‹ Le capitalChapitre 335 sur 356 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

les travailleurs et les matières premières. Et rouets, métiers et matières premières, ayant cessé de servir de moyens d’existence indépendante à ceux qui les manœuvrent, sont désormais métamorphosés en moyens de commander des fileurs et des tisserands et d’en pomper du travail gratuit 1 .

Les grandes manufactures ne trahissent pas à première vue leur origine comme les grandes fermes. Ni la concentration des petits ateliers dont elles sont sorties, ni le grand nombre de petits producteurs indépendants qu’il a fallu exproprier pour les former, ne laissent de traces apparentes.

Néanmoins l’intuition populaire ne s’y laisse point tromper. Du temps de Mirabeau, le lion révolutionnaire, les grandes manufactures portaient encore le nom de « manufactures réunies, » comme on parle à présent de « terres réunies. 33 Mirabeau dit : « On ne fait attention qu’aux grandes manufactures, où des centaines d’hommes travaillent sous un directeur, et que l’on nomme communément manufactures réunies. Celles où un très-grand nombre d’ouvriers travaillent chacun séparément, et chacun pour son propre compte, sont à peine considérées ; on les met à une distance infinie des autres. C’est une très-grande erreur, car les dernières font seules un objet de prospérité nationale vraiment importante... La fabrique réunie enrichira prodigieusement un ou deux entrepreneurs, mais les ouvriersjie seront que des journaliers plus ou moins payés, et ne participeront en rien au bien de l’entreprise. Dans la fabrique séparée, au contraire, personne ne deviendra riche, mais beaucoup d’ouvriers seront à leur aise ; les économes et les industrieux pourront amasser un petit capital, se ménager quelque ressource pour la naissance d’un enfant, pour une maladie, pour eux-mêmes ou pour quelqu’un des leurs. Le nombre des ouvriers économes et industrieux augmentera, parce qu’ils verront dans la bonne conduite, dans l’activité, un moyen d’améliorer essentiellement leur situation, et non d’obtenir un petit rehaussement de gages qui ne peut jamais être un objet important pour l’avenir,- et dont le seul produit est de mettre les hommes en état de vivre un peu mieux, mais seulement au jour le jour... Les manufactures réunies, les entreprises de quelques particuliers qui soldent des ouvriers au jour la journée, pour travailler à leur compte, peuvent mettre ces particuliers à leur aise, mais elles ne feront jamais un objet digne de l’attention des gouvernements 2 .33 Ailleurs il désigne les manufactures séparées, pour la plupart combinées avec la petite culture, comme « les seules libres. » S’il affirme leur supériorité comme économie et productivité sur les « fabriques réunies 33 , et ne voit dans celles-ci que des fruits de serre gouvernementale, cela s’explique par l’état où se trouvaient alors la plupart des manufactures continentales.

Les événements qui transforment les cultivateurs

1. « Je permettrai, dit le capitaliste, que vous ayez l’honneur de me servir, à condition que vous me donniez le peu qui vous reste pour la peine que je prends de vous commander. » J.-J. Rousseau : Discours sur l'Économie politique.

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