‹ Le capitalisme dans le monde antique;Chapitre 14 sur 15 · L ECONOMIE ANTIQUE · texte numérisé non relu

L ECONOMIE ANTIQUE

Jusqu'à quel point cette analyse de l'économie romaine peut-elle servir à noter les caractères principaux de l'économie antique et la nature de ce qu'on appelle le capitalisme antique ? Personne ne peut mettre en doute les relations étroites et les affinités qu'il y a entre la civilisation romaine et les civilisations antérieures : Rome conserve dans son sein les plus grandes conquêtes des civilisations antérieures, qu'elle perfectionne môme. Certes cela n'exclut pas les dissemblances, et il serait absurde de rechercher des identités parfaites entre des circonstances et des périodes différentes. Chaque peuple porte dans l'histoire son empreinte particulière : les énergies et les aptitudes ethniques, la situation géographique, la densité de la population ont toujours une influence énorme ; et puis il y a l'imprévu, les contacts, les vicissitudes historiques : c'est tout cet ensemble qui donne son caractère spéciale chaque civilisation. Mais pourtant quand les formes de production sont identiques, les analogies l'emportent sur les différences, et l'ensemble de l'économie se présente avec des signes évidents de ressemblance.

Il en est ainsi des civilisations antiques comparées à la civilisation romaine. Dans celle-ci domine également

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l'économie domestique. Dans les monarchies orientales, l'autarchie de la maison est prépondérante et forme la base de l'économie publique et privée, ce qui n'exclut pas l'existence de certaines manufactures industrielles, pour certains besoins généraux ou pour les besoins de luxe, attribut du monarque et des classes privilégiées. La prospérité et la diffusion de ces industries sont en relation étroite avec la fondation et la croissance des centres urbains, qui sont avant tout des lieux de production et de marché, et qui deviennent ensuite des centres d'action politique et militaire. Civilisation et ville sont en ce sens équivalentes, en ce que l'une suppose l'autre, et qu'elles dépendent réciproquement l'une de l'autre. L'apparition des antiques civilisations va parallèlement à la formation des centres urbains, où les richesses s'accumulent, où les trafics affluent, où des productions spéciales sont concentrées. Toute l'histoire antique des peuples qui ont eu une civilisation nous atteste l'existence de ces centres urbains, c'est-à-dire le développement des arts mécaniques, des industries, du commerce pour aider et compléter les économies domestiques.

En commençant par les monuments babyloniens, par la loi de Hammourabi (2250 ans av. J.-C), jusqu'aux monuments de l'Orient et de toute l'époque hellénique, nous trouvons les plus évidents témoignages de la prépondérance de l'économie familiale qui produit et transforme tout ce qui ne nécessite ni aptitudes ni instruments spéciaux, et de l'existence d'une classe d'artisans réunis dans les villes, qui travaillent sur commande ou pour le marché. Cependant la production domestique est toujours la base de toute la vie économique, ce qui l'alimente, ce qui donne son empreinte à la civilisation, et si parfois, dans les périodes de grande prospérité, elle semble disparaître et céder la place à des formes plus avancées, il s'agit de

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changements superficiels, localisés dans les villes, tandis que l'antique économie naturelle de la maison persiste pour la grande majorité de la population. C'est pour ce motif que les civilisations antiques eurent un caractère éminemment agricole, qu'elles ne comprirent pas le bonheur domestique sans terre, qu'elles mirent la propriété foncière à la base de chaque maison ; par elle ils s'assuraient la production du nécessaire. C'est pour ce motif encore que les non-possédants furent dans une position dépendante, de clientèle, n'ayant pas l'autonomie de leur maison et que les classes moyennes sans terre n'eurent aucune importance politique. Enfin c'est pour ce motif encore que toutes les luttes sociales eurent pour objet la conquête de la terre, c'est-à-dire la condition de la meilleure production domestique.

Cette organisation économique de la production se rapproche de celle de l'époque romaine et représente le fond essentiel de son économie. Chacune de ces civilisations a bien des aspects spéciaux, mais cela dépend des conditions de milieux, de circonstances de différente nature. Les plus anciennes économies sont naturellement des organismes plus rudimentaires et moins complexes si on les compare aux économies postérieures, dans lesquelles les phénomènes psychologiques, politiques, juridiques, artistiques, etc., produits et nés sur le sol économique, se ressentent des modifications de la structure économique. Mais ils n'agissent que peu ou nullement sur les formes essentielles de la production, qui sont, comme nous l'avons dit, à peu près identiques pour le monde ancien. C'est pour cela que l'analyse de l'économie romaine nous offre une voie indirecte, mais solide, pour pénétrer au milieu des civilisations antiques et connaître l'allure de leurs économe

Leurs caractères sont : la spontanéité et la simplicité

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