CHAPITRE XXIV
marchandises en sus du travail que n’y contribue le prix d'une machine en sus de la machine elle-même.
Si l’on pouvait avoir le travail sans l’acheter, les salaires seraient superflus1 2. »
Mais, si le travail ne coûtait rien, on ne saurait l’avoir à aucun prix. Le salaire no peut donc jamais descendre à ce zéro nihiliste, bien que le capital ait une tendance constante à s’en rapprocher.
Un écrivain du dix-huitième siècle que j’ai souvent cité, l’auteur de VEssai sur l’industrie et le commerce *, ne fait, que trahir' le secret intime du capitaliste anglais quand il déclare que la grande tâche historique de l’Angleterre, c’est de ramener chez tdle le salaire au niveau français ou hollandais.
« Si nos pauvres, dit-il, s'obstinent à vouloir faire continuelle bombance, leur travail doit naturellement revenir à un prix excessif.... Que l’un ielle seulement un coup d’œil sur l'entassement de Rtiporlluilés [heap of super/luilies) consommées par nos ouvriers de manufacture, telles qu'eau-de-vie, gin, thé, sucre, fruits étrangers, bière forte, toile imprimée, tabac à fumer et à priser, etc., etc., n’est-ce pas à faire dresser les cheveux3? » 11 cite une brochure d’un fabricant du Northamptonshirc, où celui-ci pousse, en louchant vers le ciel, ce gémissement : « Le travail est en France d’un bon tiers meilleur marché qu’en Angleterre: car là les pauvres travaillent rudement et sont piètrement nourris et vêtus; leur principale consommation est le pain, les fruits, les légumes, les racines, le poisson salé; ils mangent rarement de la viande, et, quand lefroment est cher, très-peu de pain4 5. » Et ce n’est pas tout, ajoute l’auteur de Y Essai, « leur boisson se compose d’eau pure ou dépareilles (sic!) Ii>[ueurs faibles, en sorte qu’ils dépensent étonnamment peu d’argent. ... Il est sans doute fort difficile d’intivüuire chez-nous un tel état de choses, mais évidemment ce n’est pas impossible, puisqu’il existe en France et aussi en Hollande4. »
De nos jours ces aspirations ont été de beaucoup dépas ées, grâce à la concurrence cosmopolite dans laquelle le développement de la production capitaliste a jeté tous les travailleurs du globe. Il ne s'agit plus seulement de réduire les salaires anglais au 'niveau de ceux de l’Europe conlineniale, mais de faire descendre, dans un avenir plus ou moins prochain, le niveau européen au niveau chinois. Voilà la perspective que M. Staplelon, membre du parie-
1. J. Si. Mill : Essaye on sotne unsetlled questions of Pot. Econ., Lond., 18 ii, p. 9ù.