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CHAPITRE XXY

dont nous examinerons plus tard la genèse, devient le point de départ de l’industrie moderne, cet ensemble de combinaisons sociales et de procédés techniques que nous avons nommé le mode spécifique de la production capitaliste ou la production capitaliste proprement dite. Mais toutes les méthodes que celle-ci emploie pour fertiliser le travail sont autant de méthodes pour augmenter la plusvalue ou le produit net, ,pour alimenter la source de l’accumulation, pour produire le capital au moyen du capital. Si donc l’accumulation doit avoir atteint un certain degré de grandeur pour que le mode spécifique de la production capitaliste puisse s’établir, celui-ci accélère par contre-coup l’accumulation dont le progrès ultérieur, en permettant de dilater encore l’échelle des entreprises, réagit de nouveau sur le dévelôppement de la production capitaliste, etc. Ces deux facteurs économiques, en raison composée de l’impulsion réciproque qu ils se donnent ainsi, provoquent dans la composition technique du capital les changements qui en amoindrissent progressivement la partie variable par rapport à la partie constante.

Chacun d’entre les capitaux individuels dont le capital social se compose représente de prime abord une certaine concentration , entre les mains d’un capitaliste, de moyens de production et de moyens d’entretien du travail, et, à mesure qu’il s’accumule, cette concentration s’étend. En augmentant les éléments reproductifs de la richesse, l’accumulation opère donc en même temps leur concentration croissante entre les mains d’entrepreneurs privés. Toutefois ce genre de concentration qui est le corollaire obligé de l’accumulation se meut entre des limites plus ou moins étroites.

Le capital social, réparti entre les différentes sphères de production, y revêt la forme d’une multitude de capitaux individuels qui, les uns à côté des autres, parcourent leur mouvement d’accumulation, c’est-à-dire de reproduction, sur une échelle progressive. Ce mouvement produit d’abord le surplus d’éléments constituants ,de la richesse qu’il agrège ensuite à leurs groupes déjà combinés et faisant office de capital. Proportionnellement à sa grandeur déjà acquise et au degré de sa force reproductrice, chacun de ces groupes, chaque capital, s’enrichit de ces éléments- supplémentaires, fait ainsi acte de vitalité propre, maintient, en l’agrandisâant, son existence distincte, et limite la sphère d’action des autres. Le mouvement de concentration se disperse donc non-seulement sur autant de points que l’accumulation, mais le fractionnement du capital social en une multitude de capitaux indépendants les uns des autres se consolide précisément parce que tout capital individuel fonctionne comme foyer de concentration relatif.

Gomme la somme d’incréments dont l’accumulation augmente les capitaux individuels va grossir d’autant le capital social, la concentration relative que tous ces capitaux représentent en moyenne ne peut croître sans un accroissement simultané du capital social — de la richesse sociale vouée à la reproduction. C’est là une première limite de la con¬

centration qui n’est que le corollaire de l’accumulation.

Ce n’est pas tout. L’accumulation du capital social résulte non-seulement de l’agrandissement graduel des capitaux individuels, mais encore de l’accroissement de leur nombre, soit que des valeurs dormantes se convertissent en capitaux, soit que des boutures d’anciens capitaux s’en détachent pour prendre racine indépendamment de leur souche. Enfin de gros capitaux lentement accumulés se fractionnent à un moment donné en plusieurs capitaux distincts;, par exemple, à l’occasion d’un partage de succession chez des familles capitalistes. La concentration est ainsi traversée et par la formation de nouveaux capitaux et par la division d’anciens.

Le mouvement de l’accumulation sociale présente donc d’un côté une concentration croissante, entre les mains d’entrepreneurs privés, des éléments reproductifs de la richesse, et de l’autre la dispersion et la multiplication des foyers d’accumulation et de concentration relatifs, qui se repoussent mutuellement de leurs orbites particuliers.

A un certain point du progrès économique, ce morcellement du capital social en une multitude de capitaux individuels, ou le mouvement de répulsion de ses parties intégrantes, vient à être contrarié par le mouvemenL opposé de leur attraction mutuelle. Ce n’est plus la concentration qui se confond avec l’accumulation, mais bien un procès foncièrement distinct, c’est l’attraGtion qui réunit différents foyers d’accumulation et de concentration, la concentration de capitaux déjà formés, la fusion d’un nombre supérieur de capitaux en un nombre moindre, en un mot, la centralisation proprement dite.

Nous n’avons pas ici à approfondir les lois de cette centralisation, l’attraction du capital par le capital, mais seulement à en donner quelques aperçus rapides.

La guerre de la concurrence se fait à coups de bas prix. Le bon marché des produits dépend, cæteris paribus , de la productivité du travail, et celleci de l’échelle des entreprises. Les gros capitaux battent donc les petits.

Nous avons vu ailleurs que, plus le mode de production capitaliste se développe, et plus augmente le minimum des avances nécessaires pour exploiter une industrie dans ses conditions normales. Les petits capitaux affluent donc aux sphères de production dont la grande industrie ne s’est pas encore emparée, où dont elle ne s’est emparée que d’une manière imparfaite. La concurrence y fait rage en raison directe du chiffre et en raison inverse de la grandeur des capitaux engagés. Elle se termine toujours par la ruine d’un bon nombre de petits capitalistes dont les capitaux périssent en partie et passent en partie entre les mains du vainqueur.

Le développement de la production capitaliste enfante une puissance tout à fait nouvelle, le crédit, qui à ses origines s’introduit sournoisement comme une aide modeste de l’accumulation, puis devient bientôt une arme additionnelle et terrible de la guerre de la concurrence, et se transforme enfin

en un immense machinisme social destiné à centraliser les capitaux.

A mesure que l’accumulation et la production capitalistes s’épanouissent, la concurrence et le crédit, les agents les plus puissants de la centralisation, prennent leur essor. De même, le progrès de l’accumulation augmente la matière à centraliser — les capitaux individuels — et le développement du mode de production capitaliste crée, avec le besoin social, aussi les facilités techniques de ces vastes entreprises dont la mise en œuvre exige une centralisation préalable du capital. De notre temps la force d’attraction entre les capitaux individuels et la tendance à la centralisation l’emportent donc plus qu’à aucune période antérieure. Mais, bien que la portée et l’énergie relatives du mouvement centralisateur soient dans une certaine mesure déterminées par la grandeur acquise de la richesse capitaliste et la supériorité de son mécanisme économique, • le progrès de la centralisation ne dépend pas d’un accroissement positif du capital social. C’est ce qui la distingue avant tout de la concentration qui n’est que le corollaire de la reproduction sur une échelle progressive. La centralisation n’exige qu’un changement de distribution des capitaux présents, qu’une modification dans l’arrangement quantitatif des parties intégrantes du capital social.

Le capital pourra grossir ici par grandes masses, en une seule main, parce que là il s’échappera d’un grand nombre. Dans une branche de production particulière, la centralisation n’aurait atteint sa dernière limite qu’au moment où tous les capitaux qui s’y trouvent engagés ne formeraient plus qu’un seul capital individuel. Dans une société donnée elle n’aurait atteint sa dernière limite qu’au moment où le capital national tout entier ne formerait plus qu’un seul capital entre les mains d’un seul capitaliste ou d’une seule compagnie de capitalistes.

La centralisation ne fait que suppléer à l’œuvre de l’accumulation en mettant les industriels à même d’étendre l’échelle de leurs opérations. Que ce résultat soit dû à l’accumulation ou à la centralisation, que celle-ci se fasse par le procédé violent de l’annexion— certains capitaux devenant des centres de gravitation si puissants à l’égard d’autres capitaux, qu’ils en détruisent la cohésion individuelle et s’enrichissent de leurs éléments désagrégés — ou que la fusion d’une foule de capitaux soit déjà formés, soit en voie de formation, s’accomplisse par le procédé plus doucereux des sociétés par actions, etc., — l’effet économique n’en restera pas moins le même. L’échelle étendue des entreprises sera toujours le point de départ d’une organisation plus vaste du travail collectif, d’un développement plus large de ses ressorts matériels, en'un mot, delà transformation progressive de procès de production parcellaires et routiniers en procès de pro duclion socialement combinés et scientifiquement ordonnés.

Mais il est évident que l’accumulation, l’accroissement graduel du capital au moyen de la reproduction en ligne-spirale, n’est qu’un procédé lent comparé à celui de la centralisation qui en premier

lieu ne fait que changer le groupement quantitatif des parties intégrantes, du capital social. Le monde se passerait encore du système des voies ferrées, par exemple, s’il eût dû attendre le moment où les capitaux individuels se fussent assez arrondis par l’accumulation pour être en état de se charger d’une telle besogne. La centralisation du capital, au moyen des sociétés par actions, y a pourvu, pour ainsi dire, en un tour de main. En grossissant, en accélérant ainsi les effets de l’accumulation, la centralisation étend et précipite les changements dans la cumposition technique du capital, changements qui augmentent sa partie constante aux dépens de sa partie variable ou occasionnent un décroissement dans la demande relative du travail.

Les gros capitaux, improvisés par la centralisation, se reproduisent comme les autres, mais plus vite que les autres, et deviennent ainsi à leur tour de puissants agents de l’accumulation sociale. C’est dans ce sens qu’en parlant du progrès de celle-ci l’on est fondé à sous-entendre les effets produits par la centralisation.

Les capitaux supplémentaires 1 , fournis par l’accumulation, se prêtent de préférence comme véhicules pour les nouvelles inventions, découvertes, etc., en un mot, les perfectionnements industriels, mais l’ancien capital, dès qu’il a atteint sa période de renouvellement intégral, fait peau neuve et se reproduit aussi dans la forme technique perfectionnée, où une moindre quantité de force ouvrière suffit pour mettre en œuvre une masse supérieure d’outillage et de matières. La diminution absolue dans la demande de travail, qu’amène cette métamorphose technique, doit devenir d’autant plus sensible que les capitaux qui y passent ont déjà été grossis par le mouvement centralisateur.

D’une part donc, le capital additionnel qui se forme dans le cours de l’accumulation renforcée par la centralisation attire proportionnellement à sa grandeur un nombre de travailleurs toujours décroissant. D’autre part, les métamorphoses techniques et les changements correspondants dans la composition-valeur que l’ancien capital subit périodiquement font qu’il repousse un nombre de plus en plus grand de travailleurs jadis attirés par lui.

Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve.

La demande de travail absolue qu’occasionne un capital est en raison non de sa grandeur absolue, mais de celle de sa partie variable, qui seule s’échange contre la force ouvrière. La demande de travail relative qu’occasionne un capital, c’est-àdire la proportion entre sa propre grandeur et la quantité de travail qu’il absorbe, est déterminée par la grandeur proportionnelle de sa fraction variable. Nous venons de démontrer que l’accumulation qui fait grossir le capital social réduit simulta-

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