CHAPITRE XXXIII
qu’un euphémisme, qui dissimule la rançon payée par le travailleur au capitaliste pour obtenir licence de se retirer du marché du travail et de s’en aller à la campagne. Il lui faut d’abord produire du capital à son gracieux patroD, afin que celui-ci puisse exploiter plus de travailleurs, et puis il lui faut fournir sur le marché un remplaçant, expédié à ses frais par le gouvernement à co haut et puissant seigneur.
Un fait vraiment caractéristique, c’est que pendant nombre d’années le gouvernement anglais mit en pratique cette méthode d’accumulation primitive recommandée par Wakcfield à l’usage spécial des colonies. Le fiasco fut aussi complet et aussi honteux que celui du Bank Acl de Sir Robert Peel. Le courant de l’cmigration se détourna tout bonnement des colonies anglaises vers les Etats-Unis. Depuis lors le progrès de la production capitaliste en Europe, accompagné qu’il est d’une pression gouvernementale toujours croissante, a rendu superflue la panacée de Wakefield. D’une part le courant humain qui se précipite tous les ans, immense et continu, vers l’Amérique, laisse des dépôts stagnants dans l’est des Etats-Unis, la vague d’émigration partie d’Europe y jetant sur le marché de travail plus d’hommes que la seconde vague d’émigration n’en peut emporter vers le Far IKcsf. D’autre part, la o-uerre civile américaine a entraîne à sa suite une énorme dette nationale, l’exaction fiscale, la naissance de la plus vile aristocratie financière, l’inféodation d’une grande partie des terres publiques à des sociétés de spéculateurs, exploitant les chemins de fer, les mines, etc., en un mot, la centralisation la plus rapide du capital. La grande république a donc cessé d’être la terre promise des travailleurs émigrants. La production capitaliste y marche à pas
de géant, surtout dans les Etats de l’est, quoique abaissement des salaires et la servitude des ouvriers soient loin encore d’y avoir atteint le niveau normal européen.
Les donations do terres coloniales en friche, si largement prodiguées par lo gouvernement anglais a des aristocrates et des capitalistes, ont été hautement dénoncées par Wakefield lui-même. Jointes au flot incessant des chercheurs d'or et à la concurrence que l’importation des marchandises anglaises falt au moindre artisan colonial, elles ont doté 1 Australie d’une, surpopulation relative, beaucoup moins consolidée qu’en Europe, mais nssez considérable pour qu’à certaines période» chaque paquebot apporte la factieuse nouvelle d'un encombrement du marché de travail australien (ghit n/ thc. Australien labouv-markel), et que la prostitution s’y étale e i certains endroits aussi florissante que sur le llavmarket de Londres'.
Mais cc qui nous occupe ici, ce n’est pas la situation actuelle des colonies : c'est le secret que l’économie politique de l’ancien monde a découvert dans le nouveau, et naïvement trahi par ses élucubrations sur les colonies. Le voici : le mode, do production et d’accumulation capitaliste, et partant la propriété privée capitaliste, présuppose l'anéantissement la propriété privée fondée sur le travail personnel ; sa base, c’est l’expropriation du travailleur.
1. Dos que l'Australie devint autntio-it", rit- édi;ta n.ito Tellement des lois favorables aux col-sis: mais la dilapida tion du sol, déjà accomplie par le gouvernement anglais lu barre le chemin. « Le premier ei principal objet que ris.: I. nouveau Land Act (loi sur la terre) de IH*3, c'est de er.-.-i des facilites de plus eu plus grandes pour l'établissement de la population. » (The, Land lata nf Victoria hy the llnn C. Ouff» Minuter ofl’ttblic Lands. Lond., 18uJ.)