CHAPITRE X
le travail en imposant une limitation officielle à la journée de travail et cela au nom d un État gouverné par les capitalistes et les landlords. Sans parler du mouvement des classes ouvrières, de jour en jour plus menaçant, la limitation du travail manufacturier a été dictée par la nécessité, par la même nécessité qui a fait répandre le guano sur les champs de l’Angleterre. La même cupidité aveugle qui épuise le sol, attaquait jusqu’à sa racine la force vitale de la nation. Des épidémies périodiques attestaient ce dépérissement d’une manière aussi claire que le fait la diminution de la taille du soldat en Allemagne et en France 1 2 .
Le Factory Act de 1850 maintenant en vigueur accorde pour le jour moyen 10 heures, 12 heures pour les 5 premiers jours de la semaine, de 6 heures du matin à 6 heures du soir, sur lesquelles une demi-heure pour le' déjeuner et une heure pour le dîner sont prises légalement, de sorte qu’il reste 10 heures et demie de travail, — et 8 heures pour le samedi, de 6 heures du matin à 2 heures de l’aprèsmidi, dont une demi-heure est déduite pour le déjeuner. Restent 60 heures de travail, 10 heures et demie pour les 5 premiers jours de la semaine, 7 heures et demie pour le dernier J. Pour faire observer cette loi, on a nommé des fonctionnaires spéciaux, les inspecteurs de fabrique, directement subordonnés au ministère de l’intérieur, dont les rapports sont publiés tous les six mois par ordre du Parlement. Ces rapports fournissent une statistique courante et officielle qui indique le degré de l’appétit capitaliste.
Écoutons un instant les inspecteurs3 :
« Le perfide fabricant fait commencer le travail
1. « En général et dans de certaines limites, c’est un témoignage en faveur de la bonne venue et de la prospérité des êtres organisés, quand ils dépassent la taille moyenne de leur espèce. Pour ce qui est de l’homme, sa taille s’amoindrit dès que sa croissance régulière trouve des obstacles dans n’importe quelles circonstances, soit physiques, soit sociales. Dans tous les pays de l’Europe où règne la conscription, depuis son établissement, la taille moyenne des hommes faits s’est amoindrie et ils sont en général devenus moins propres au service militaire. Avant la Révolution (1789) la taille minimum du soldat d’infanterie en France était de 165 centimètres; en 1818 (loi du 10 mars) de 157 ; enfin après la loi du 21 mars 1832, de 156 seulement. Plus de la moitié des hommes sont généralement déclarés impropres au service pour défaut de taille et vices de constitution. La taille militaire en Saxe était en 1780 de 178 ■ centimètres; elle est aujourd’hui de 155; en Prusse de 157. D’après les données fournies par lo docteur Meyer dans la Galette de Bavière du 9 mai 1862, il résulte d’une moyenne de 9 ans qu’en Prusse sur 1000 conscrits 716 sont impropres au service, 317 pour défaut de taille et 399 pour vices de constitution, etc. En 1858, Berlin ne put fournir son contingent pour la réserve, il manquait 156 hommes. » (J. V. Liebig : La chimie dans son application à V agriculture et à la physiologie, 1862, 7* édition, v. I, p. 1 16, 118.)
2. On trouvera l’histoire du Factory Act de 1850 dans le cours de ce chapitre.
3. Je ne m occupe que de temps à autre de la période qui s’étend du début de la grande industrie en Angleterre jusqu’en 1845, et sur cette matière je renvoie le lecteur au livre de Friederich Engels sur la situation des classes ouvrières anglaises. (Die Lage der arbeitertden Klasse tn England, non Friedrich Engels. Leipzig, 1845.) Lee Factory Reports, Reports on Mines, etc., qui ont paru depuis 1845 témoignent de la profondeur avec laquelle il a saisi l’esprit du mode de production capitaliste, et la comparaison la plus superficielle de son écrit avec les rapports officiels de la * Children's Employment Commis-
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minutes, après 2 heures de l’apT-m,d7 T 'lT™ son bénéfice : apres-midi. Voici donc
Avant 6 h. du matin.
Après 6 h. du soir.
Sur le temps du déjeûner.
Sur le temps du dîner.
Le samedi.
Avant 6 h. du matin.
Au dcjeüner.
Après 2 h. de l'après-midi.
15 m.\ 15 m.i io iuA ao m.t fio in.l
15 ni. J io m.J 15 m.)
Somme en 5 jours : 3oq minut.
Profit de toute la semaine : 340 ni.
Ou 5 heures 40 minutes, ce qui, multiplié par 50 semaines de travail, déduction faite de 2 semaines pour jours de fête et quelques interruptions accidentelles, donne 27 journées de travail*. .>
« La journée de travail est-elle prolongée de 5 minutes chaque jour au-delà de sa duréo normale, cela fournit 2 jours et demi de production par an J. ». « Une heure de plus, gagnée en attrapant par ci par là et à plusieurs reprises quelques lambeaux de temps, ajoute un treizième mois aux douze dont se compose chaque année3. »
Les crises, pendant lesquelles la production est suspendue , où on ne travaille que peu de temps et même très-peu de jours de la semaine, ne changent naturellement rien au penchant qui porte le capital à prolonger la journée de travail. Moins il se fait d’affaires, plus le bénéfice doit être grand sur les affaires faites; moins on travaille de temps, plus ce temps doit se composer de surtravail. C’est ce que prouvent les rapports des inspecteurs sur la période de crise de 1857-58 :
« On peut trouver une inconséquence à ce qu’il y ait quelque part un travail excessil, alors que le commerce va si mal ; mais c’est précisément ce mauvais état du commerce qui pousse aux infractions les gens sans scrupules ; ils s’assurent par ce moyen un profit extra. » « Au moment même, dit Lconhard Horner, où 122 fabriques de mon district
. publiés 20 ans plus tard, montrent avec quel art admie ii a su peindre la situation dans tous ses détails. Ces ders rapports traitent spécialement de branches d'industrie a législation manufacturière n’était pas encore introduite 862 et en partie ne l’est même pas aujourd’hui. L’état des es, tel que l’a dépeint Engels, n’y a donc pas subi de ification bien sensible. J’emprunte mes exemples pnnciment à la période de liberté commerciale qui a suivi i w tte époque paradisiaque dont les commis ‘ t
-échange aussi terriblement
rants racontent tant de met veille*. ia terre classique
1 «Bure au premierrang.cestju ^ Je seule UDe statisproduction capitaliste, et q I nüUS trajtons.
, continue et officielle des roati q Inspecter of Facto-
Reports ^thTjnsp’ IfTact. (or lhe haïf year ended, i P- 94.
Reports, etc., 30 A prit 1858, p. i.
f,ii abandonnées, où 143 chôment et sont tout a ‘ travaiHent très-peu de temps, le
twtc's, JHt ,,,-olongé au-delà des bornes prescrites. tra'îa loi '. >> M. Ilowell s’exprime de la même ma- „ jjion que dans la plupart des fabriques on travaille que la moitié du temps, à cause du mauvais état des affaires, je n’en reçois pas moins comme par le passé le même nombre de plaintes, sur ce que tantôt une demi-heure, tantôt trois quarts d'heure sont journellement extorqués ( snalcheU } aux ouvriers sur les moments de répit que leur ac corde la loi pour leurs repas et leurs délassements*.»»
Le même phénomène s’est reproduit sur une plus petite échelle pendant la terrible crise, cotonnière de 186; -65".
« Quand nous surprenons des ouvriers en train de travailler pendant les heures de repas ou dans tout autre moment illégal, on nous donne pour prétexte qu’ils ne, veulent pas pour rien au monde abandonner la fabrique, et que l’on est meme obligé de les forcer à interrompre le travail (nettoyage des machines, etc.), particulièrement le samedi dans l’après-midi. Mais si « les bras »» restent dans la fabrique quand les machines sont arrêtées, cela provient tout simplement de ce qu’entre fi heures du matin et 6 heures du soir, dans les heures de travail légales, il ne leur a été accordé aucun moment de répit pour accomplir ces sortes d’opérations*. »
« Le prolit extra que donne le travail prolongé an delà du temps fixé par la loi semble être pour beaucoup de fabricants une tentation trop grande pour qu’ils puissent y résister. Ils comptent sur la chance de. n’élre pas surpris en flagrant délit et calculent, que même, dans le cas où ils seraient découverts, l'insignifiance des amendes et des frais