‹ Le capital T. 1Chapitre 323 sur 357 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Steuart dit pertinemment qu’elles « encombraient la tour et la maison »> — lança à l’improviste sur le marché du travail une masse de prolétaires sans feu ni lieu. Bien que le pouvoir royal, sorti lui-même du développement bourgeois, fut, dans sa tendance à la souveraineté absolue, poussé à activer ce licenciement par des mesures violentes, il n’en fut pas la seule cause. En guerre ouverte avec la royauté et le parlement, les grands seigneurs créèrent un prolétariat bien autrement considérable en usurpant les biens communaux des paysans et les chassant du sol, qu’ils possédaient au même titre féodal que leurs maîtres. Ce qui en Angleterre donna surtout lieu à ces actes de violence, ce fut l’épanouissement des manufactures de laine en Flandre et la hausse des prix de la laine qui en résulta. La longue guerre des deux roses ayant dévoré l’ancienne noblesse, la nouvelle, fille de son époque, regardait l’argent comme la puissance des puissances. Transformation des terres arables en pâturages, tel fut son cri de guerre.

Dans sa « Description of England. Prefixed lo Holinshed’ s Chronicles , » Harrison raconte comment l’expropriation des paysans a désolé le pays. «Mais qu’importe à nos grands usurpateurs I (What care our great incroachers !) Les maisons des paysans et les cottages des travailleurs ont été violemment rasés ou condamnés à tomber en ruines. Si l’on veut comparer les anciens inventaires de chaque manoir seigneurial, on trouvera que d’innombrables maisons ont disparu avec les petits cultivateurs qui les habitaient, que le pays nourrit beaucoup moins de gens, que beaucoup de villes sont déchues, bien que quelques-unes de nouvelle fondation prospèrent.... A propos des villes et des villages détruits pouf faire des parcs à moutons et où l’on ne voit plus rien debout, sauf les châteaux seigneuriaux, j’en aurais long à dire1. » Les plaintes de ces vieux chroniqueurs, toujours exagérées, dépeignent pourtant d’une manière exacte l’impression produite sur les contemporains par la révolution survenue dans l’ordre économique de la société. Que l’on compare les écrits du chancelier Fortescue avec ceux du chancelier Thomas Morus, et l’on se fera une idée de l’abîme qui sépare le quinzième siècle du seizième En Angleterre la classe travailleuse, dit fort justement Thornton, fut précipitée sans transition de son âge d’or dans son âge de fer.

Ce bouleversement fit peur à la législature. Elle n’avait pas encore atteint ce haut degré de civilisation, où la richesse nationale [Weallh of lhe Nation), c’est-à-dire l’ enrichissement des capitalistes, l’appauvrissement et l’exploitation effrontée de la masse du peuple, passe pour Yullima Thule de la sagesse d’Etat. « Vers cette époque (1489), dit Bacon dans son histoire d’Henri VII, les plaintes à

1. L’édition originale des Chroniques de Holinshed a clé publiée en 1577, en deux volumes. C’est un livre rare ; l’exemplaire qui se trouve au British Muséum est défectueux. Son titre est : • The firste volume of lhe Chronicles of Bngland, Scollande and Irelande, etc. Faithfully gatheredand set fonh , by Raphaël Holinshed. At London, imprinted for John Harrison. .Même titre pour : The Latte volume La deuxième édition en trois volumes, augmentée et continuée jusqu à 1586, fut publiée par J. Hooker, etc., en 1587.

propos de la conversion des terres arables en pacages qm n exigent que la surveillance de. quelques

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rt r im(°'?M,U ? Un(! SagCSSM admirable, de la pa.t du roi et du parlement. Ils prirent des mesures contre cette usurpation dépnpuklrice des terrains communaux (dcpopulating cnclosurcs) et contre 1 extension des pâturages dépopulateurs {dcpopulatmg posture) qui la suivait de près. ».

Une loi d’Henri VII, 1489, c. 19, interdit la démolition de toute maison do paysan avec aiiennin e d au moins vingt acres de terre. Cette inlenlhlion est renouvelée dans une loi de la vingt-cinquième année du règne d’Henri VIII, où il est dit entre antres que « beaucoup do fermes et de. grands troupeaux de bétail, surtout de moutons, s’accumulent en peu do mains, d’où il résulte que les rentes du sol s accroissent, mais quo le labourage (tillage) déchoit, que des maisons et des églises sont démolies et d’énormes masses de peuple se trouvent dans 1 impossibilité de subvenir à leur entretien et à celui de leurs familles. » La loi ordonne par conséquent la reconstruction des maisons de ferme démolies, fixe la proportion entre les terres à blé et les pâturages, etc. Une loi de 1533 constate que certains propriétaires possèdent 24 000 moutons, et leur impose pour limite le chiffre de 2000, etc.1.

Les plaintes du peuple, de même que les lois promulguées depuis Henri VII , pendant cent-cinquante ans, contre l’expropriation des paysans et des petits fermiers, restèrent également sans ellct. Dans ses Essays, civil and moral, scet. 20, Bacon trahit à son insu le secret de leur inefficacité. La loi d’Henri VII, dit-il, fut profonde et admirable, ni ce

sens quelle créa des établissements agricoles et des maisons ruralesd une grandeur normale deteriiiim '., c’est-à-dire quelle assura aux cultivateurs une portion de terre suffisante pour les mettre a m-.me d’élever des sujets jouissant d’une honnête aisance et de condition non servile, et pour maintenir a charrue entre les mains de propriétaires et non < « mercenaires (lo keep the plougli in tbe «

lhe otvners and not hirehngs*). «Gequil fallait a

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