CHAPITRE IX
liv. de coton à 20 sh., des broches à 4 sh., valeur qui ne fait que réapparaître; autrement dit 8 / 10 de la valeur des filés consistent en capital constant. Les 2 /io <I u i restent sont la valeur nouvelle de 6 sh. engendrée pendant le filage, dont une moitié remplace la valeur journalière de la force de travail qui a été avancée, c’est-à-dire le capital variable de 3 sh. et dont l’autre moitié forme la plus-value de 3 sh. La valeur totale de 20 div. de filés est donc composée de la manière suivante : Valeur en filés de S, jh x 30 sh. = 24 sh. -f 3 sh. -J- 3 sh.
Puisque cette valeur totale se représente dans le produit de 20 livres de filés, il faut que les divers éléments de cette valeur puissent être exprimés en parties proportionnelles du produit.
R’il existe une valeur de 30 sh. dans 20 liv. de filés, 8 / 10 de cette valeur, ou sa partie constante de 24 sh., existeront dans 7ip du produit, ou dans 16 liv.de filés. Sur celles-ci 13 liv. l / 3 représentent la valeur de la matière première, des 20 liv. de coton qui ont été filées, soit 20 sh., et 2 liv. 2 / 3 la valeur des matières auxiliaires et des instruments de travail consommés, broches, etc., soit 4 sh.
Dans 13 liv. 1 / 3 de filés il ne se trouve, à vrai dire, que 13 liv. */* de coton d’une valeur de 13 sh. V 3 ; mais leur valeur additionnelle de 6 sh. 2 / 3 forme un équivalent pour le coton contenu dans les 6 liv . 2 / 3 de filés qui restent. Les 13 liv. l / 3 de filés représentent donc tout le coton contenu dans le produit total de 20 liv. de filés, la matière première du produit total, mais aussi rien de plus. C’est donc comme si tout le coton du produit entier eût été comprimé dans 13 liv. */, de filés et qu’il ne s’en trouvât plus un brin dans les 6 liv. */ 3 restantes. Par contre, ces 13 liv. */, de filés ne contiennent dans notre cas aucun atome ni de la valeur des matières auxiliaires et des instruments de travail consommés, ni de la valeur nouvelle créée par le filage.
De meme les autres 2 liv. 2 / 3 de filés qui composent le reste du capital constant = 4 sh., ne représentent rien autre chose que la valeur des matières auxiliaires et des instruments de travail consommés pendant tout le cours de la production.
Ainsi donc 8 /iodu produit ou 16 liv. de filés, bien qife formés, en tant que valeurs d’usage, par le travail du fileur, tout.comme les parties restantes du produit, ne contiennent dans cet ensemble pas le moindre travail absorbé pendant l’opération même du filage. C’est comme si ces 8 / 10 s’étaient transformes en filés sans l’intermédiaire du travail, et que leur forme filés ne fût qu’illusion. Et en fkit quand le capitaliste les vend 24 sh. et rachète avec cette somme ses moyens de production, il devient évident que 16 liv. de filés ne sont que coton, broches, charbon, etc., déguisés. D’un autre côté, les /*• du Profit qui restent, ou 4 liv. de filés, ne représentent maintenant rien autre chose que la vaeur nouvelle de 6 sh. produite dans les douze heures qu a duré l’opération. Ce qu’ils contenaient de a valeur des matières et des instruments de travail consommes leur a été enlevé pour être incorporé aux 16premieres.livres de filés.Letravaü dufileur, matérialisé dans le produit de 20 liv. de filés, est
maintenant concentré dans 4 liv., dans 2 /io du produit. C’est comme si le fileur avait opéré le filage de ces 4 liv. dans l’air, ou bien avec du coton et des broches, qui, se trouvant là gratuitement, sans l’aide du travail humain, n’ajouteraient aucune valeur au produit. Enfin de ces 4 liv. de filés, où se condense toute la valeur produite en douze heures de filage, une moitié ne représente que l’équivalent de la force de travail employée, c’est-à-dire que les trois schellings de capital variable avancé, l’autre moitié que la plus-value de 3 sh.
Puisque 12 heures de travail du fileur se matérialisent en une valeur de 6 sh., la valeur des filés montant à 30 sh. représente donc 60 heures de travail. Elles existent dans 20 livres de filés dont 8 /i» ou 16 livres sont la matérialisation de 48 heures de travail qui ont précédé l’opération du filage, du travail contenu dans les moyens de production des filés ; et dont 2 / 10 ou 4 liv. de filés sont la matérialisation des. 12 heures de travail dépensées dans l’opération du filage.
Nons avons vu plus haut comment la valeur totale des filés égale la valeur enfantée dans leur production plus les valeurs déjà préexistantes dans leurs moyens de production. Nous venons de voir maintenant comment les éléments fonctionnellement différents de la valeur peuvent être exprimés en parties proportionnelles du produit.
Cette décomposition du produit, — du résultat de la production — en une quantité qui ne représente que le travail contenu dans les moyens de production, ou la partie constante du capital, en un autre quantum qui ne représente que le travail nécessaire ajouté pendant le cours de la production, ou la partie variable du capital, et en un dernier quantum , qui ne représente que le surtravail ajouté dans ce même procédé, ou la plus-value : cette décomposition est aussi simple qu’importante, comme le montrera plus tard son application à des problèmes plus complexes et encore sans solution.
Au lieu de décomposer ainsi le produit to'tal obtenu dans une période, par exemple une journée, en quote-parts représentant les divers éléments de sa valeur, on peut arriver au même résultat en représéntant les produits partiels comme provenant de quote-parts de la journée de travail. Dans le premier cas nous considérons le produit entier comme donne, dans l’autre nous le suivons dans ses phases d’évolution.
.ue nieur produit en 12 heures 20 livres de filés, sn une heure par conséquent 1 livre a / 3 et en 8 heures 13 livres V 3 , c’est-à-dire un produit partiel valant à lui seul tout le coton filé pendant la journée. De la même manière le produit partiel de l’heure et des 36 minutes suivantes é°-ale 2 livres 2 / s de filés, et représente par conséquent la valeur des instruments de travail consommés pendant les 12 heures de travail; de même encore le fileur produit dans les 75 minutes crui suivent 2 livres de filés valant 3 sh., une valeur égalé a toute la valeur qu’il crée en 6 heures de travail necessaire. Enfin, dans les dernières 75 minutes il produit également 2 livres de filés dont la valeur égale la plus-value produite par sa de-
mi-journée de surtravail. Le fabricant anglais se sert pour son usage personnel de ce genre de calcul ; il dira, par exemple, que dans les 8 premières heures ou deux tiers de la journée de travail il couvre les frais de son coton. Comme on le voit, la formule est juste ; c’est en fait la première formule transportée de l’espace dans le temps; de l’espace où les parties du produit se trouvent toutes achevées et juxtaposées les unes aux autres, dans le temps, où elles se succèdent. Mais cette formule peut en même temps être accompagnée de tout un cortège d’idées barbares et baroques, surtout dans la cervelle de ceux qui, intéressés en pratique à l’accroissement de la valeur, ne le sont pas moins en théorie à se méprendre sur le sens de ce procès. On peut se figurer, par exemple, que notre fileur produit ou remplace dans les 8 premières heures de son travail la valeur du coton, dans l’heure et les 36 minutes suivantes la valeur des moyens de production consommés, dans l’heure et les 12 minutes qui suivent le salaire, et qu’il ne consacre au fabricant pour la production de la plus-value que la célèbre « Dernière heure ». On attribue ainsi au fileur un double miracle, celui de produire coton, broches, machine à vapeur, charbon, huile, etc., à l’instant même où il file au moyen d’eux, et de faire ainsi d’un jour de travail cinq. Dans notre cas, par exemple, la production de la matière première et des instruments de travail exige 4 journées de travail de 12 heures, et leur transformation en filés exige de son côté une autre journée de travail de 12heures. Mais la soif du lucre fait croire aisément à de pareils miracles et n’est jamais en peine de trouver le sycophante doctrinaire qui se charge de démontrer leur rationalité. C’est ce que va nous prouver l’exemple suivant d’une célébrité historique.
La Dernière heure de Senior
Par un beau matin de l’année 1836 , Nassau W. Senior, que l’on pourrait appeler le normalien des économistes anglais, également fameux par sa science économique et « son beau style, » fut invité à venir apprendre à Manchester l’économie politique qu’il professait à Oxford. Les fabricants l’avaient élu leur défenseur contre le Factory act nouvellement promulgué, et l’agitation des dix heures qui allait encore au delà. Avec leur sens pratique ordinaire, ils avaient cependant reconnu que M. le professeur « wanted a good deal of finishing, » avait grand besoin du coup de pouce de la fin pour être un savant accompli. Ils le firent donc venir à Manchester. Le professeur mit en style fleuri la leçon que lui avaient faite les fabricants, dans le pamphlet intitulé : Letters on the Factory act , as it affects the collon manufacture. London , 1837. Il est d’une lecture récréative comme on peut en juger par le morceau suivant :
« Avec la loi actuelle, aucune fabrique qui emploie des personnes au-dessous de dix-huit ans, ne peut travailler plus de 11 heures 1 / l par jour, c’est-à-dire 12 heures pendant les 5 premiers jours
de la semaine et 9 heures le samedi. Eh bien, lanalyse (!) suivante démontre que, dans une fabrique de ce genre, tout le profit net provient de la dernière heure. Un fabricant dépense 100 000 liv. st. : 80000 liv. st. en bâtiments et en machines, 20 000 en matière première et en salaires. En supposant que le capital fasse une seule évolution par an et que le profit brut atteigne 15 0/0, la fabrique doit livrer chaque année des marchandises pour une valeur de 115 000 liv. st. Chacune des 23 demi-heures de travail produit chaque jour s /ii 5 ou 7» de cette somme. Sur ces §§ qui forment l’entier des 115 000 liv. st. (constiluling the whole 115 000 liv. st.) -§§, c’est-à-dire 100 000 liv. st. sur les 115 000. remplacent ou compensent seulement le capital; V 23 ou 5000 liv. st. sur les 15 000 de profit brut (!) couvrent l’usure de la fabrique et des machines. Les 2 / 23 qui restent, les deux dernières demi-heures de chaque jour produisent le profit net de 10 0/0. Si donc, les prix restant les mêmes, la fabrique pouvait travailler 13 heures au lieu de 11 */,, et qu’on augmentât le capital circulant d’environ 2600 liv. st., le profit net serait plus que doublé. D’un autre côté, si les heures de travail étaient réduites d’une heure par jour, le profit net disparaîtrait; si la réduction allait jusqu’à 1 heure */*, le profit brut disparaîtrait également 1 . »
Et voilà ce que M. le professeur appelle une analyse ! S’il ajoutait foi aux lamentations des fabricants, s’il croyait que les travailleurs consacrent la meilleure partie de la journée à la reproduction
1. Senior, 1. c., p. 12,13. — Nous n’entrons pas dans les détails plus ou moins curieux, mais indifférents à notre but. Nous n’examinons point, par exemple, cette assertion que les fabricants font entrer la compensation de l’usure des machines, etc., c’est-à-dire d’une partie constitutive du capital, dans leur profit, brut ou net, propre ou malpropre. Nous ne contrôlons pas non plus l’exactitude ou la fausseté des chiffres avancés. Leonhard Horner dans « A Letter to Mr. Senior , etc. Lond. 1831 » a démontré qu’ils n’avaient pas plus de valeur que la prétendue * analyse ». Leonhard Horner, un des Factory Inquiry Commissioners de 1833, inspecteur, ou plutôt en réalité censeur des fabriques jusqu’en 1859, s’est acquis des droits immortels àla reconnaissance de la classe ouvrière anglaise. Sa vie n’a été qu’un long combat non-seulement contre les fabricants exaspérés, mais encore contre les ministres qui trouvaient infiniment plus important de compter « les voix » des maîtres fabricants dans la Chambre des communes que les heures de travail des « bras » dans la fabrique.
L’exposition de Senior est confuse, indépendamment de la fausseté de son contenu. Voici, à proprement parler,ce qu’il voulait dire :
Le fabricant occupe les ouvriers 11 h. '/ 3 ou 23 demi-heures chaque jour. Le travail de l’année entière, comme celui de chaque journée particulière, consiste en 11 h. >/ 2 ou 23 demiheures (c’est-à-dire en 23 demi-heures multipliées par le nombre des jours de travail pendant l’année). Ceci admis, les 23 demi-heures de travail donnent le produit annuel de 115000 liv. st., 1/2 heure de travail produit '/ a x 1150001. st.,
— heures de travail produisent x 1150001.= 1150001.,
c est-à-dire compensent seulement le capital avancé. Restent 3 demi-heures de travail qui produisent Y 23 X 115 000 = 15 000 1., le profit brut. Sur ces 3 demi-heures de travail '/* heure produit '/ B x 115 000 1. = 5000 1., ou compense seulement l’usure de la fabrique et des machines. Les deux dernières demi-heures, c’est-à-dire la dernière heure de travail produit */* x 115000 1 . = l 0 000 1 . st. qui forment le profit net. Dans le texte, Senior transforme les vingt-troisièmes, parties du produit, en parties de la journée de travail elle-même.