Public Health. Eight Report. Lond., 1866, p
outre mesure, et les « embellissements 33 octroyés par le Parlement n’en sont encore qu’au début.
Les ouvriers chassés par la démolition de leurs anciennes demeures ne quittent point leur paroisse, ou ils s’en établissent le plus près possible, sur la lisière. « Ils cherchent naturellement à se loger dans le voisinage de leur atelier, d’où il résulte que la famille qui avait deux chambres est forcée de se réduire à une seule. Lors même que le loyer en est plus élevé, le logement nouveau est pire que celui, déjà mauvais, d’où on les a expulsés. La moitié des ouvriers du Strand sont déjà obligés de faire une course de deux milles pour se rendre à leur atelier. 33 Ce Strand, dont la rue principale donne à l’étranger une haute idée de la richesse londonienne, va précisément nous fournir un exemple de l’entassement humain qui règne à Londres. L’employé de la police sanitaire a compté dans une de ses paroisses cinq cent quatre-vingt-un habitants par acre, quoique la moitié du lit de la Tamise fût comprise dans cette estimation. Il va de soi que toute mesure de police qui, comme cela s’est fait jusqu’ici à Londres, chasse les ouvriers d’un quartier en en faisant démolir les maisons inhabitables, ne sert qu’à les entasser plus à l’étroit dans un autre. « Ou bien il faut absolument 33, dit le docteur Hunter, « que ce mode absurde de procéder ait un terme, ou bien la sympathie publique (!) doit s’éveiller pour ce que l’on peut appeler sans exagération un devoir national. Il s’agit de fournir un abri à des gens qui ne peuvent s’en procurer faute de capital, mais n’en rémunèrent pas moins leurs propriétaires par des payements périodiques 1 . 33 Admirez la justice capitaliste 1 Si le propriétaire foncier, le propriétaire de maisons, l’homme d’affaires, sont expropriés pour causes d’améliorations, telles que chemins de fer, construction de rues nouvelles, etc., ils n’obtiennent pas seulement indemnité pleine et entière. Il faut encore, selon le droit et l’équité, les consoler de leur « abstinence, 33 de leur « renoncement 33 forcé, en leur octroyant un bon pourboire. Le travailleur, lui, est jeté sur le pavé avec sa femme, ses enfants et son saint-crépin, et, s’il se presse par trop grandes masses vers les quartiers de la ville où la municipalité est à cheval sur les convenances, il est traqué par la police au nom de la salubrité publique !
Au commencement du dix-neuvième siècle il n’y avait, en dehors de Londres, pas une seule ville en Angleterre qui comptât cent mille habitants. Cinq seulement en comptaient plus de cinquante mille. Il en existe aujourd’hui vingt-huit dont la population dépasse ce nombre. «L’augmentation énorme de la population des villes n’a pas été le seul résultat de ce changement, mais les anciennes petites villes compactes sont devenues des centres autour desquels des constructions s’élèvent de tous côtés, ne laissant arriver l’air de nulle part. Les riches, ne les trouvant plus agréables, les quittent pour les faubourgs, où ils se plaisent davantage. Les successeurs de ces riches viennent donc occuper leurs grandes maisons ; une famille s’installe dans chaque chambre, souvent même avec des sous-locataires. C’est ainsi qu’une
population entière s’est installée dans des habitations qui n’étaient pas disposées pour elle, et où elle était absolument déplacée, livrée à des influences dégradantes pour les adultes et pernicieuses pour les enfants 1 . »
A mesure que l’accumulation du capital s’accélère dans une ville industrielle ou commerciale, et qu’y afflue le matériel humain exploitable, les logements improvisés des travailleurs empirent. Newcastle-on- Tyne, centre d'un district dont les mines de charbon et les carrières s’exploitent toujours plus en grand, vient immédiatement après Londres sur l’échelle des habitations infernales. Il ne s’y trouve pas moins de trente-quatr 1 mille individus qui habitent en chambrées. La police y a fait démolir récemment, ainsi qu’à Gateshead, un grand nombre de maisons pour cause de danger public. La construction des maisons nouvelles marche très-lentement, mais les affaires vont très-vite. Aussi la ville était-elle en 1865 bien plus encombrée qu’auparavant. A peine s’y trouvait-il une seule chambre à louer. « Il est hors de doute, dit le docteur Embleton, médecin de l’hôpital des fiévreux de Newcastle, que la duréê et l’expansion du typhus n’ont pas d’autre cause que l’entassement die tant d’êtres humains dans des logements malpropres. Les maisons où demeurent ordinairement les ouvriers sont situées dans des impasses ou des cours fermées. Au point de vue de la lumière, de l’air, de l’espace et de la propreté, rien de plus défectueux et de plus insalubre ; c’est une honte pour tout pays civilisé. Hommes, femmes et enfants, y couchent la nuit pêle-mêle. A l’égard des hommes, la série de nuit y succède à la série de jour sans interruption, si bien que les lits n’ont pas même le temps de refroidir. Manque d’eau, absence presque complète de latrines, pas de ventilation, une puanteur et une peste 2 . » Le prix de location de tels bouges est de 8 d. à 3 sh. par semaine. « Newcastle-upon-Tyne, dit le docteur Hunter, nous offre l’exemple d’une des plus belles races de nos compatriotes tombée dans une dégradation presque sauvage, sous l’influence de ces circonstances purement externes, l’habitgtion et la rue 3 . »
Suivant le flux et le reflux du capital et du travail, l’état des logements dans une ville industrielle peut être aujourd’hui supportable et demain abominable. Si l’édilité s’est enfin décidée à faire un effort pour écarter les abus les plus criants, voilà qu’un essaim de sauterelles, un troupeau d’Irlandais déguénillés ou de pauvres travailleurs agricoles anglais, fait subitement invasion. On les amoncèlc dans des caves et des greniers, ou bien on transforme la ci-devant respectable maison du travailleur en une sorte de camp volant dont le personnel se renouvelle sans cesse. Exemple : Bradford. Le Philistin municipal y était justement occupé de réformes urbaines; il s’y trouvait en outre, en 1861, 1751 maisons inhabitées : mais soudain les affaires se mettent à prendre cette bonne tournure dont le
doux, le libéral et négrophile M. Forster atout récemment caqueté avec tant de grâce : alors, naturellement, avec la reprise des affaires, débordement des vagues sans cesse mouvantes de « l’armée de réserve», de la surpopulation relative. Des travailleurs, la plupart bien payés, sont contraints d’habiter les caves et les chambres horribles décrites dans la note ci-dessous *, qui contient une liste transmise au docteur Hunter par l’agent d’une société d’assurance. Ils se déclarent tout prêts à prendre de meilleurs logements, s’il s’en trouvait; en attendant la dégradation va son train, et la mala'die les enlève l’un après l’autre. Et, pendant ce temps, le doux, le libéral M. Forster célèbre, avec des larmes d’attendrissement, les immenses bienfaits de la liberté commerciale, du laisser faire laisser passer , et aussi les immenses bénéfices de ces fortes têtes de Bradford qui s’adonnent à l’étude de la laine longue.
Dans son rapport du 5 septembre 1865, le docteur Bell, un des médecins des pauvres de Bradford, attribue, lui aussi, la terrible mortalité parmi les malades de son district atteints de fièvres,à l’influence horriblement malsaine des logements qu’ils habitent. « Dans une cave de 1500 pieds cubes dix personnes logent ensemble.... Vincent Street, Green Air Place et les Leys, contiennent 223 maisons avec 1450 habitants, 435 lits et 36 lieux d’aisances.... Les lits, et j’entends par là le premier amas venu de sales guenilles ou de copeaux, servent chacun à 3.3 personnes en moyenne, et quelques-uns à quatre et six personnes. Beaucoup dorment sans lit étendus tout habillés sur le plancher nu, hommes et femmes, mariés et non mariés, pêle-mêle. Est-il besoin d’ajouter que ces habitations sont des antres infects, obscurs et humides, tout à fait impropres à abriter un être humain? Ce sont les foyers d’où partent la maladie et la mort pour chercher des victimes même chez les gens de bonne condition (of good circumstances), qui ont permis à ces ulcères pestilentiels de suppurer au milieu de nous 2 . »
Dans cette classification des villes d’après le nombre et l’horreur de leurs bouges, Bristol occupe le
1. LISTE DE l’agent D’UNE SOCIÉTÉ DASSURANCE POUR LES OUVRIERS A BRADFORD.
Vulcanstreet.N l ' s 122
Lumleystreet. 13
Bowerstreet. 41
Portlandstreet. 112
Hardystreet. 17
Northstreet. 18
Wymerstreet. 19
Jawettestreet... b6
Georgestreet. 150
Rifle-Court-Marygate. 11
Marshalstreet. 28
Georgestreet. 128
Edwardstreet. 4
Yorkstreet. 34
Salt-Pinstreet.
chambre. 16
personnes.
8 adultes.
12 personnes.
3 familles.
U personnes.
3 familles.
18 personnes.
2 familles 26 personnes.
Regentsquare...
Acrestreet.....
Robert’s Court.
Back Prattstreet, employé comme
atelier de chaudronnerie.
Ebenezerstreet.
(L. cit., p. 111.)