CHAPITRE XXIV
Étant donnée la plus-value, l’abondance du produit net, dont elle est la valeur, correspond à la productivité du travail mis en œuvre. A mesure donc que le travail développe ses pouvoirs productifs, le produit net comprend plus de moyens de jouissance et d’accumulation. Alors la partie de la plus-value qui se capitalise peut même augmenter aux dépens de l’autre qui constitue le revenu, sans que la consommation du capitaliste en soit resserrée, car désormais une moindre valeur se réalise en une somme supérieure d’utilités.
Le revenu déduit, le reste de la plus-value fonctionne comme capital additionnel. En mettant les subsistances à meilleur marché, le développement des pouvoirs productifs du travail fait que les travailleurs aussi baissent de prix. Il réagit de même sur l’efficacité, l’abondance et le prix des moyens de production. Or, l’accumulation ultérieure que le nouveau capital amène à son tour, se règle non sur la valeur absolue de ce capital, mais sur la quantité de forces ouvrières, d’outillage, de matières premières et auxiliaires dont il dispose.
Il arrive en général que les combinaisons, les procédés etlesinstruments perfectionnés s’appliquent en premier lieu à l’aide du nouveau capital additionnel.
Quant à l’ancien capital, il consiste en partie en moyens de travail qui s’usent peu à peu et n’ont besoin d’être reproduits qu’après des laps de temps assez grands. Toutefois, chaque année, un nombre considérable d’entre eux arrive à son terme de vitalité, comme on voit tous les ans s’éteindre nombre de vieillards en décrépitude. Alors, le progrès scientifique et technique, accompli durant la période de leur service actif, permet de remplacer ces instruments usés par d’autres plus efficaces et comparativement moins coûteux. En dehors donc des modifications de détail que subit de temps à autre l’ancien outillage, une large portion en est chaque année entièrement renouvelée et devient ainsi plus productive.
Quant à l’autre élément constant du capital ancien, les matières premières et auxiliaires, elles sont reproduites pour la plupart au moins annuellement, si elles proviennent de l’agriculture, et dans des espaces de temps beaucoup plus courts, si elles proviennent des mines, etc. Là, tout procédé perfectionné qui n’entraîne pas un changement d’outillage, réagit donc presque du même coup et sur le capital additionnel et'feur l’ancien capital.
En découvrant de nouvelles matières utiles ou de nouvelles qualités utiles de matières déjà en usage, la chimie multiplie les sphères de placement pour le capital accumulé. En enseignant les méthodes propres à rejeter dans le cours circulaire de la reproduction les résidus de la production et de la consommation sociales, leurs excréments, elle convertit, sans aucun concours du capital, ces non-valeurs en autant d éléments additionnels de l’accumulation.
De même que 1 élasticité de la force ouvrière, le progrès incessant de la science et de la technique doue donc le capital d’une puissance d’expansion, indépendante, dans de certaines limites, de la grandeur des richesses acquises dont il se compose.
Sans doute, les progrès de la puissance productive du travail qui s’accomplissent sans le concours
u capital déjà en fonction, mais dont il profite dès n!' • j fcau ,nouvc, le déprécient aussi plus ou °lns u,ant 1 intervalle où il continue do fonction- ,ln. Sn°’ls. son anc'onno forme. Le capital placé dans survi r>nC nnc’ ,Par exemlde, perd de sa valeur quand esnèce ’n 6 mMlleurM mac,'inps de 1» mémo reK,, ^ni°mCnt’ CPPeudant> «<> 'a concurrence
rend cettedépreciationgcnsiWc au capitaliste, ilchor-
ehe à s en indemniser' par une réduction du salaire Le travail transmet au produit la valeur des moyens de production consommés. D’un autre, côté la valeur et la masse des moyens de production mis en œuvre par un quantum donné do travail auù mentent à mesure que le travail devient plus pr0ductil. Donc, bien qu’un même quantum de travail n ajoute jamais aux produits que la même somme de valeur nouvelle, l’ancienne valeur-capital qu’il leur transmet va s’accroissant avec lu développement de l'industrie.
Que le filnur anglais et le (ileur chinois travaillent le même nombre d’heures avec le même degré d’intensité, et ils vont créer chaque semaine des valeurs égales. Pourtant, en dépit de cette égalité, il y aura entre le produit hebdomadaire de l’un, qui se sert, d’un vaste automate, et celui de l'autre, qui se sert d’un rouet primitif, une merveilleuse diliérence. de valeur. Dans le même temps que le Chinois file à peine une livre de coton, l’Anglais en filera plusieurs centaines, grâce à la productivité supérieure du travail mécanique ; de là l’énorme surplus d’anciennes valeurs qui font enfler la valeur de son produit, où elles reparaissent sous une nouvelle forme d’utilité et deviennent ainsi propres à fonctionner de nouveau comme capital.
« En Angleterre les récoltes de laine des trois années 1780-82 restaient, faute d’ouvriers, à l'état brut, et y seraient restées forcément longtemps encore, si l’invention de machines n’était bientôt venue fournir fort à propos les moyens de les filer1. » Les nouvelles machines ne firent pas sortir de terre
un seul homme, mais elles mettaient un nombre d’ouvriers relativement peu considérable à même de filer en peu de temps cette énorme masse de lame successivement accumulée pendant trois années, et, tout en y ajoutant de nouvelle valeur, d'en conserver, sous forme de filés, l’ancienne valeur-capital. Elles provoquèrent en outre la reproduction de la laine 3ur une échelle progressive. t
C’est la propriété naturelle du travail qu’en créant le nouvelles valeurs, il conserve les anciennes. A mesure donc que ses moyens de production augmentent d’efficacité, de masse et de valeur, c’est-à-dire, à mesure que le mouvement ascendant d- sa puissance productive accélère l’accumulation, 1« lr*va" conserve et éternise, sous des formes toujoui» •elles, une ancienne cal.ur^piul s.n.eé Mais, dans le faculté naturelle du traiail p rencc d’une propriété qui est inhérent.
prcducli.es ., dil «»•*.. K' f
. de même les forces collectives pital et }’eter"!in’é se déguisent en autant de qua- ,d“ ‘Cultes du capital, et l’appropriation continue lltPS °fc, ' ,,ar le capital tourne au miracle, toude ses vertus prelilque,.
e temnla, « un million d’hommes produit dans les fabriques toujours la mime valeur. » Ceci est juste, si la duree et 1 ra- ‘ de leur travail restent constantes. Neanmoins, la valeur de leur produit et l’étendue de leur accumulation varieront indéfiniment avec les variations successives de leurs forces productives. — A propos de celte question, Ricardo a vainement essave de faire comprendre à J. -B. Say la diflérence qu'il y a entre valeur d’usage twcallh, richesse matérielle) et
valeur d’échange. , „„ „ ,
Say lui répond : « Quant à la difficulté qu éleve M. Ricardo en disant que, par dos procédés mieux entendus, un million de oersonnes peuvent produire deux fois, trois fois autant de richesses, sans produire plus de valeurs, cette difficulté n en est pas une lorsque l'on considère, ainsi qu’on le doit, la production comme un échange dans lequel on donne les services productifs de son travail, de sa terre et de ses capitaux, pour obtenir des produits. C’est par le moyen de ces services productifs que nous acquérons tous les produits qui sont au monde.... Or.... nous sommes d’autant plus riches, nos services productifs ont d’autant plus de valeur, qu’ils obtiennent dans l'écMauye appelé production, une plus grande quantité de choses utiles. » (J.-B. Say : Lettres à If. llallhus. Paris, 1820, p. 108, 109.) .
i,a « difficulté » dont Say s’acharne à donner la solution i l qui n’existe que pour lui, revient à ceci : comment se faitil que le travail, à un degré de productivité supérieur, augmente les valeurs d’usage, tout en diminuant leur valeur d’éetunge? Réponse : La difficulté disparaît dès qu’on baptise « ainsi qu’on le doit » la valeur d’usage, valeur d’échange. La valeur d’échange est certes une chose qui, de manière ou d’autre, a quelque rapport avec l’échange. Qu’on nomme donc la production un « échange », un échange du travail et des moyens de production contre le produit, et il devient clair comme le jour, que l’on obtiendra d’autant plus de valeur d’échange que la production fournira plus de valeurs d’usage. Par exemple: plus une journée de travail produira de chaussettes, plus le fabricant sera riche — en chaussettes. Mais soudainement Say se rappelle la loi de l’offre cl la demande, d’après laquelle, a ce qu’il parait, une plus grande quantité de choses utiles et I ur meilleur marché sont des termes synonymes. Il nous rév,'Ie donc que « le prix des chaussettes (lequel prix n’a évidemment rien de commun avec leur valeur d’échange ) baissera, parce que la concurrence les oblige (les producteurs) de donner les produits pour co qu'ils leur coûtent. » Mais d'où vient donc le profil du capitaliste, s’il est obligé de vendre les marchandises pour ce qu’elles lui coûtent ? Mais passons outre. Say arrive au bout du compte à cette conclusion : doublez la l'inductivité du travail dans la fabrication des chaussettes, et de-’ lors chaque acheteur échangera contre le même équivalent deux paires de chaussettes au lieu d’une soûle. Par mal- ■!v"',’“„reSUU.^ cst exactement la proposition de Ricardo qu’il il 'u.MtrnBh *<:î'*scr- Après ce prodigieux cfTorl de pensée, CC9 termes mudesles : • Telle est; i,. ddd‘ d°clnne '»en bée sans laquelle il est impossible, uie ronii^ .?PU?Uei' lc3 Vlus Sondes difficultés de l’éco^ r° l q, Çt notamment comment il se peut qu’une naon soit plus riche lorsque ses produits diminuent de valeur quoique la richesse soit de la valeur. „ (L. c., p HO) - Un i.umomisle anglais remarque, à propos de ces tours de force qui Jourmi lent dans les . Lettres .. de Say : « Ces façons af- ■ cuves et bavardes (Hwse affectai waijs of talking ) consliuent en général ce qu’il plaît à M. Say d’appeler sa docinne, doctrine qu’il somme M. Mallhus d'enseigner à Herlford comme cela se fait déjà, à l’en croire, « dans plusieurs parties
~ ,inT°P'r ’’ , j01110 : “ si vous mouvez une physionomie * .m'eC U toutes ces propositions, voyez les choses
« fort sinmi > el J osc CI-oire qu’elles vous paraîtront
jase : ce,ics’ et gràce au même
originales ni importante*1 6 °n voudra> mals iamais ni i'"spccting lhe Kalure of Principe
Cette partie du capital constant qui s’avance sons forme d’outillage etqu’Adam Smith anommée «capital fixe, » fonctionne toujours en entier dans les procès de production périodiques, tandis qu’au contraire, ne s’usant que peu à peu, elle ne transmet sa valeur que par fractions aux marchandises qu’elle aide à confectionner successivement. Véritable gradimètre du progrès des forces productives, son accroissement amène une différence de grandeur de plus en plus considérable entre la totalité du capital actuellement employé et la fraction qui s’en consomme d’un seul coup. Qu’on compare, par exemple, la valeur des chemins de fer européens quotidiennement exploités à la somme de valeur qu’ils perdent par leur usage quotidien ! Or, ces moyens, créés par l’homme, rendent des services gratuits tout comme les forces naturelles, l’eau , la vapeur, l’électricité, etc., et ils les rendent en proportion des effets utiles qu’ils contribuent à produire sans augmentation de frais. Ces services gratuits du travail d’autrefois, saisi et vivifié par le travail d’aujourd’hui, s’accumulent donc avec le développement des forces productives et l’accumulation de capital qui l’accompagne.
Parce que le travail passé des travailleurs A, B, G, etc., figure dans le système capitaliste comme l’actif du non-travailleur X, etc., bourgeois et économistes de verser à tout propos des torrents de larmes et d’éloges sur les opérations de la grâce de ce travail défunt, auquel Mac Culloch, le génie écossais, décerne même des droits à un salaire à part, vulgairement nommé profit, intérêt, etc.*. Ainsi le concours de plus en plus puissant que, sous forme d’outillage, le travail passé apporte au travail vivant, est attribué par ces sages non à l’ouvrier qui a fait l’œuvre, mais au capitaliste qui se l’est appropriée. A leur point de vue, l’instrument de travail et son caractère de capital — qui lui est imprimé par le milieu social actuel — ne peuvent pas plus se séparer que le travailleur lui-même, dans la pensée du planteur de la Géorgie, ne pouvait se séparer de son caractère d esclave.
Parmi les circonstances qui, indépendamment du partage proportionnel de la plus-value en revenu et en capital, influent fortement sur l’étendue de l’accumulation, il faut enfin signaler la grandeur du capital avancé.
Etant donné le degré d’exploitation de la force ouvrière, la masse de la plus-value se détermine par le npmbre des ouvriers simultanément exploités, et celui-ci correspond, quoique dans des proportions changeantes, à la grandeur du capital. Plus le capital grossit donc, au moyen d’accumulations successives, plus grossit aussi la valeur à diviser en fonds de consommation et en fonds d’accumulation ultérieure. En outre, tous les ressorts de la production jouent d’autant plus énergiquement que son échelle s’élargit avec la masse du capital avancé.
1- Mac Culloch avait pris un brevet d’invention pour laire du travail passé » images of past labour), longtemps P it le sien pour . le salaire de 1 abstinence. »
avant que Senior prit le sien pour >