‹ Le capitalChapitre 274 sur 356 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

nément la grandeur proportionnelle de sa partie variable et diminue ainsi la demande de travail relative. Maintenant, quel est l’effet de ce mouvement sur le sort de la classe salariée?

Pour résoudre ce problème, il est clair qu’il faut d’abord examiner de quelle manière l’amomdrissement subi par la partie variable d’un capital en voie d’accumulation affecte la grandeur absolue de cette partie, et par conséquent de quelle manière une diminution survenue dans la demande de travail relative réagit sur la demande de travail absolue ou effective.

Tant qu'un capital ne change pas de grandeur, tout décroissement proportionnel de sa partie variable en est du même coup un décroissement absolu. Pour qu’il en soit autrement, il faut que le décroissement proportionnel soit contre-balancé par une augmentation survenue dans la somme totale de la valeur-capital avancée. La partie variable qui fonctionne comme fonds de salaire diminue donc en raison directe du décroissement de sa grandeur proportionnelle et en raison inverse de l’accroissement simultané du capital tout entier. Partant de cette prémisse,nous obtenons les combinaisons suivantes :

Premièrement : Si la grandeur proportionnelle du capital variable décroît en raison inverse de l’accroissement du capital tout entier, le fonds de salaire ne change pas de grandeur absolue. Il s’élèvera, par exemple, toujours à 400 francs, qu’il forme deux cinquièmes d’un capital de 1000 francs ou un cinquième d’un capital de 2000 francs.

deuxièmement : Si la grandeur proportionnelle du capital variable décroît en raison supérieure à celle de l’accroissement du capital tout entier, le fonds de salaire subit une diminution absolue, malgré l’augmentation absolue de la valeur-capital avancée.

Troisièmement : Si la grandeur proportionnelle du capital variable décroît en raison inférieure à celle de l’accroissement du capital tout entier, le fonds de salaire subit une augmentation absolue, malgré la diminution survenue dans sa grandeur proportionnelle.

Au point de vue de l’accumulation sociale, ces différentes combinaisons affectent la forme et d’autant de phases successives -que les masses du capital social réparties entre les différentes sphères de production parcourent l’une après l’autre, souvent en sens divers, et d’autant de conditions diverses simultanément présentées par différentes sphères de production. Dans le chapitre sur la grande industrie nous avons considéré ces deux aspects du mouvement.

On se souvient, par exemple, de fabriques où un même nombre d’ouvriers suffit à mettre en œuvre une somme croissante de matières et d’outillage. Là l’accroissement du capital ne provenant que de l’extension de sa partie constante fait diminuer d’autant la grandeur proportionnelle de sa partie variable ou la masse proportionnelle de la force ouvrière exploitée, mais n’en altère pas la grandeur absolue.

Gomme exemples d’une diminution absolue du nombre des ouvriers occupés dans certaines grandes branches d’industrie et de son augmentation simultanée dans d’autres, bien que toutes se soient égale¬

ment signalées par l’accroissement du capital y engagé et le progrès de leur productivité, nous mentionnerons ici qu’en Angleterre, de 1851 à 1861, le personnel engagé dans l’agriculture s’est abaissé de 2 011,447 individus à 1,924,110 ; celui ennagé dans la manufacture de laine longue de 102,714 a 79,249 ; celui engagé dans la fabrique de soie de 111,940 à 101,678, tandis que dans la même période le personnel engagé dans la filature et la tissanderie de coton s’est élevé de 371,777 individus à 456,646, et celui engagé dans les manufactures de fer de 68,053 à 125,711 L

Enfin, quant à l’autre face de l’accumulation sociale, qui montre son progrès dans une même branche d’industrie alternativement suivi d’augmentation, de diminution ou de l’état stationnaire du chiffre des ouvriers employés, l’histoire des péripéties subies par l’industrie cotonnière nous en a fourni l’exemple le plus frappant.

En examinant une période de plusieurs années, par exemple, une période décennale, nous trouverons en général qu’avec le progrès de l’accumulation sociale le nombre des ouvriers exploités s’est aussi augmenté, bien que les différentes années prises à part contribuent à des degrés très-divers à ce résultat, ou que certaines même n’y contribuent pas du tout. Il faut donc bien que l’état stationnaire, ou le décroissement, du chiffre absolu de la population ouvrière occupée, qu’on trouve au bout du compte dans quelques industries à côté d’un considérable accroissement du capital y engagé, aient été plus que compensés par d’autres industries où l’augmentation de la force ouvrière employée l’a définitivement, emporté sur les mouvements en sens contraire. Mais ce résultat ne s’obtient qu’au milieu de secousses et dans des conditions de plus en plus difficiles à remplir.

Le décroissement proportionnel de grandeur que la partie variable du capital subit, dans le cours de l’accumulation et dé l’extension simultanée des puissances du travail, est progressif.. Que, par exemple, le rapport entre le capital constant et le capital variable fût à l’origine comme 1 : 1, et il deviendra 2 :1, 3 : 1, 5:1, 6 : 1, etc., en sorte que de degré en dégré|, £, |, f, etc., de la valeur-capital totale, s’avancent en moyens de production et, par contre, ii \i ii ii etc -> seulement, en force ouvrière. Quand même la somme totale du capital serait dans le même ordre, triplée, quadruplée, sextuplée, septuplée, etc., cela ne suffirait pas à faire augmenter le nombre des ouvriers employés. Pour produire cet effet, il faut que l’exposant de la raison dans laquelle la masse du capital social augmente soit supérieur à celui de la raison dans laquelle le 'onds de salaire diminue de grandeur proportionnelle.

Donc, plus bas est déjà descendu son chiffre proportionnel, plus rapide doit être la progression dans laquelle le capital social augmente : mais cette progression même devient la source de nouveaux changements techniques qui réduisent encore la demande de travail relative. Le jeu est donc à recommencer.

1. Census of England and Wales, 1861, vol. III, p. 36 et 39. London, 1863.

Dans le chapitre sur la grande industrie, nous avons longuement traité des causes qui font qu’cn dépit des tendances contraires les rangs des salariés grossissent avec le progrès de l’accumulation. Nous rappelerq§s ici en quelques mots ce qui a immédiatement trait à notre sujet.

Le même développement des pouvoirs productifs du travail, qui occasionne une diminution, non-seulement relative, mais souvent absolue, du nombre des ouvriers employés dans certaines grandes branches d'industrie, permet à celles-ci de livrer une masse toujours croissante de produits à bon marché. Elles stimulent ainsi d’autres industries, celles à qui elles fournissent des moyens de production, ou bien celles dont elles tirent leurs matières, instruments, etc.; elles en provoquent l’extension. L’effet produit sur le marché de travail de ces industries sera trèsconsidérable, si le travail à la main y prédomine. « L’augmentation du nombre des ouvriers », dit le rédacteur officiel du Recensement du Peuple Anglais en 1861 , — « atteint en général son maximun dans les branches d’industrie où les machines n’ont pas encore été introduites avec succès 1 . « Mais nous avons vu ailleurs que toutes ces industries passent à leur tour par la métamorphose technique qui les adapte au mode de production moderne.

Les nouvelles branches de la production auxquelles le progrès économique donne lieu forment autant de débouchés additionnels pour le travail. A leur origine ils revêtent la forme du métier, de la manufacture, ou enfin celle de la grande industrie. Dans les deux premiers cas, il leur faudra passer par la trans^ formation mécanique, daDS le dernier la centralisation du capital leur permet de mettre sur pied d’immenses armées industrielles qui étonnent la vue et semblent sortir de terre. Mais, si vaste que paraisse la force ouvrière ainsi embauchée, son chiffre proportionnel, tout d’abord faible comparé à la masse du capital engagé, décroît aussitôt que ces industries ont pris racine.

Enfin, il y a des intervalles où les bouleversements techniques se font moins sentir, où l’accumulation se présente davantage comme un mouvement d’extension quantitative sur la nouvelle base technique une fois acquise. Alors, quelle que soit la composition actuelle du capital, la loi selon laquelle la demande de travail augmente dans la même proportion que le capital recommence plus ou moins à opérer. Mais, en même temps que le nombre des ouvriers attirés par le capital atteint son maximum, les produits deviennent si surabondants qu’au moindre obstacle dans leur écoulement le mécanisme social semble s’arrêter; la répulsion du travail par le capital opère tout d’un coup, sur la plus vaste échelle et de la manière la plus violente ; le désarroi même impose aux capitalistes des efforts suprêmes pour économiser le travail. Des perfectionnements de détail graduellement accumulés se concentrent alors pour ainsi dire sous cette haute pression ; ils s’incarnent dans des changements techniques qui révolutionnent la composition du capital sur toute la phériphérie de grandes sphères de production. C’est ainsi que la

guerre civile américaine poussa les filateurs anglais à peupler leurs ateliers de machines plus puissantes et à les dépeupler de travailleurs. Enfin, la durée de ces intervalles où l’accumulation favorise le plus la demande de travail se raccourcit progressivement.

Ainsi donc, dès que l’industrie mécanique prend le dessus, le progrès de l’accumulation redouble l’énergie des forces qui tendent à diminuer la grandeur proportionnelle du capital variable et affaiblit celles qui tendent à en augmenter la grandeur absolue. Il augmente avec le capital social dont il lait partie, mais il augmente en proportion décroissante 1 .

La demande de travail effective étant réglée nonseulement par la grandeur du capital variable déjà mis en oeuvre, mais encore par la moyenne de son accroissement continu, l’offre de travail reste normale tant qu’elle suit ce mouvement. Mais, quand le capital variable descend à une moyenne d’accroissement inférieure, la même offre de travail qui était jusque-là normale devient désormais anormale, surabondante, de sorte qu’une fraction plus ou moins considérable de la classe salariée, ayant cessé d’être nécessaire pour la mise en valeur du capital, et perdu sa raison d’être, est maintenant devenue superflue, surnuméraire. Gomme ce jeu continue à se répéter avec la marche ascendante de l’accumulation, celle-ci traîne à sa suite une surpopulation croissante.

La loi de la décroissance proportionnelle du capital variable, et de la diminution correspondante dans la demande de travail relative, a donc pour corollaires l’accroissement, absolu du capital variable et l’augmentation absolue de la demande de travail suivant une proportion décroissante, et enfin pour complément : la production d’une surpopulation relative. Nous l’appelons « relative », parce qu’elle provient non d’un accroissement positif de la population ouvrière qui dépasserait les limites de la richesse en voie d’accumulation, mais, au contraire, d’un accroissement accéléré du capital social qui lui permet de se passer d’une partie plus ou moins considérable de ses manouvriers. Gomme cette surpopulation n’existe que par rapport aux besoins momentanés de l’exploitation capitaliste, elle peut s’enfler et se resserrer d’une manière subite.

En produisant l’accumulation du capital, et à mesure qu'elle y réussit, la classe salariée produit donc elle-même les instruments de sa mise en retraite ou de sa métamorphose en surpopulation relative. Yoilà la loi de population qui distingue l’époque capitaliste et correspond à son tnode de production particulier. En effet, chacun des modes historiques de la production sociale a aussi sa loi de population propre, loi qui ne s’applique qu’à

1. Un exemple frappant de cette augmentation en raison décroissante est fourni par le mouvement de la fabrique de toiles de coton peintes. Que l’on compare ces chiffres : en Angleterre cette industrie exporta en 1851 577 867 229 yards (le yardégaleO,914millimètres) d’unevaleurde 10295621 l.st., mais en 1861: 828 873 922 yards d’une valeur de 14 211 5721. st. Le nombre des salariés employés, qui était en 1851 de 12 098, ne s’était élevé en 1861 qu’à 12556, ce qui fait un surcroît de 458 individus,, ou, pour toute la période décennale, une augmentation de 4 pour 100 à peu près.

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