CHAP1TUE III
La ionction que l’argent, remplit comme moyen rie payement nécessite l’accumulation des sommes exigées pour les dates cl échéance. Tout en éliminant, (a thésaurisation comme forme propre d’enrichissement, le progrès de la société bourgeoise la développe sous la forme de réserve des moyens de payement.
c) La monnaie universelle.
A sa sortie de la sphère intérieure de la circulation, l’argent, dépouille les formes locales qu il y avait revêtues, forme de numéraire , de monnaie d’appoint, d’étalon des prix, de signe de valeur, pour retourner à sa forme primitive de barre ou lingot. C’est dans le commerce entre nations que la valeur des marchandises se réalise universellement. C’est là aussi que leur figure valeur leur fait vis-hvis, sous l’aspect de monnaie universelle — monnaie du monde (money of the world), comme l’appelle James Steuart, monnaie de la grande république commerçante, comme disait après lui Adam Smith. C’est sur le marché du monde et là seulement que la monnaie fonctionne dans toute la force du terme, comme la marchandise dont la forme naturelle est en même temps l’incarnation sociale du travail humain en général. Sa manière d’être y devient adéquate à son idée.
Dans l’enceinte nationale de la circulation, ce n’est qu’une seule marchandise qui peut servir de mesure de valeur et par suite de monnaie. Sur le marché du monde règne une double mesure de valeur, l’or et l’argent 1 .
La monnaie universelle remplit les trois fonctions de moyen de payement, de moyen d’achat et de matière sociale de la richesse en général (universal wealth). Quand il s’agit de solder les balances internationales, la première fonction prédomine. De là le mot d’ordre du système mercantile — balance de commerce 2. L’or et l’argent servent essentiellement
trimestriels, suivant notre coutume de payer la rente ou de percevoir l’impôt, 10 millions seront nécessaires. Donc si nous supposons que les payements en général s’effectuent entre une semaine et trois, il faudra alors ajouter 10 millions à 40/52, dont la moitié est 5 millions 1/2, de sorte que si nous avons 5 millions 1/2, nous avons assez. » (William Petty, Polüical anatomy of Ircland , 1672, édit., London, 1691, p. 13, 14.)
1 . C’est ce qui démontre l’absurdité de toute législation qui prescrit aux banques nationales de ne tenir en réserve que le métal précieux qui fonctionne comme monnaie dans l’intérieur du pays. Les difficultés que s’est ainsi créées volontairement la banque d’Angleterre, par exemple, sont connues. Dans le Bank-act de 1844, Sir Robert Peel chercha à remédier aux inconvénients, en permettant à la banque d’émettre des billets sur des lingots d’argent, à la condition cependant que la réserve d’argent ne dépasserait jamais d’un quart la réserve d’or. Dans ces circonstances, la valeur de l’argent est estimée chaque fois d’après son prix en or sur le marché de Londres. — Sur les grandes époques historiques du changement de la valeur relative de i’or et de l’argent, V. Karl ilarx, 1. c., p. 136 et suivantes.
2. Lesadversaires du système mercantile, d’après loque! le but |
du commerce international n’est pas autre chose que le solde | en or ou en argent de l'excédant d’une balance de commerce j sur l’autre, méconnaissaient complètement de leur côté la fonction de la monnaie universelle. La fausse interprétation du mou- ! vement international des métaux précieux, n’est que le reflet de j la fausse interprétation des lois qui règlent la masse des moyens delà circulation intérieure, ai nsi qnejo l’ai montré par l’exemple dollicardo (1. c., p. 150). Son dogme erroné : * Uno balance do commerce défavorable no prot tout jamais que de lasurabondanci) de U monnaie courants exportation de U mon*
n moyen J achat, international toutes les fois qnn enfin' i;lr<! °rdina?re don» ' échange des matières lionne»? 7*'* na..lio"s sp dérange. En lin, ils foncil ne «W ni"* lormp!','soluc de la richesse, quand
d’un transfert T m 1 ac'lat ni ('c payement, mais îuo cTÏÏni ? richesse d’un pays à un autre, et
emnêché sniî ’ rS.f0rrn° clc ««retondi», est emptche, soit par les éventualités du marché smt
pai le but même qu’on veut atteindre1 ’ Chaque pays a besoin d’un fonds do réserve pour son commerce etranger, aussi bien que pour culation intérieure. Les fonctions de ccs réserves se rattachent donc en partie à la fonction de la monnaie comme moyen de circulation et de payement a 1 intérieur, et en partie, à sa fonction de monnaie, universelle*. Dans cette, dernière fonction, la monnaie matciielle, cest-a-diro 1 or et l’argent est toujours exigée; c’est pourquoi James Steuart, pour distinguer l’or et l’argent de leurs remplaçants purement locaux, les désigne expressément sous le nom de money of lhe ivorld.
Le ileuvo aux vagues d’argent et d’or possède un double courant. D’un côté, il se répand à partir de sa source sur tout le marché du monde où les différentes enceintes nationales le détournent en proportions diverses, pour qu’il pénètre leurs canaux de circulation intérieure , remplace leurs monnaies usées, fournisse la matière des articles de luxe, et enfin se pétrifie sous forme de trésor3. Cette première direction lui est imprimée par les pays dont les marchandises s’échangent directement avec l’or et l’argent aux sources de leur production. En même temps, les métaux précieux courent de côté
naie est causée par son bas prix, et n’est point l’effet, mais la fause d’une balance défavorable » se trouve déjà chez Barbon: > La balance du commerce, s’il y en a une, n’est point la cause ie l'exportation de la monnaie d’une nation à l'étranger; nais elle provient de la différence de valeur de l’or ou de l’arient en lingots dans chaque pays. » (N. Barbon, I. c., p 59, 50.) Mac Culloch, dans sa Litcraturc of Polüical Economy, a tlassified catalogue, London, 1845, loue Barbon pour cette anticipation, mais évite avec soin de dire un seul mot des formes aaïves sous lesquelles se montrent encore chez ce dernier les suppositions absurdes du ■ currency principle *. L’absence île îritique et meme la déloyauté de ce catalogue éclalciu surtout fans la partie qui traite de l’histoire de la théorie de 1 argent, .a raison en est que le sycophante Mac Culloch fait ici sa cour i lord Ovcrstone (l’ex-banquier Loyd) , qu’il désigne sous le iom de * facile princeps argenUirioruin «.
1. Par exemple, la forme monnaie de la valeur peut être de •igucur dans les cas de subsides, d’emprunts contractés pour •aive la guerre ou mettre une banque à mCme de reprendre le lavement de ses billets, etc.
2. » Il n'est pas, scion moi, de preuve plus convaincante de 'aptitude des fonds de réserve à mener à bon terme toutes les i flaires internationales, sans aucun recours à la circulation 'énérale, que la facilité avec laquelle la France, à peine reveme du choc d’une invasion étrangère, compléta dans 1 espace le vingt-sept mois le payement (l’une contribution J™-? irès de 20 millions de livres exiges par les Pu,S3d''ce’> 'J^ j (t en fournit la plus grande partie 1313
ire dérangement dans son commeite intéii , c
luclua lions alarmantes dans ses échanges. » ( *
>• *41.) in: nations relativement au
JoiâqSstCnonL..®e.ant toujours attiré par les productons * V Trosne, 1. c., p. 9l« ) ■ Los Dîmes qui fournissent ontinuollemenl de l'argent et de l’or en fournissent assez pour ml, venir aux besoin» de »us loi pays. . (\anderhnt, I. o.,
et d’autre, «ans fin ni trêve, entre les sphères de circulation des différents pays, et ce mouvement suit les oscillations incessantes du cours du
cbXaya dans lesquels la production a atteint un haut degré de développement restreignent au minimum exigé par leurs fonctions spécifiques les trésors entassés dans les réservoirs de banque *. A part certaines exceptions . le débordement de ces réservoirs par trop au-dessus de leur niveau moyen est un signe de stagnation dans la circulation des
1. « Le change subit chaque semaine des alternations de hausse et de baisse; il se tourne à certaines époques de l’année contre un pays et se tourne en sa faveur à d'autres époques. ■ £W, Barbon, I. c., p. 30.)
2. Ces diverses fonctions peuvent entrer en un conflit dangereux, dès qu'il a’y joint la fonction d’un fonds de conversion
pour le* billet* de banque.
marchandises ou d’une interruption dans le cours de leurs métamorphoses *.
I. • Tout ce qui, en fait de monnaie, dépasse le strict nécessaire pour un commerce intérieur, est un capital mort et ne porte aucun profit au pays dans lequel il est retenu. • (John Bellers, 1. c., p. 12.) — * Si nous avons trop de monnaie, que faire ? Il faut fondre celle qui a le plus de poids et la transformer en vaisselle splendide, en vases ou ustensiles d'or et d’argent, ou l’exporter comme une marchandise 14 où on la désire, ou la placer à intérêt là où l’intérêt est élevé. » (W. Petty, Quantulumcunque , p. 39) — ‘La monnaie n’est, pour ainsi dire, que la graisse du corps politique; trop nuit à son agilité,
trop peu le rend malade de même que la graisse lubréfie
les muscles et favorise leurs mouvements, entretient le corps quand la nourriture fait défaut, remplit les cavités et donne un aspect de beauté à tout l’ensemble; de même la monnaie dans un État accélère son action, le fait vivre du dehors dans un temps de disette au dedans, règle les comptes et em-
bellit le tout, mais plus spécialement, ajoute Petty avec ironie, les particuliers qui la possèdent en abondance. * (W. Petty Political anatomy oflreland, p. 14.)