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CHAPITRE IX

de la production; il nous faut soustraire la valeur du capital variable, soit 90 1. st., pour obtenir la plus-value de 90 1. st. Ces 90 1. st. expriment ici la grandeur absolue de la plus-value produite. Pour ce qui est de sa grandeur proportionnelle, c ’ es t à-dire du rapport suivant lequel le capital variable a gagné en valeur, elle est évidemment déterminée par le rapport de la plus-value au capital variable et s’exprime par Dans l’exemple qui précède, elle est donc 90/90= 100 °/o- Cette grandeur proportionnelle est ce que nous appelons taux de la plus-value 1 .

Nous avons vu que l’ouvrier, pendant une partie du temps, qu’exige une opération productive donnée, ne produit que la valeur de sa force de travail, c’està-dire la valeur des subsistances nécessaires à son entretien. Le milieu dans lequel il produit étant organisé par la division spontanée du travail social, il produit sa subsistance, non pas directement, mais sous la forme d’une marchandise particulière, sous la forme de filés, par exemple, dont la valeur égale celle de ses moyens de subsistance, ou de l’argent avec lequel il les achète. La partie de sa journée de travail qu’il y emploie est plus ou moins grande, suivant la valeur moyenne de sa subsistance journalière ou le temps de travail moyen exigé chaque jour pour la produire. Lors même qu’il ne travaillerait pas pour le capitaliste, mais seulement pour lui-même, il devrait, toutes circonstances restant égales, travailler en moyenne, après comme avant, la même partie aliquote du jour pour gagner sa vie. Mais comme dans la partie du jour où il produit la valeur quotidienne de sa force de travail, soit 3 sh., il ne produit que l’équivalent d’une valeur déjà payée par le capitaliste, et ne fait ainsi que compenser une valeur par une autre, cette production de valeur n’est en fait qu’une simple reproduction. Je nomme donc temps de travail nécessaire , la partie de la journée où cette reproduction s’accomplit, et travail nécessaire le travail dépensé pendant ce temps 2 : nécesaire pour le travailleur, parce qu’il est indépendant de la forme sociale de son travail ; nécessaire pour le capital et le monde capitaliste, parce que ce monde a pour base l’existence du travailleur.

La période d’activité, qui dépasse les bornes du travail nécessaire, coûte, il est vrai, du travail à l’ouvrier, une dépense de force, mais ne forme aucune valeur pour lui. Elle forme une plus-value qui a pour le capitaliste tous les charmes d’une création ex nihilo. Je nomme cette partie de la journée de travail, temps extra et le travail dépensé en elle sur-

1. On dit de même, taux du profit, taux de l’intérêt, etc., (en anglais, rate of profit, etc.). On verra dans le livre III, que le taux du profit est facile à déterminer dès que l’on connaît les lois de la plus-value. Par la voie opposée on ne trouve ni l’un ni l’autre.

2. Nous avons employé jusqu’ici le mot « temps de travail nécessaire » pour désigner le temps de travail socialement nécessaire à la production d'une marchandise quelconque. Désormais nous l’emploierons aussi pour désigner le temps de travail nécessaire à la production de la marchandise spéciale — force, de travail. L’usage des mêmes termes techniques dans un sensdifférent a certes des inconvénients; mais cela ne peut être évité dans aucune science. Que l’on compare, par exemple, les parties supérieures et élémentaires des mathématiques.

travail. S’il est d’une importance décisive pour l’entendement de la valeur en général de ne voir en elle qu’une simple coagulation de temps de travail, que du travail réalisé, il est d’une égale importance pour l’entendement de la plus-value de la comprendre comme une simple coagulation de temps de travail extra, comme du surtravail réalisé. Les différentes formes économiques revêtues par la société, l’esclavage, par exemple, et le salariat, ne se distinguent que par le mode dont ce surtravail est imposé et extorqué au producteur immédiat, à l’ouvrier 1 .

De ce fait, que la valeur du capital variable égale la valeur de la force de travail qu’il achète; que la valeur de cette force de travail détermine la partie nécessaire de la journée de travail et que la plusvalue de son-côté est déterminée par la partie extra de cette même journée, il suit que : la plus-value est au capital variable ce qu’est le surtravail au travail nécessaire ou le taux de la plus-value

2 = .- surtraya il-. ^ eg p r0 p 0 rtions pré-

v travail necessaire

sentent le même rapport sous une forme différente; une fois sous forme de travail réalisé, une autre fois,

sous forme de travail en mouvement.

Le taux de la plus-value est donc l’expression exacte du degré d’exploitation de la force de travail par le capital ou du travailleur par le capitaliste 2 . D’après notre supposition, la valeur du produit

= 4101-st.-J- 901.st. —f-901. st., le capital avancé = 500 1. st. De ce que la plus-value = 90 1. st. et le capital avancé = 500 1. st., on pourrait conclure d’après le mode ordinaire de calcul, que le taux de la plus-value (que l’on confond avec le taux du profit) = 18 °/ 0 , chiffre dont l’infériorité relative remplirait d’émotion le sieur Garey et les autres harmonistes du même calibre. Mais en réalité le

taux de la plus-value égale non pas 2. 0 u — 2 .— r ° 1 6 c -f- v

mais — c’est-à-dire, il est non pas mais

— = 100 °/o, plus de cinq fois le degré d’exploi-

1. Maître Wilhelm Thucydides Roscher est vraiment impayable ! Il découvre que si la formation d’une plus-value ou d’un produit net et l’accumulation qui en résulte sont dus aujourd’hui à l’épargne et à l’abstinence du capitaliste, ce qui l’autorise à » exiger des intérêts, » « dans un état inférieur de civilisation au contraire, ce sont les faibles qui sont contraints par les forts à économiser et à s’abstenir. » (L. c., p. 78). A s’abstenir de travailler? Ou à économiser un excédant de produits qui n’existe pas? Ce qui entraîne les Roscher et consorts à traiter comme raisons d’être de la plus-value, les raisons plus ou moins plausibles par lesquelles le capitaliste cherche à justifier son appropriation de toute plus-value créée, c’est évidemment, outre une ignorance candide, l’appréhension que leur cause toute analyse consciencieuse et leur crainte d’arriver malgré eux à un résultat qui ne satisferait pas la police.

2. Le taux de la plus-value n’exprime pas la grandeur absolue de l’exploitation, bien qu’il en exprime exactement le degré. Supposons par exemple que le travail nécessaire = 5 heures et le sur travail = 5 heures également, le degré d’exploitation est alors de 100 % et la grandeur absolue de l’exploitation est de 5 heures. Si au contraire le travail nécessaire = 6 heures et que le surtravail = 6 heures, le degré d’exploitation reste le même, c’est-à-dire de 100 »/ 0 ; mais la grandeur de l’exploitation s'est accrue de 20 % -ve 5 à 6 heures!

tation apparent. Bien que dans le cas donné, nous ne connaissions ni la grandeur absolue de la journée de travail, ni la période des opérations (jour, semaine, etc.), ni enfin le nombre des travailleurs que le capital variable de 90 1. st. met en mouvement simultanément, néanmoins le taux de la plus-

value ^ par sa convertibilité dans l’autre formule surtravail x

--r;—;- t— nous montre exactement le rap-

travail necessaire

port des deux parties constituantes de la journée de travail l’une avec l’autre. Ce rapport est 100 %■ L’ouvrier a donc travaillé une moitié du jour pour lui-même et l’autre moitié pour le capitaliste.

Telle est donc, en résumé la méthode à employer pour le calcul du taux de la plus-value. Nous prenons la valeur entière du produit et nous posons égale à zéro la valeur du capital constant qui ne fait qu’y reparaître ; la somme de valeur qui reste est la seule valeur réellement engendrée pendant la production de la marchandise. Si la plus-value est donnée, il nous faut la soustraire de cette somme pour trouver le capital variable. C’est l’inverse qui a lieu si ce dernier est donné et que l’on cherche la plus-value. Tous les deux sont-ils donnés, il ne

l'este plus que l’opération finale, le calcul de du

rapport de la plus-value au capital variable.

Si simple que soit cette méthode, il convient d’y exercer le lecteur par quelques exemples qui lui en faciliteront l’application.

Entrons d’abord dans une filature. Les données suivantes appartiennent à l’année 1871 et m’ont été fournies par le fabricant lui même. La fabrique met en mouvement 10 000 broches, file avec du coton américain des filés n° 32, et produit chaque semaine une livre de filés par broche. Le déchet du coton se monte à 6 °/o- Ce sont donc par semaine 10 600 livres de coton que le travail transforme en 10 000livres défilés et 600 livres de déchet. En avril 1871, ce coton coûtait 7 3 Ji l à. (pence) par livre et conséquemment pour 10 600 livres, la somme ronde de 342 1. st. Les 10 000 broches, y compris la machine à filer et la machine à vapeur, coûtent une livre sterling la pièce, c’est à-dire 10000 1. st. Leurusure se monte à 10 % = 1000 1- st., ou chaque semaine 20 1. st.La location des bâtiments est de 300 l.st. ou de 6 1. st. par semaine. Le charbon (4 livres par heure et par force de cheval, sur une force de 100 chevaux donnée par l’indicateur 1 et 60 heures par semaine, y compris le chauffage du local) atteint par semaine le chiffre de 11 tonnes et à 8 sh. 6 d. par tonne, coûte chaque semaine 4 1. st. 10 sh.; la consommation par semaine est également pour le gaz de 1 1. st., pour l’huile de 4 1. st. 10 sh., pour toutes les matières auxiliaires de 10 1. st.—La portion de valeur constante par conséquent = 378 1. st. Puisqu’elle ne joue aucun rôle dans la formation de la valeur hebdomadaire, nous la posons égale à zéro.

Le salaire des ouvriers se monte à 52 1. st. par se¬

maine ; le prix des filés, à 12 d. */ 4 la livre, est pour 10000 livres, de 510 1. st. La valeur produite chaque semaine est par conséquent = 510 1. st.—-378 1. st., ou —132 1. st. Si maintenant nous en déduisons le capital variable (salaire des ouvriers) =52 1. st., il reste une plus-value de 80 1. st.

Le taux de la plus-value est donc=— = 153 “/13 °/o

Pour une journée de travail moyenne de dix heures par conséquent, le travail nécessaire = 3 h. 31 /33 et le surtravail = 6 h. 2 / 33 .

Voici un autre calcul, très-défectueux, il est vrai, parce qu’il y manque plusieurs données, mais suffisant pour notre but. Nous empruntons les faits à un livre de Jacob à propos des lois sur les céréales (1815). Le prix du froment est de 80 sh. par quart (8 boisseaux), et le rendement moyen de l’arpent est de 22 boisseaux, de sorte que l’arpent rapporte 111. st.

Production de valeur par arpent.

Semences (froment.) 1 1. st. 9 sh Engrais. 2 1. st. 10 sh.

Salaires. 3 1. st. io sh.

Somme. 7 1. st. 9 sh.

Dîmes, taxes. 1 1. st. i sh.

Rente foncière. 1 1. st. 8 sh.

Profit du fermier et intérêts. 1 1. st. 2 sh.

Somme. 3 l.st. lish.

La plus-value, toujours en admettant que le prix du produit est égal à sa valeur, se trouve ici répartie entre diverses rubriques, profit, intérêt, dîmes, etc. Ces rubriques nous étant indifférentes, nous les additionnons toutes ensemble et obtenons ainsi une plus-value de 3 1. st. 11 sh. Quant aux 3 1. st. 19 sh. pour semence et engrais, nous les posons égales à zéro comme partie constante du capital. Reste le capital variable avancé de 3 1. st. 10 sh., à la place duquel une valeur nouvelle de 3 1. st. 10 sh. +31. st. 11 sh. a été produite. Le taux

... . p , , 3 1. st. 11 sh. ,

de la plus-value - égalé : „ , ■—-—y- = plus 1 v - b 3 1. st. 10 sh. 1

de 100 °/ 0 . Le laboureur emploie donc plus delà moitié de sa journée de travail à la production d’une plus-value que diverses personnes se partagent entre elles sous divers prétextes 1 .

Expression de la valeur du produit en parties proportionnelles du même produit

Reprenons l’exemple qui nous a servi à montrer comment le capitaliste transforme son argent en capital. Le travail nécessaire de son fileur se montait à six heures, de même que le surtravail; le degré d’exploitation du travail s’élevait donc à 100 pour 100.

Le produit de la journée de douze heures est 20 liv. de filés d’une valeur de 30 sh. Pas moins des 8 /io de cette valeur, ou 24 sh., sont formés par la valeur des moyens de production consommés, des 20

1. Il est à remarquer qu’en Angleterre l’ancienne force de cheval était calculée d’après le diamètre du cylindre, et que la nouvelle au contraire se calcule sur la force réell qu montre l’indicateur.

1. Ces chiffres n’ont de valeur qu’à titre d’explication. En effet il a été supposé que les prix = les valeurs. Or, on verra' dans le livre III que cette égalisation, même pour les prix | moyens, ne se fait pas d’une manière aussi simple.

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