chapitre xxv
Si donc le Rcgistrar général fait très-justement remarquer que « l’accroissement du nombre des fermiers et des ouvriers de campagne depuis' 1801 n’est pas le moins du monde en rapport avec l’ accroissement du produit agricole1, » cette disproportion se constate encore bien davantage dans la période de 1846 à 1866. Là, en effet, la dépopulation des campagnes a suivi pas à pas l’extension et l’in— tensilicalion de la culture, l'accumulation inouïe du capital incorporé au sol et de celui consacré à son exploitation, l’augmentation des produits, sans précédent dans l’histoire de l’agronomie anglaise, l’accroissement des rentes dévolues aux propriétaires fonciers et celui des profits réalisés par les fermiers capitalistes. Si l’on songe que tout cela coïncidait avec le développement rapide et continu des débouchés urbaius et le règne du libre échange, le travailleur agricole, post toi discrimina rerum, se trouva évidemment placé dans des conditions qui devaient enfin, secundum artem, selon la formule, le rendre fou de bonheur.
Le professeur Rogers trouve, en définitive, que, comparé à son prédécesseur de la période de 1770 à 1780, pour ne rien dire de celle qui commence au dernier tiers du quatorzième siècle et se termine au dernier tiers du quinzième, le travailleur agricole anglais d’aujourd’hui est dans un état pitoyable,
« qu’il est redevenu serf », à vrai dire, serf mal nourri et mal logé2. D’après le rapport du docteur Julien Hunter sur les conditions d'habitation des ouvriers ruraux, rapport qui a fait époque, « les frais d’entretien du hind (nom donné au paysan aux Iciqps féodaux) ne sont point calculés sur le profit qu’il s’agit de tirer de lui. Dans les supputations du fermier il représente le zéro3. Ses moyens de subsistance sont toujours traités comme une quantité fixe 4. » « Quant à une réduction ultérieure du peu qu’il reçoit, il peut dire : nihü habco, nihil euro , « rien n’ai, rien ne me chaut». Il n’a aucune appréhension de l’avenir, parce qu’il ne dispose de rien en dehors de ce qui est absolument indispensable à son existence. 11 a atteint le point de congélation qui sert de base aux calculs du fermier. Advienne que pourra, heur ou malheur, il n’y a point part3. »
Une enquête officielle eut lieu, en 1863, sur l’alimentation et le travail des condamnés soit à la transportation, soit au travail forcé. Les résultats, en sont consignés dans deux livres bleus volumineux. « Une comparaison faite avec soin », y est-il dit entre autres, « entre l’ordinaire des criminels dans les prisons d’Angleterre d’une part, et celui des pauvres dans les Workhouses et des travailleurs