CHAPITRE XXII
la productivité de son travail. Notre analyse de la production de la plus-value prouverait la fausseté de cette conclusion, lors même que M. Carey en eût prouvé les prémisses, au lieu d entasser, selon son habitude, sans rime ni raison, des matériaux statistiques qui n’ont pas passé au crible de la critique. Mais, après tout, il fait l'aveu que la pratique est rebelle à sa théorie. Selon lui, les rapports économiques naturels ont été faussés par 1 intervention de l’État, de sorte qu’il faut calculer les salaires nationaux, comme si la partie qui en échoit à l’Etat, restait dans les mains de l’ouvrier. N aurait-il pas dû se demander si cës faux-frais gouvernementaux ne sont pas eux-mêmes des fruits naturels du développement capitaliste ? Après avoir proclamé les rapports de la production capitaliste lois éternelles de la nature et de la raison, lois dont le jeu harmonique n’est troublé que par l’intervention de l'État, il s’est avisé après coup de découvrir — quoi? que l’influence diabolique de l’Angleterre sur le marché des deux mondes, qui, paraît-il, n’a rien à faire avec les lois naturelles de la concurrence, que cette
influence enfin a fail. une nécessité de placer ces harmonies préétablies, ces lois éternelles de la nature, sous a sauvegarde de l’État, en d’autres termes, a adopter le système protectionniste. II a découvert encore que les théorèmes dans lesquels Ricardo formule des antagonismes sociaux qui existent ne sont point le produit idéal du mouvement économique reel, mais qu’au contraire cos antagonismes réels inhérents à la production capitaliste, n’existent en Angleterre et ailleurs que grâce, à la théorie do Uicardo! Il a découvert enfin que ce qui, en dernière instance, détruit les beautés et les harmonies innée» de la production capitaliste, c’est le commerce l Un pas de plus, et il va peut-être découvrir que lo véritable inconvénient de la production capitaliste, c’est le capital lui-même.
11 n’y avait qu’un homme si merveilleusement dépourvu de tout sens critique et chargé d’une érudition de si faux aloi, qui méritât de devenir, malgré ses hérésies protectionnistes, la source cachée de sagesse harmonique où ont puisé les Bastiat et autres prôneurs du libre cchangu.
La conversion d’une somme d’argent en moyens ordre avec d’autres capitalistes qui accomplissent de production et force de travail, ce premier mou- d’autres fonctions dans l’ensemble de la production veinent du la valeur destinée à fonctionner comme sociale , avec le propriétaire foncier, etc. capital, a lieu sur le marché, dans la sphère de la La plus-value se scinde donc en diverses parties, circulation. en fragments qui échoient à diverses catégories de
Le procès de production, la deuxième phase du personnes et revêtent des formes diverses, appa-
mouvemcnt, prend fin dès que les moyens de produc- remment indépendantes les unes des autres, telles
lion sont transformés en marchandises dont la va- que profit industriel, intérêt, gain commercial,
leur excède celle de leurs éléments constitutifs ou rente foncière, etc. Mais ce fractionnement ne change
renlerme une plus-value en sus du capital avancé. ni la nature de la plus-value, ni les conditions dans
Les marchandises doivent alors être jetées dans lesquelles elle devient la source de l’accumulation,
la sphère de la circulation. Il faut les vendre , Quelle qu’en soit la portion que le capitaliste entre-
rcaliser leur valeur en argent, puis transformer de preneur retienne pour lui ou transmette à d’autres,
nouveau cet argent en capiital et ainsi de suite. c’est toujours lui qui en premier lieu se l’approprie
G est ce mouvement circulaire à travers ces plia- tout entière et qui seul la convertit en capital,
ses successives qui constitue la circulation du ca- Sans nous arrêter à la répartition et aux transfor- P1 ^ mations de la plus-value, dont nous ferons l’étude
a première condition de l’accumulation, c’est dans le troisième livre, nous pouvons donc traiter
clu(' ,e. ^pilaliste ait déjà réussi à vendre ses mar- le capitaliste industriel, tel que fabricant, fermier,
c i.in ïses et a relranstormcr en capital la plus grande etc., comme le seul ]iossesseur de la plus-value,
partie de 1 argent ainsi obtenu. Dans l’exposé sui- ou si l’on veut comme le représentant de tous les
\anl, 1 est sous-entendu que le capital accomplit partageants entre lesquels le butin se distribue,
i une manieie normale le cours de sa circulation, Le mouvement intermédiaire de la circulation et ilont nous remettons 1 analyse ultérieure au deuxième le fractionnement de la plus-value en diverses par-
lvA°" . , ties, revêtant des formes diverses, compliquent et
Le capitaliste qui produit la plus-value, c’est-à- obscurcissent le procès fondamental de l’accumula-
dtre qui extrait directement de l’ouvrier du travail tion. Pour en simplifier l’analyse, il làut donc préa-
non payé et fixé dans des marchandises, se l’ap- blement laisser de côté tous ces phénomènes qui piopne le premier, mais il n’en reste pas le dernier dissimulent le jeu intime de son mécanisme et étupossesseur. Il doit au contraire la partager en sous- dier l’accumulation au point de vue do la p;o luction.