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L'ASYLUM

. L'ASYLUM. - LE TABULARIUM

L'ancien Asylum, dont la Piazza del Campidog-lio actuelle occupe le centre, s'étendait primitivement au Nord-Est et au Sud- Ouest jusqu'aux pentes de l'Arx et du Capitole proprement dit, au Nord-Ouest jusqu'à l'escarpement qui domine le Champ de Mars, au Sud-Est jusqu'au Forum. Il avait été restreint en 676/78 par la construction du Tabularium, dont les dimensions correspondaient à peu près à celles du palais sénatorial actuel.

Les deux bois (luci) de l'Arx et du Capitole, dont le souvenir s'était maintenu dans l'expression mter duos Lucos^ avaient déjà disparu au début de l'Empire. De l'Asylum, que Romulus, selon la lég-ende, avait autrefois ouvert, il n'était resté qu'un espace de dimensions restreintes, entouré de murs et désigné sous le nom de « Locus Sœptus* >; peut-être, un ancien sanctuaire se trouvait-il compris dans cette enceinte*. Au voisinage s'élevaient plusieurs édifices publics : le temple de Vejovis, l'arc de triomphe et les trophées de Néron, vers le Champ de Mars, le Tabularium, vers le Forum.

Le temple de Vejovis, distinct du temple de Vejovis situé suf l'Arx, existait déjà au dernier siècle de la République '. Chaque année, on y célébrait un sacrifice, le jour des Nones de Mars (7 mars), anniversaire de la dédicace ♦. A l'intérieur de la cella, se trouvait une statue du dieu, représenté sous une forme juvénile, un faisceau de flèches à la main et avec une chèvre à côté de lui 5.

L'arc et les trophées de Néron furent élevés de 58 à 62, à la

I. TiT. Liv., 1,8: « Loctim qui nunc sxptus descendentibiis inter duos lucos est. » OviD., Fast., m, 481 :

« Romulus saxo lucum circiimdedit alto. »

Dion Cass., xlvii, 10; Strabox, v, 23o. — 2. Denys d'Halic, ii, i5, dit de Romulus : « Naôv é-îr' TOÛTt») xaxaaxcuaaàjxâvo; (ôtw oê ipa Oefp f, 5aijxôvwv oùx s/w t6 aacpèç eÎTrsîv). Cf. l'expression de Strabox, loc. cit. : TS[ievo^. — 3. ViTRLV., DeArchit., iv, 8, 4; Ovm., Fast., vi, 429, 399 :

Una nota est marti nonis, sacrata qtiod illis Templa putant lucos Vediovis ante duos.

—'4. Calendr. Prenest., jour des Nones de Mars (C. /. /.., I*, p. 3ii). — 5. Aulu Gell., V, 12 : « Simulacrum igitur dei Vediovis g uod est in sede de qua supra 'dixi, sagittas tenet^ quœ sunt videlicet parlas ad nocendum. Quapropter eum deum plerumque Apollinem dixerunt immolaturque rite humano capra ejusque animalis figmentum juxta simulacrum stat. • Cf. Ovid., Fast., m, 437, 599.

suite des victoires de Corbulon sur les Parthes *. Une monnaie de Néron représente cet arc comme formé d'une seule arche : le sommet du fronton est orné d'un quadrige; les deux côtés, de statues de bronze *. Les monuments xie Néron, qui ne sont plus mentionnés par la suite, ont probablement été détruits après sa mort, en 68.

Le Tabularium, le plus important des édifices de l'Asylum, a été construit en 676/78, sous le consulat de M. iîlmilius Lepidus et de Q. Lutatius Catulus'. Les inscriptions dédicatoires (dont deux sont connues; l'une est restée en place jusqu'au xvi* siècle, l'autre a été découverte lors des travaux de déblaiement exécutés en 1845), ne portent que le nom de Q. Lutatius Catulus : « Q(uintus) Lutatius Q(uinti) f(ilius) Q(uinti) n(epos) Catulus Co(n)s(ul) Substructionem et Tabularium de s(enatus) s(cntentiay faciendum coeravit (ei) demque prob(avit) ♦ » ; la seconde inscription est plus courte : « (Q. Lu)tatius Q. f. Q. n. (Catulus cos ex s)en. sent, faciundum (coeravit) eidemque prob(avit)*. — Les fortifications qui reliaient la défense de l'Arx à celle du Capitole proprement dit et qui dataient de l'époque royale «, durent disparaître définitivement lors de la construction du nouvel édifice.

Les diverses administrations publiques avaient eu antérieurement, et elles conservèrent encore par la suite, leurs archives particulières. Le Tabularium du Capitole était destiné à concentrer, sous forme d'orig-inaux et de copies, l'ensemble des actes qui concernaient l'histoire et l'administration de l'État fomain (sénatus-consultes, plébiscites, traités de paix,...). Le Tabularium souffrit de l'incendie qui, au cours des troubles de 69 ap. J.-C, éclata au Capitole et détruisit notamment le temple de Jupiter Capitolin : trois mille pièces d'archives, gravées sur des tables d'airain, périrent. Vespasien, raconte Suétone ', en fit rechercher partout des copies et réussit à les reconstituer.

Le plan et la disposition intérieure du Tabularium sont assez irréguliers : la cause de cette irrégularité est double. 11 a fallu tenir compte des constructions et des voies d'accès préexistantes (temple de la Concorde, portique des Dii Consentes, Clivus. Capitolinus, Scalae Gemoniae), et aussi de la différence de niveau

I. Tac, Ann., xiir, 41 : « Statuas et Arcus... decernuntur »; xv, 18 : « Arcus medio Capitolini montis sistel>antur. » — 2. H. Cohen, Description historique des Monnaies frappées sous l'Empire romain, 2* édit., I, Néron, 3o6. — 3. H. Jordan, die Topographie der Stadt Rom im Altertum, I, 2, pp. i35-i54; Fr. Reber, Die Ruinen Roms, pp. 69-73. —4. C /. L., I, 592; VI, i3i4. — 5. C. /. L., I, 591 ; VI, i3i3. — 6. Cf. le fragment qui subsiste encore dans la maison portant' le n» I de la via dell' Arco di Scttimio. Voir plus haut, p. 19. — 7. Sieton., Vespas., VIII.

LE TABULARlll.M. î3

considérable (24 mèires en moyenne), qui existe entre le Forum et la platerforme capitoline.

Le Tabularium a la forme d'un trapèze : les deux fronts, vers le Forum et le Capitole (la façade moderne, sur la Piazza del Campidoi^lio, repose sur l'ancien mur du Tabularium), mesurent respectivement 85 et 80 mètres, les deux flancs, 45. Les deux parties les mieux conservées sont celles qui font face à la \'ia del Campidoglio et surtout au Forum.

L'ensemble de l'édifice est construit en blocs de pèperin, longes de i-.io à i",i.î, hauts de o",5o à o",55, disposés alternativement dans le sens de la longueur et de l'épaisseur. Le Tabularium proprement dit repose directement sur te tuf de la colline: la façade tournée vers le Forum, orientée parallèlement au temple de la Concorde et au portique des Dii Consentes, est portée sur de hautes substructions qui sont expressément mentionnées (Substructio et Tabularium] dans l'inscription dédicatoire de Q. Lutatius Catulus. Ces substructions, dès le début, étaient masquées, au Nord- Est et au Sud-Ouest, par le temple de la Concorde et le portique des Dii Consentes : seule la partie centrale était visible du Clivus Capitolinus.

En arrière du mur de façade, épais de 4 mètres, se trouve une série de p. , __ ^^^ j^ Noron chambres, construites au niveau du (Monnaie de Ntron.)

Forum et communiquant entre elles

par un passage voûté. Ces chambres dont la paroi postérieure ' est formée par le tuf de la colline, étaient éclairées par une ligne de fenêtres (larges de 2 pieds), percées dans l'épaisseur des substructions. On y accédait du premier étage par un escalier situé à l'extrémité Nord-F^t de l'édifice.

Au-dessus de ces substructions s'étend une galerie voûtée, large de 7 mètres, haute de io",5o, qui occupe tout le front du Tabularium. Construite à un niveau intermédiaire entre ceux du Forum et de l'Asylum, cette galerie débouchait, à ses deux extrémités, sur le Clivus Capitolinus et sur les Scalœ Gemonia;. établissant ainsi une communication directe entre le Capitoic et l'Ar.x. Le sol était pavé de blocs polygonaux de basalte, dont

quelques restes ont été retrouvés en i83o. L'entrée, du côté de la Via del Campidoglio, existe encore aujourd'hui; la porte, qui se trouvait à l'autre extrémité de la g-alerie, à l'emplacement de la Via dell'Arco di Settimio actuelle, a disparu.

Vers le Forum, cette g-alerie s'ouvrait par une série d'arcades, onze au total, qui sont aujourd'hui murées à l'exception d'une seule. Ces arcades, hautes de 7'",5o, larg-es de 3", 70, étaient supportées par des piliers massifs de péperin, ornés, vers l'extérieur, de colonnes doriques engagées; les chapiteaux des colonnes et l'entablement étaient construits en travertin.

Cette galerie était autrefois surmontée d'un second étage, qui présentait une série d'arcades symétriques à celles du premier. Ce second étage a fait place aux constructions modernes du palais sénatorial.

La disposition intérieure du Tabularium, tel qu'il subsiste aujourd'hui, est complexe et la destination des différentes pièces ne peut être déterminée avec certitude. En arrière de la galerie à arcades qui occupe toute la largeur du premier étage et parallèlement à elle, s'étend, à un niveau supérieur, un hall voûté, qui, postérieurement à la construction de 676/78, sans doute sous l'Empire, a été divisé en deux parties par une rangée de piliers disjDOsés dans le sens de la longueur. Ce hall communiquait à la fois avec la galerie à arcades du premier étage et avec le Forum : avec la première, grâce à un escalier voûté, découvert en 1843, qui se trouvait dans la partie Nord-Est de l'édifice, et débouchait dans la galerie, vis-à-vis de la seule arcade qui soit restée ouverte; avec le Forum, par un long escalier de 67 marches, découvert en i85o. On accédait à cet escalier, du côté du Forum, par une porte voûtée, encore aujourd'hui visible, située entre le temple de la Concorde et le portique des Dii Consentes. Sous Domitien, lors de la construction du temple de Vespasien, dont la partie postérieure s'appuie sur les substructions du Tabularium, cette porte a été murée et les communications directes entre le Tabularium et le Forum se sont trouvés interceptées.

La partie Nord-Est du Tabularium, comprise entre l'escalier qui fait communiquer la galerie à arcades avec le hall supérieur, et la Via dell'Arco di Settimio actuelle, est occupée par une série de quatre pièces, disposées perpendiculairement à cette dernière, sur laquelle elles s'ouvraient autrefois et communiquant entre elles. La première de ces pièces, limitrophe de la galerie à arcades, contient un escalier, qui mène au rez-de-chaussée et dessert les chambres ména;^ées dans l'épaisseur des substructions.

L'ensemble de ces pièces, des pièces qui leur étaient symétriques au Sud-Ouest, du côté de la Via del Campidoglio (ces

dernières ont subi une transformation complète) et du g-rand hall, situé en arrière, constituait, par opposition avec les substructions et la galerie de la façade, le Tabularium proprement dit.

Outre le Locus Saeptus, le temple de Vejovi^ et le Tabularium, qui occupaient les parties centrale et méridionale de l'Asylum, il y avait sur les pentes qui, de l'Asylum, donnaient accès au Capitole et à l'Arx, un certain nombre de maisons privées. Tacite raconte qu'en 69 les partisans de Vitellius purent atteindre le sommet du Capitole g-ràce aux maisons qui se succédaient sans interruption jusqu'au niveau supérieur de la colline». — Une des maisons qui se trouvaient au Nord- Est de l'Asylum, sur la pente de l'Arx, a été découverte en 1888*, au pied de l'escalier qui mène de la Piazza del Campidoglio à l'ég-lise Santa Maria in Aracœli : on a reconnu notamment une salle pavée de marbre. Les murs et les objets trouvés portaient la trace d'un incendie.

D'autres maisons particulières étaient construites sur le revers septentrional de l'Asylum vers le Champ de Mars, où le mur de Servius était depuis longtemps tombé en ruines '. L'une d'elles a été découverte en 1892, à la base de la colline, dans la partie inférieure de la Via délie Tre Pile. La construction en était élégante : les murs étaient ornés de peintures et le sol, pavé de mosaïque*.

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