CHAPITRE IV
temps des valeurs d'usage de qualité différente, par exemple, froment et habit. Le mouvement aboutit à l’échange des produits, à la permutation des matières diverses dans lesquelles se manifeste le travail social. La circulation A — M-A, au contraire, paraît vide de sens au premier coup-d’œil parce qu’elle est tautologique. Les deux extrêmes ont la même forme économique. Ils sont tous deux argent. Ils ne se distinguent point qualitativement, comme valeurs d’usage, car l’argent est 1 aspect transformé des marchandises dans lequel leurs valeurs d’usage particulières sont éteintes. Échanger 100 1 st. contre du coton et de nouveau le même coton contre 100 1. st., c’est-à-dire échanger par un détour argent contre argent, idem contre idem, une telle opération semble aussi sotte qu’inutile1. Une somme d’argent, en tant qu’elle représente de la valeur, ne. peut se distinguer d’une autre somme que par sa quantité. Le mouvement A — M — A ne tire sa raison d’ètrc d’aucune différence qualitative de ses extrêmes, car ils sont argent tous deux, mais seulement de leur difièrence quantitative. Finalement il est soustrait à la circulation plus d’argent qu’il n’y en a été jeté. Le coton acheté 100 1. st. est revendu 100+10 ou 1 10 1- st. La forme complète de ce mouvement estdonc A — M — A' dans laquelle A— A-}- A A, c’est-à-dire égale à la somme primitivement avancée plus un excédant. Cet excédant ou ce surcroît, je l’appelle plus value (en anglais surplus value). Non seulement donc la valeur avancée se conserve dans la circulation; mais elle y change encore sa grandeur, y ajoute un plus, se fait valoir davantage, et c’est ce mouvement qui la transforme en capital.
Il se peut que les extrêmes M , M , de la circulation M — A — M, froment — argent — habit par exemple, soient aussi de valeur inégale. Le fermier peut vendre son froment au-dessus de sa valeur ou acheter l’habit au-dessous de la sienne. A son tour il peut êtrelloué par le marchand d’habits. Mais l’inégalité des valeurs échangées n’est qu’un accident
1. « On n’échange pas de l’argent contre de l’argent » crie Mercier de la Rivière aux mercantilistes (1. c. p. 486). Voici ce qu’on lit dans un ouvrage qui traite ex professa du commerce et de la spéculation : « Tout commerce consiste dans l’échange de choses d’espèce différente; et le profit (pour le marchand?) provient précisément de cette différence. Il n’y aurait aucun profit à échanger une livre de pain contre une livre do pain.... c’est ce qui explique le contraste avantageux qui existe entre le commerce et le jeu, ce dernier n’étant que Y échange d’argent contre argent » (Ch. Corbet: An Lnquiry into l lie Causes and Modes of the Wcallh of Individuuls; or the l’rinciples of Trade and Spéculation explained. London 1841). Bien que Corbet ne voie pas que A — A, l’échange d’argent contre argent, est là forme de circulation caractéristique non-seulement du capital commercial, mais encore de tout capital, il admet cependant que celte forme d’un genre de commerce particulier, de la spéculation, est la forme du jeu,- mais ensuite vient Mac Culloch, qui trouve qu'acheter pour vendre, c’est spéculer, et qui fait tomber ainsi toute différence entre la spéculation et le commerce : « Toute transaction dans laquelle un individu achète des produits pour les revendre, est en fait une spéculation. »(Mac Culloch : A Dictionarg praclical , etc. of Commerce. London, 1847, p. 1036.) Bien plus nuii sans conlredil est Pinto, le Pindare de la bourse d’Amsterdam : « Le commerce est un jeu (proposition empruntée à Locke); et ce n’est pas avec des gueux qu’on peut gagner. Si l’on gagnait longtemps en tout avec tous, il faudrait rendre de bon accord les plus grandes parties du profit, pûur recommencer le jeu. ■ (Pinto : Traité de la Circulation et du Crédit. Amsterdam, 177 1 , p. 231.)
mat ?eît lSif,Ci,rC^tion* S°n carac*rc norquelle an en a ence (*cs Jeux extrêmes, iament A à]1 6n lèverait tout sens au mouve-
marohandisettr1Cn\’ÎU/a la vente de
rencontre, cm firSl dota d aut!,l!S. marchandises
6oins déterminés iw«ivu ? satl!S^acl,°n de be-
con traire, le commencement eî AaTu smu'm ^ * ’ T* et même chose argent valeur <l’<vi .' R- seule ideutité même de ses deux termes extrêmes le mouvement n’a pus de lin. 11 est vrai quel'eS devenu A + AA, que nous avons 100+ 10 1. st. au neu de iOO; mais sous le rapport de la qualité , HO 1. st. sont la même chose que lOo 1. si. e’eslà-due argent, et sous le rapport de la quantité la première somme n’est qu’une valeur limitée aussi •bien que la seconde. Si les lOü 1. st. sont dépensées comme argent , elles changent aussitôt de rôle ol cessent de fonctionner comme capital. Si elles sont dérobées à la circulation , elles se pélrilienl sous loime trésor et ne grossiront pas d’un liard quand elles dormiraient là jusqu’au jugement dernier. Dès que l’augmentation quand même de la valeur forme donc le but final du mouvement, 110 1. st. ressentent le même besoin de s’accroître que 100 1. st.
La valeur primitivement avancée se distingue bien , il est vrai, pour un instant, de la plus-value qui s’ajoute à elle dans la circulation; mais celle distinction s’évanouiL aussitôt. (Je qui, liuulcmenl, sort de la circulation , ce n’est pas d'un côté la valeur première de tOul. st.,el de l'autre la plus-value de 10 1. st.; c’est, une valeur de 11 U 1. st., laquelle se trouve dans la même forme et les mêmes condi- • lions g ue les 1 00 premières 1. st., prête à recommencer le même jeu1. Le dernier terme de chaque cercle A — M — A, acheter pour vendre, est le premier terme d’une nouvelle circulation du même genre. La circulation simple — vendre pour acheter no sert que de moyen d’atteindre un but situé eu deliois d'elle-même , c’est-à-dire l’appropriation de valeurs d’usage , de choses propres à salistaire des besoins déterminés. La circulation de l argeuL comme capital possède au contraire sort but eu elle-même, cai te n’est que par ce mouvement toujours renouvelé que la valeur continue à se faire valoir. Le mouvement du capital n’a donc pas de limites''.
1 a Le capital se divise en deux parties, le capital primitif et le gain, le surcroît du capital... Mais dans la pratique legai» est réuni de nouveau au capital et mis erf circulation a vc 1 1 u (F. Engels : Umrisse iu einer Krutk der . dans les Dcutsch Fransüsischc lahrhücherlseraus!/ J Arnold lluye und Karl Marx, Paris, 1844, Ul
2. Aristote oppose Y Économique a la Chn .n t >1^ ^ première est son point de départ. En tant qu ^ ,a vic c.| quérir, elle se borne à procurer lesbiens . n - ^ ,.iell(sSSe
utiles soit au foyer d .;r. +(uc, soit a "J* d>usai{e de ce
(é àÀTiOivo; tw.oüto;) consiste en < is t sof(îre pour rengenre, car la quantité des choses q pe1 est un autre
s s&iïTJ: r
c^eCUmtfflaUMcheqssc et à la possession. Le commerce «1rs marchandises (fi «nmXrô, mot a mot commerce de deU.I, c
,«Mt comme représentant, comme support cons- - 1, te mouvement que Je possesseur d argent
T' „ capitaliste. Sa personne, ou plutôt sa poche.
, le r.oin' de départ de l’argent et son point dere- T r L'' contenu objectif de la circulation A— M— A', Xst-à-dire la plus-value qu’enfante la valeur, tel esTsori but subjectif, intime. Ce n’est qu’autant nue l’appropriation toujours croissante de la richesse abstraite est le seul motif déterminant de ses opérations, qu’il fonctionne comme capitaliste ou si l'on veut , comme capital personnifié, doué de’conscience et de volonté. La valeur d’usage ne doit donc jamais être considérée comme le but immédiat du capitaliste. pas plus que le gain isolé1.! mais bien le mouvement incessant du gain toujours renouvelé. Celte tendance absolue à l’enrichissement cette chasse passionnée à la valeur d’échange* , lui sont communes avec le thésauriseur. Mais tandiscdnj-ci n’est qu’un cajdtnlistc maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel. La vie éternelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation3,
I ,) 1 1 s habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation4.
Les formes ind 'pendantes, c’est-à-dire les formes
Aristote .vieille celte forme parce que la valeur d’usage y pré- ,|r,üij|ic! n'»|iparlient pas île sa nature à la Chrématislique, j,.,ria; que l'échange n’y a en vue que ce qui est nécessaire aux acliHriirs et aux vendeurs. • Plus loin il démontre que le troc a été la terme primitive du commerce, mais que son extension a fait tiaitre l'argent. A partir de la découverte de l’argent l'échange dut nécessairement se développer, devenir y.ann).vxf| nu commerce de marchandises, et celui-ci, en contradiction avec sa tendance première, se transforma en Chrématislique ou eu art de faire de l'argent. La Chrématistique se distingue de 1 1. cou- unique en ce sens, que, • pour elle la circulation est la
source de la richesse (coir.Tt/r, ypr,ri.à-ti)v Ôia y vmàiwv ota-
fi'jÀr,;), cl elle semble pivoter autour de l’argent, car l’argent esl le commencement et la lin de ce genre d’échange (vo yâp ■'éuiçi** x*i xspa; xîj; iXî.yyr,; iaxh). C’est pourquoi
aussi la richesse, telle que l’a en vue la Chrématistique, est illimitée. De même que tout art qui a son but en luimême, peut être dit infini dans sa tendance, parce qu’il cherche toujours à s’approcher de plus en plus de ce but, à la différence des arts dont le but tout extérieur est vite attend, de même la Chrématistique est infinie de sa nature, c.u ee ipt elle poursuit est ia richesse absolue. L’Kconomique est limitée, la Chrématislique, non ; la première se propose .ville chose (pie l'argent, la seconde poursuit son augmentation. i 0,1 pour avoir confondu ces deux formes que quelquesuns oui cru a tort que l’acquisition de l'argent et son accroisr!1"'"1 11 ' étaient le but final de l’Écono, nique. » (,1m- ! " »***rr, lib. I, c. H et il, passim.)
>• ' “i"’«l‘:>»d »e compte pour rien le bénéfice présent;
, ...Ujours eu vue le bénéfice futur. . (A. Geuovcsi : Utinni • niimuiit cm le (ni,.,), edit. des économistes italiens de I iivtoif i , pour mmlnna, t. VIII, p. I39.)
1 ’ tl'"‘ 11,1 du gain, l'otiri carra fumes caraclé-
(Mac Cullnch : Tlic Prineipln of
l ise liiitpiurs le. capilaliste. .
p, ’tll!’t‘, U1 .I,tm oloyen qui ne s'imèresso qu’à ta valeur . “'''b'1;-01 <}«i thème a une vraie faitu d'ogre pour les œufs le ", lBS chapeaux, les bottes et une foule d’autr
es articles
.. . *'uv®r.’ est unc (lcs expressions caracléris-
1 anglais t„ j,,.!.,'*" ?r,nalUo dc thésauriser. De meme le • Cet infini que S" 6 * “uver ’ el épargner.
>. elles ratleignem Pr°greS'
'«raiiuiiros
ilos lîrecs
mol '1
sion.
argent ou monnaie que revêt la valeur des tnar chandtscs dans la circulation simple, servent seulement d’intermédiaire pout l’échange des produits et disparaissent dans le résultat final du mouvement. Dans la circulation A — M A , au contraire, marchandise et argent ne fonctionnentl’unc et l’autre que comme desformes différentes de la valeur elle-même, de manière que l’un en est la forme générale, l’autre la forme particulière, et, pour ainsi dire, dissimulée1. La valeur passe constamment d une forme a 1 autre sans se perdre dans ce mouvement. Si 1 on s arrête soit à l’une soit à l’autre, de ces formes, dans lesquelles elle se manifeste tour à tour, on arrive aux deux définitions : le capital est argent, le capital est marchandise * ; mais en fait la valeur se présente ici comme une substance automatique, douée d’une vie propre qui tout en échangeant ses formes sans cesse, change aussi de grandeur, et spontanément, en tant que valeur mère, produit une pousse nouvelle, une plus-value, et finalement s’accroît par sa propre vertu. En un mot, la valeur semble avoir acquis la propriété occulte d’enfanter de la valeur parce qu’elle est valeur, de faire des petits ou du moins de pondre des œufs d’or.
Comme la valeur, devenue capital, subit des changements continuels d’aspect et de grandeur, il lui faut avant tout une forme propre au moyen de laquelle son identité avec elle-même soit constatée. Et cette forme propre elle ne la possède que dans l’argent. C’est sous la forme argent qu’elle commence, termine, et recommence son procédé de génération spontanée. Elle était 100 1. st. , elle est maintenant 110 1. st., et ainsi de suite. Mais l’argent lui-même n’est ici qu’une forme de la valeur, car celle-ci en a deux. Que la forme marchandise soit mise de côté et l’argent ne devient pas capital. C’est le changement de place par deux fois de la même marchandise : premièrement dans l’achat. où elle remplace l’argent avancé, secondement dans la vente où l’argent est repris de nouveau ; c’est ce double déplacement seul qui occasionne le reflux dc l’argent à son point de départ et de plus d’argent qu’il n’en avait été jeté dans la circulation. L’argent n’a donc point ici unc attitude hostile, vis-à-vis de la marchandise, comme c’est le cas chez le thésauriseur. Le capitaliste sait fort bien que toutes les marchandises, quelles que soient leur apparence et leur odeur, sont « dans la foi et dans la vérité » de l’argent, ctdc plus des instruments merveilleux pour faire dc l’argent.
Nous avons vu que, dans la circulation simple, il s’accomplit une séparation formelle entre les marchandises et leur valeur qui se pose en face d’elles sous l’aspect argent. Maintenant la valeur se présente tout à coup comme unc substance motrice d elle-même, et pour laquelle marchandise et argent no sont que de pures formes. Bien plus, au
1. • Ce n’est pas la matière qui fait le capital, mais la valeur de cos matières. . (J. B. $ay ; Traité de T Économie politique, 3e édit., Paris, 1817, t. I, p. 438.)
2. . L’argent (currency!) employé dans un but de production esl capital. • (Mac Lcod : The Throry and practice of Banl‘ing. London, 18ô5, v. I, 0. 1.) • Le capital est marchandise. » (James Mil! : Eléments of Pol. Econ. London, 1821, p. 74.)