‹ Le capitalChapitre 110 sur 356 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de l'exploitation capitaliste, tout aussi bien que la fabrique elle-même. La législation fut. donc forcée d’effacer peu à peu son caractère exceptionnel, ou de procéder, comme en Angleterre, suivant la casuistique romaine, déclarant, d’après sa convenance, que n’importe quelle maison où l’on travaille est une fabrique (factory 1 ).

Secondement : L’histoire de la réglementation de la journée de travail dans quelques branches de la production, et, dans les autres branches, la lutte qui dure encore au sujet de cette réglementation, démontrent jusqu’à l’évidence que le travailleur isolé, le travailleur, en tant que vendeur « libre » de sa force de travail, succombe sans résistance possible, dès que la production capitaliste a atteint un certain degré. La création d’une journée de travail normale est par conséquent le résultat d’une guerre civile longue, opiniâtre et plus ou moins dissimulée entre la classe capitaliste et la classe ouvrière. La lutte ayant commencé dans le domaine de l’industrie moderne, elle devait par conséquent être déclarée d’abord dans la patrie même de cette industrie, l’Angleterre 2 . Les ouvriers manufacturiers anglais furent les premiers champions de la classe ouvrière moderne et lèurs théoriciens furent les premiers qui attaquèrent la théorie du capital 3 . Aussi le philosophe manufacturier, le docteur Ure, déclare-t-il que c’est pour la classe ouvrière anglaise une honte ineffaçable d’avoir inscrit sur ses drapeaux « l’esclavage des lois de fabrique, » tandis que le capital combattait virilement pour « la liberté pleine et entière du travail 4 . »

La France marche à pas lents sur les traces de l’Angleterre. Il lui faut la révolution de Février (1848)

1. « Les lois de la dernière session (1864) embrassent une foule d’industries dont les procédés sont très-differents, et l’usage de la vapeur pour mettre en mouvement les machines n’est plus comme précédemment un des éléments nécessaires pour constituer ce que légalement on nomme une fabrique. » (Reports, etc., for 31 oct. 1864, p. 8.)

2. La Belgique, ce paradis du libéralisme continental, ne laisse voir aucune trace de ce mouvement. Même dans ses houillères et ses mines de métal, des travailleurs des deux sexes et de tout âge sont consommés avec une ■ Liberté » complète, sans aucune limite de temps. Sur 1000 personnes employées il y a 733 hommes, 88 femmes, 135 garçons et 44 jeunes filles au-dessous de 16 ans. Dans ies hauts fourneaux sur 1000 également, il y a 688 hommes, 149 femmes, 98 garçons et 85 jeunes filles au-dessous de 16 ans. Ajoutons à cela que le salaire est peu élevé en comparaison de l’exploitation énorme des forces de travail parvenues ou non à maturité ; il est par jour en moyenne de 2 sh. 8 d. pour hommes, 1 sh. 8 d. pour femmes et 2 */j d. pour les garçons. Aussi la Belgique a-t-elle en 1863, comparativement avec 1850, à peu près doublé la quantité et la valeur de son exportation de charbon, de fer, etc.

3. Quand Robert Owen, immédiatement après les dix premières années de ce siècle, soutint théoriquement non-seuement la nécessité d’une limitation de la journée de travail, mais encoru établit réellement la journée de 10 heures dans sa fabrique de New-Lanark, on se moqua de cette innovation comme d’une utopie communiste. On persifla son ■ union du travail productif avec l’éducation des enfants », et les coopérations ouvrières qu’il appela le premier à la vie. Aujourd’hui la première de ces utopies est une loi de l’État, la seconde figure comme phrase officielle dans tous les Factory Acts, et la troisième va jusqu’à servir de manteau pour couvrir des manœuvres réactionnaires.

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