout cas, ça n'est pas français >

— reprit le capitaine.

Quelques instants plus tard, Ribcrt faisait bisser à la corne la splière dorée sur son fond blanc dont se panache la marine portugaise. Puis, comme il était nécessaire que cet entretien parut encore durer quelques instants, le pirate essaya d'engager

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de nouveau la conversation , mais de façon à pitjuer la curiosité du marseillais et de telle sorte que l' hésitation de son monde à la recherche du sens inconnu de ses paroles fut bien remarquée et interprétée par les vig"ies attentives du Colibri.

■ Aussi reprit-il son porte-vois dans lequel il cria pendant dix minutes, recevant de temps en temps de la. part du navire marchand des protestations de l'attention la plus inutiîe.

— Je ne comprends pas ce que vous dites!— s'écria \^ marchand, reprenant sa phrase dans toutes les lang-ues qu'il savait, ou qu'il se faisait soulHcr par ses compagnons. Aussi tout le monde s'agitait-il et se retournait-il sur le pont au gré des déi^irs de Ribert. ■ ' : î:

A la vue de ces pourparlers animés que iiiuscppe examinait de loin à l'aide de sa

lunette d'approche y le pirate ne douta plus que quelque chose d'extraordinaire et d'ir nattendu ne se passM entre les deux navires^ aussi ^çvina-t-il que le langag-c plus exr pressif du canon , auquel il s'était tout d'abord attendu , ne s'était arrêté qu'en face de quelque événement important.

C'était hjen là. ce qu'ayait désiré le commandant de la Perle : aussi dès qu'il jug^ea que tout l'effet désirable était produit :

— Je vous remercie bien ! — cria-t-il au provençal étonné ; puis il ajouta en dernier lieu et d'une façon tout-à-fait distincte: — Dans quel air de vent jyouvernez-vous ?

Comme ces paroles étaient les premières que comprissent bien réellement les curieux depuis si long-temps excités par cette scène,^ ^Is répondirent avec empressement :

— A l'^st-Bord-est ^ signor î

*r- Va donÇj mon amour î se dit le pirate?,

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