‹ Le capital T. 1Chapitre 179 sur 357 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

leur n’attaque le moyen de travail que lors de l’introduction de la machine. Il se révolté contre cette forme particulière de l’instrument où il voit l’incarnation technique du capital.

Au dix-septième siècle, dans presque toute l’Europe des soulèvements ouvriers éclatèrent contre une machine à tisser des rubans et des galons appelée Bandmühle ou MùlUenstuhl. Elle fut inventée en Allemagne. L’abbé italien Lancclotti raconte dans un livre, écrit en 1579 et publié à Venise en 1636 que : « Anton Muller de Dantzig a vu dans cette ville, il y a à peu près cinquante ans, une machine très-ingénieuse qui exécutait quatre à six tissus à la fois. Mais le magistrat craignant que cette invention ne convertit nombre d’ouvriers en mendiants, la supprima et fit étouffer ou noyer l’inventeur..»

En 1629, cette même machine fut pour la première fois employée à Lcyde où les émeutes des passementiers forcèrent les magistrats de la proscrire. « Dans cette ville, » dit à ce propos Boxhorn, « quelques individus inventèrent il y a une vingtaine d’années un métier à tisser, au moyen duquel un seul ouvrier peut exécuter plus do tissus et plus facilement que nombre d’autres dans le même temps. De là des troubles et des querelles d.c la part des tisserands qui firent proscrire par les magistrats l’usage de cet instrument'. » Après avoir lancé contre ce métier à tisser des ordonnances plus ou moins prohibitives en 1632, 1639, etc., les Etats généraux de la Hollande en permirent enfin l’emploi, sous certaines conditions, par l’ordonnance du 15 décembre 1661.

Le Bandstuhl fut proscrit à Cologne en 1676 tandis que son introduction en Angleterre vers la même époque y provoqua des troubles parmi les tisserands. Un édit impérial du 19 février 1685 interdit son usage dans toute l’Allemagne. A Hambourg il fut brûlé publiquement par ordre du magistrat. L’empereur Charles VI renouvela en février 1719 l’édit de 1685 et ce n’est qu’en 1765 que l’usage public en fut permis dans la Saxe électorale.

Cette machine qui ébranla l’Europe fut le précurseur des machines à filer et à tisser et préluda à la révolution industrielle du dix-huitième siècle. Elle permettait au garçon le plus inexpérimenté de faire travailler tout un métier avec scs navettes en avançant et en retirant une perche et fournissait, dans sa forme perfectionnée , de quarante à cinquante pièces à la fois.

Vers la fin du premier tiers du dix-septième

■\ners sont malheureusement en guerre perpétuelle les uns contre les autres. Le but invariable des premiers est de faire exécuter 1 ouvrage le meilleur marché possible et ils ne se font pas faute d’employer toute espèce d’artifices pour y arriver tandis que les seconds sont à l’affût de toute occasion qui leur permette de réclamer des salaires plus élevés. • An Inquiry Kilo the causes oflhe Présent lligh Priées of Provisions, London 1767. Le Rev. Natbaniel Forsler est l’auteur de ce livre anonyme Sympathique aux ouvriers.

I. . In bac urbe aille Uos viginti circiter annos instrumentum quidam invenerunt Icxlorium, quo solus quis plus panni et facilius conficere polerat, quant plures æquali tempore. Hinc turbæ ortæ et querulæ lextorum, tandemque usus hujus instrument! a magistratu proliibitus est. » Doxhorn : Inst. Vol. IGOX

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STp T VlC lT lo,cai'daK«: dl' ht laine accablèîcnt. le Parlement de pétitions contre, les machines

a carder et les scnbbtings mills, inventés par Arkwnght. La destruction de nombreuses machines dans les districts manufacturiers anglais pendant les quinze premières années du dix-neuvième siècle connue sous le nom du mouvement, des Ltufililes' fournit au gouvernement anti-jacobin d’un Sidmoutli, d un Castlcreagh et de leurs pareils, le prétexte de violences ullra-réaclionnaires.

Il faut du temps cl de l’expérience avant que. les ouvriers, ayant appris à distinguer entre la machine et son emploi capitaliste, dirigent leurs attaques non contre le moyen matériel do production, mais contre son mode social d’exploitation1.

Les ouvriers manufacturiers luttèrent pour hausser leurs salaires et non pour détruire les manufactures; ce furent les chefs dns corporations et les villes privilégiées (corporate totvns) et non les salariés'qui mirent des entraves à leur établissement.

Dans la division du travail les écrivains de la période manufacturière voient un moyen virtuel do suppléer au manque -d’ouvriers, mais non de déplacer des ouvriers occupés. Cette distinction saute aux yeux. Si l’on dit qu'avec l’ancien rouet il faudrait en Angleterre deux cents millions d’homme i pour filer le coton que filent aujourd’hui cinquante mille, cela ne signifie point que les machines à fi er ont déplacé ces millions d’Anglais qui n’ont jamais existé, mais tout simplement qu’il faudrait un immense surcroît de population ouvrière pour remplacer ces machines. Si l’on dit au contraire qu mi Angleterre le métier à vapeur a jeté huit c-nt mille tisserands sur le pavé, alors on ne parle pas do machines existantes dont le remplacement pai le 11 a~ vail manuel réclamerait tant d’ouvriers, mais d une multitude d’ouvriers, autrefois occupes, qui on*, été réellement déplacés ou supprimes par les machines.

Le métier, comme nous l'avons vu, reste pendant la période manufacturière la hase de lin'lu^-

Les ouvriers dés villes, légués par le moyen âge, n étaient pas assez nombreux pour supp'"'.' demande des nouveaux marches co on'a'l*,,,ran(j(. manufactures naissantes se peuple* e - =.

donc le côté positif de la coopération e

1. U révolte kratale des ou' rier», manufactures renouvelée de temps en P» j p:jij,s..urJ de litucs à

de vieux style, p. ex. en ltKu pa.n.1 l

SUcffield.

i )rav,;i dans les ateliers, leur propriété demult plus productifs les labeurs des ouvriers

°CSansS doute, longtemps avant la période de la ândc industrie , la coopération et la concentration des moyens de travail, appliquées à l'agriculture. occasionnèrent des changements grands, soudains et violents dans le mode de produire et par conséquent, dans les conditions de vie et les moyens d’occupation de la population rurale. Mais la "lutte que ces changements provoquèrent, se passe entre les grands et les petits propriétaires du sol plutôt qu’entre le capitaliste et le salarié. D'autre part, quand des laboureurs furent jetés hors d’emploi par des moyens de production agricoles, par des chevaux, des moutons, etc., c’élaient des actes de violence immédiate qui dans ces cas-Jâ rendirent possible la révolution économique. On chassa les laboureurs des champs pour leur substituer des moutons. C’est l’usurpation violente du sol, telle qu’en Angleterre elle se pratiquait sur une large échelle, qui prépara en premier lieu le terrain de la grande agriculture. Dans ses débuts ce bouleversement agricole a donc l’apparence d’une révolution politique plutôt qu’économique.

Sous sa forme-machine au contraire le moyen de travail devient immédiatement le concurrent du travailleur’. Le rendement du capital est dès lors en raison directe du nombre d’ouvriers dontla machine anéantit les conditions d’existence. Le système de la production capitaliste repose en général sur ce que le travailleur vend sa force comme marchandise. La division du travail réduit cette force à l’aptitude de détail à manier un outil fragmentaire. Donc, dès que le maniement de l’outil échoit à la machine , la valeur d 'échange de la force de travail s’évanouit en même temps que sa valeur d’usage. L’ouvrier comme un assignat démonétisé n a plus de cours. Celle partie de la classe ouvrière que la machine convertit ainsi en population supcrllue, c’cst-à-dirc inutile pour les besoins momentanés de l’exploitation capitaliste, succombe dans la Int te inégale de l’industrie mécanique contre le vieux métier et la manufacture, ou encombre toutes les professions plus facilement accessibles où elle déprécie la force de travail.

l. Sir James Steuart comprend de celle manière l’effet des mai. mies. « Je considère donc les machines comme des e?n.ï,v"S d a»8mçntcr (virtuellement) le nombre des gens indusde nourrir.... Eu quoi l’effet (trailuct 'i'V'i'1,"1' do cclui do n,1uvcaux habitants? ■ nrèli'ittl "un’pllï* " ■ ch' X1X I Bicn P'us uaïf est Petty qui

» Ce point de vue

, ’ ’ erC a,lmis P«“' quelques parties des États-

l J* ut,'e .cule ; * L« machines ne peuvent que rarement cire employées avec succès pour abréger le travail d’un individu : il serait perdu plus do temps à les construire qu’il n en serait économisé par leur emploi. Elles ne sont réellement utiles que lorsqu’elles agissent sur de grandes masses quand une seule machine peut assister te travail de milliers d'hommes. C'est conséquemment dans les pays les plus populimx, là où il y a le plus d'hommes oisifs, qu’allés abondent le r Cn réclame ct cn u li lise l’usage, ce n’est pas la

laimtriv-!m’m1S’ mais la facilité avec laquelle on peut cn llie Fmtdinn% ' ?s mass®s- ’ Pûrcy Ravcnstone: Thoughts on î . li î ' and i,s EllMs- Lond- 1824, p. 45.

tante. »(mcartôn.V.p?479a)'aU S°nt ®n COncurrence cons'

Pour consoler les ouvriers tombés dans la misère, on leur assure que leurs souffrances ne Bout que des « inconvénients temporaires» [a temporary inconvenience) et que la machine cn n’envahissant que par degrés un champ de production, diminue l’étendue et l’intensité de scs effets destructeurs. Mais ces deux fiches de consolation se neutralisent. Là où la marche conquérante de la machine progresse lentement, elle afflige de la misère chronique les rangs ouvriers forcés de lui faire concurrence; là où elle est rapide, la misère devient aiguë et fait des ravages terribles.

L’histoire ne présente pas de spectacle plus attristant que celui de la décadence des tisserands anglais qui, après s’être traînée en longueur pendant quarante ans, s’est enfin consommée en 1838. Beaucoup de ces malheureux moururent de faim ; beaucoup végétèrent longtemps avec leur famille n’ayant (|ue 25 centimes par jour*. Dans l’Inde au contraire 1 importation des calicots anglais fabriqués mécaniquement amena une crise des plus spasmodiques. « Il n’y a pas d’exemple d’une misère pareille dans l’histoire du commerce» dit, dans son rapport de 1834-35, le gouverneur^ général; « les os des tisserands blanchissent les plaines de l'Inde. » En lançant ces tisserands dans l’éternité s, la machine à tisser ne leur avait évidemment causé que des «inconvénients temporaires. «D’ailleurs les effets passagers des machines sont permanents en ce qu’elles envahissent sans cesse de nouveaux champs de production.

Le caractère d’indépendance que la production capitaliste imprime en général aux conditions et. au produit du travail vis-à-vis de l’ouvrier, sc développe donc avec la machine jusqu’à l’antagonisme le plus prononcé8. C’est pour cela que, la pre-

1. Ce qui avant l’établissement de la loi des pauvres (en 1833) fit en Angleterre prolonger la concurrence entre le tissu à la main et le tissu à la mécanique, c’est que l’on faisait l’appoint des salaires tombés par trop au-dessous du minimum au moyen de l’assistance des paroisses. « Le Rev. Turner était en 1827, dans le Cheshire, recteur de Wilmslow, district manufacturier. Les questions du comité d’émigration ct les réponses de M. Turner montrent comment on maintenait la lutte du travail humain contre les machines. Question: L’usage du métier mécanique n’a-t-il pas remplacé celui du métier à la main? Réponse : Sans aucun doute; et il l’aurait remplacé bien davantage encore, si les tisseurs à la main n’avaient pas été mis en état de pouvoir se soumettre à une réduction de salaire. Question : Mais cn se soumettant ainsi, ils acceptent des salaires insuffisants, et ce qui leur manque pour s’entretenir, ils l’attendent de l’assistance paroissiale ? Réponse: Assurément, ct la lutte entre le métier à la main et le métier à la mécanique est en réalité maintenue par la taxe des pauvres. Pauvreté dégradante ou expatriation, tel est donc le bénéfice que recueillent les travailleurs de l’introduction des machines. D’artisans respectables et dans une certaine mesure indépendants ils deviennent de misérables esclaves qui vivent du pain avilissant de la charité. C’est ce qu’on appelle un inconvénient temporaire. « A Price Essay on the comparative merits of Compétition and Coopération Lond. 1834, p. a.

2. Lancer quelqu’un dans l’éternité — to launch somebody into cternity — est l’expression euphémique que les journaux anglais emploient pour annoncer les hauts faits du bourreau.

3. « La même cause qui peut accroître le revenu du pays, (c’est-à-dire, comme Ricardo l’explique au même endroit, les revenus des Latidlords et des capitalistes, dont la richesse, au point de vue des économistes, forme la riche s : nationale) celt

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