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LE CAPITOLE DANS V ANTIQUITÉ

L'hémicycle des. hauteurs, centre de la Rome historique, qui converg-ent autour de la dépression du Forum (Palatin, au Sud; Velia, Esquilin, Viminal, Quirinal, à l'Est et au Nord- Est), est fermée, vers le Nord-Ouest, par une colline escarpée de tuf volcanique, le Capitole. Le Capitole sépare l'une de l'autre deux plaines de grandeur fort inégale : au Nord, la plaine riveraine du Tibre, le Champ de Mars ; au Sud, le Forum Boarium avec ses annexes du Vélabre et du Forum, ne laissant entre elles que deux étroits passages : l'un au Sud-Ouest, large d'environ deux cents mètres, le long du fleuve; l'autre, à son extrémité Nord-Est, au voisinage du Quirinal.

Primitivement, la colline capitoline n'était pas, comme elle Test aujourd'hui, une hauteur isolée de toutes parts. Elle se rattachait au Quirinal, dont elle formait le prolongement, par une croupe rocheuse, longue, d'environ i8o mètres et haute, à son point culminant, de 3o. Cette croupe, qui a subsisté pendant toute la période républicaine, a disparu au début du ii" siècle après J.-C, lorsque Traj an, pour établir une liaison directe entre le Forum et le Champ de Mars, a nivelé le sol naturel et construit, à un niveau inférieur, le Forum qui porta son nom 2.

La colline capitoline, longue de 460 mètres environ du Nord-

I. M. L. Homo, ancien membre de l'École française de Rome, a bien voulu se charger de rédiger cette première partie. — 2. Dion Cass., Lxvrri, 16. Cf. l'inscription de la colonne de Trajan, C. /. L., VI, (;6o.

Est au Sud-Ouest, large au maximum de i8o, comprend deux sommets, reliés par un seuil assez analogue à celui qui formait autrefois la liaison entre l'ensemble du Capitole et le Quirinal. Le sommet septentrional, l'ancienne Arx, est à la fois le plus élevé (49 mètres, à l'emplacement de l'église actuelle S. Maria in Aracœli) et celui qui offre la superficie la plus restreinte 8000 à 9000 mètres carrés) ; le sommet méridional, le Capitole proprement dit, d'altitude légèrement inférieure (46 mètres, à l'emplacement du Palazzo Caffarelli), possède une superficie plus considérable (iSooo mètres carrés environ). — Le seuil qui unit ces deux sommets l'un à l'autre, l'ancien Asylum, a une altitude de 36 mètres (emplacement de la Piazza del Campidoglio); sa superficie est à peu près égale à celle de l'Arx. — L'ensemble du Capitole, avec ses deux points culminants (49 et 46 mètres), domine de 3o mètres en moyenne, au Nord-Quest, la plaine du Champ de Mars (altitude 17-18 mètres), au Sud-Ouest, la dépression du Vélabre (niveau antique au pied du Janus Quadrifons, 11 mètres) et du Forum (i3 mètres).

Les caractères géographiques essentiels du Capitole, — à savoir lien naturel, avec le Quirinal et, au contraire, par rapport au Palatin, isolement dû aux marécages du Forum et du Vélabre: escarpement de tous côtés au-dessus des plaines voisines et enfin faible superficie, qui ne se prêtait pas, comme les plateaux du Palatin, du Caelius et du Quirinal, à l'établissement de colonies considérables, — ont été décisifs pour l'histoire de la colline.

Les deux parties du Capitole semblent avoir eu primitivement une histoire et un développement indépendants. Jusqu'à la fin de la période royale, il n'y avait aucun nom qui désignât l'ensemble de la colline. L'Arx paraît avoir, dès le début, dépendu du Quirinal et de la colonie sabine qui y était installée. La hauteur méridionale portait primitivement le nom de Mons Tarpeius». Elle était occupée par une colonie, vraisemblablement d'origine latine, qui, selon la légende, avait été fondée par Saturne et, du nom de son fondateur, avait pris le nom de Saturnia. Denys d'Halicarnasse raconte que cette dénomination existait déjà au temps où une colonie de Grecs, conduite par Hercule, analogue à la colonie arcadienne qui, sous la conduite d'Evandre, avait occupé le Palatin, vint s'installer sur la colline*. Quelques sou-

i. Varron, de Ling. Latin., v, 41 : « Hic mo«5 (le Capitole) an té Tarpeius dicttis.... » Denys d'Halic, iir, 69 : « Tov ûirepxeîiJLsvov xf,; lyopâ; Xôcpov, ô'ç TÔTE |xèv èxaXsîTO TapitTjiOî, vGv ôè KairtxwXîvoç. » Dion Cass., fragm. 11,8 : « '0 Tap-îC'ôio; Xôcpoç jxexwvojJLàaOYi KairixwXïvo?. » Tit. Liv., i, 55, dit de même, que le temple de Jupiter fut construit sur le IVIons Tarpeius. — 2. Denys p'Halic, I, 34 : « Aôçov èirtxiQÔsiov e'jpôvxeç... o^ vOv {xèv KairexwXîvoî dvopià-

venirs de l'ancienne colonie Saturnia se maintinrent à une époque postérieure : l'autel de Saturne, situé à l'extrémité Sud-Ouest du F'orum, au pied du Capitole, près duquel fut construit plus tard un temple du dieu, le nom de Saturnii, porté par les habitants delà région, et celui de Saturnia, primitivement donné à la porte Pandana qui s'ouvrait sur le flanc méridional du Capitole et donnait accès à l'Area Capitolina*.

Le nom de Capitolium, appliqué à l'ensemble de la colline capitoline, ne semble pas antérieur à la fin de l'époque royale et à la construction du temple de Jupiter Capitolin. Selon la légende, qui se trouve, pour la première fois, rapportée par l'historien Fabius Pictor, on aurait découvert, en établissant les fondations du temple, une tête humaine (Caput) et, pour rappeler ce fait, on aurait donné à la hauteur le nom de Capitolium*. La vérité historique est plus simple : la citadelle particulière de la colonie sabine du Quirinal, située sur le rebord septentrional de la colline, portait déjà le nom de Capitolium'. Lorsque les deux colonies du Palatin et du Quirinal se furent fondues, en vertu d'un traité que la tradition rapporte aux deux rois Romulus et Titus Tatius, la colline capitoline devint la citadelle, le centre militaire de la nouvelle cité. A la fin de l'époque royale, sous les Tarquins, lors de la construction du temple de Jupiter, elle en devint aussi le centre religieux. C'est à ce double titre, qu'elle prit le nom de Capitolium, qui paraît avoir été, dès le début une dénomination officielle.

Le nom de Mons Tarpeius ne disparut pas; mais l'extension en fut restreinte. Il cessa de désigner l'ensemble de la hauteur, pour ne plus s'appliquer qu'à l'éperon rocheux du Saxum Tar-

ÇeTat, ÙTzà ôi twv tôt' ÂvBpu>'7C(<>v SaxoOpytoi; êXi^exo. » Ces nouveaux venus auraient été surtout des Péloponésiens : « Tûv 5' ûiroXeicpOévxwv ol [lèv TrXeîoui; fjaav nsXoi:ow7)(jioi, <I>6ve5Tai xe xal 'Eiceiwl ol èÇ TlXtéoi;.... » Parmi eux se trouvaient aussi, selon la légende, Un certain nombre de Troyens (Denys d'Halic, loc cit.). — I. Varron, de Ling. Latin., v, 42. Solin, i, i3 : « Castelli qtioque quod excitaverunt portant appelîaverunt Saturniam quœ postmodum Pandana vocitata est. » — 2. Fabius Pictor, fragm. 12. Varron, de Ling. Latin., v, 41 : « Capitolium dictiim quod hic cum fundamenta fodérentur œdis lavis caput humanum dicitur inventum. » Tu. Liv., i, 55 : « Caput humanum intégra facie aperientitus fundamenta templi dicitur apparuisse; quœ visa species haud per ambages arcem eam imperii caputque rerum fore portendebat. • Denys d'Halic, iv, 5961; Plutarq., CamtW., xxvi; Dion Cass., fragm. 11,8. — 3. Varron, de Ling. Latin., v, i58 : « Clivus proximus a Flora sususQ) versus Capitolium Vêtus, quod ibi sacellum Jovis, Junonis, Minervœ, et id antiquius quam sedis quœ in Capitolio facta. » Ce sanctuaire prit, dès lors, le nom de Capitolium Vêtus, par opposition au Capitole nouveau, et le conserva jusqu'à la fin de l'Empire. Martial, v, 22; vi, 27; vu, 73. Notit., Reg. VI. Inscriptions : Bull. Archeol. Corn., 1887, p. 25i. Ch. Huelsen, /" Topog. Jahresber., Rômisch. Mitth.y 1899, pp. 252-254; //•' Top. Jahresber. y id.j 1891, pp. 103-104.

peium ou Rupes Tarpeia, la Roche Tarpéienne. Dès l'époque de la République, le sommet septentrional du Capitole, qui était la citadelle proprement dite, est g-énéralement désigné sous le nom d'Arx; la hauteur méridionale, sous le nom de Capitolium.

La situation du Capitole était excentrique par rapport aux premiers centres de colonisation qui se sont formés sur le sol romain. La Roma Quadrata n'occupait que le Palatin et ses abords immédiats ; la ville septimontiale, qui lui succéda et dans laquelle entrèrent avec les deux sommets du Palatin, le Cermalus et le Palatium, la Velia, les trois croupes de l'Esquilin (Oppius, Cispius, Fagutal) et la vallée de la Subura, ne comprit pas le Capitole.

A une époque postérieure, autant qu'on peut le discerner d'après les légendes primitives, le Capitole proprement dit et la colonie de Saturnia semblent avoir été rattachés à la colonie latine du Palatin, tandis que l'Arx appartenait aux Sabins du Quirinal ; la tradition conserva plus tard le souvenir d'une maison du roi sabin Titus Tatius, située sur l'Arx*. Romulus aurait ouvert un lieu de refuge (Asylum) dans la dépression qui séparait les deux hauteurs et y aurait accueilli de nombreux bannis * : il avait, disait-on, entouré le Capitole d'une enceinte fortifiée'. Plus tard, à la suite de sa victoire sur le roi des Caeniniens, Acron, qu'il avait tué de sa main, il était monté en triomphe au Capitole, avait consacré, au sommet de la colline, le premier temple de Jupiter, celui de Jupiter Feretrius, et suspendu, dans la cella du dieu, les premières dépouilles opimes*.

Les guerres que se livrèrent ensuite les Latins du Palatin et les Sabins du Quirinal, eurent pour conséquence une occupation temporaire du Capitole par les Sabins. C'est à ce fait que se rapportait la légende relative à Tarpeia, la fille du commandant de la citadelle, Spurius Tarpeius, dont la trahison avait introduit les Sabins dans la place*. Devenu maître du Capitole, le roi des Sabins, Titus Tatius, y voua, au voisinage du temple de Jupiter Feretrius, plusieurs sanctuaires, en particulier ceux de Terminus, de Juventas, peut-être aussi de Mars, qui devaient subsister jusqu'à la fin de l'Empire^.

I. Plutarq., Romulus, xvii : « "Qxsi ôè Tàxioç jxsv oicou vOv d xf^ii Movt^tt,!; vaô; éart » ; Solin, i, 21. — 2. Tit. Liv., i, 8; Denys d'Halic, ii, i5; Plutarq., Romul., ix; Strab., v, 23o; Ovid., Fast., 111,429,399. — 3. Denys d'Halic, ii, 37 : « To'jç itapaxetiJLévou; Xdcpoui; tôv ts Aùevxtvov xal tôv KaicsTOiXîvov vOv XeYÔ{X£vov diroxacppEÛwv xal xotpa^twixaat xapTepoiç itâpiXaixeàvwv. » — 4. Tit. Liv., I, 10; Denys d'Halic, ii, 33-34. — 5. Tit. Liv., i, ii, 399; Denys d'Halic, II, 38. — 6. Tit. Liv., i, 55 : « ...Sacella... quas aliquot ibi a Tatio rege primum in ipso discrimine adversos Romulum pugnœ vota, consecrata inaugurataque postea fuerunt. » Voir plus loin, p. 27, à propos de la construction du

Le traité conclu entre Romulus et Titus Tatius, qui mettait fin aux dissensions des deux peuples et donnait aux deux rois des pouvoirs égaux, ouvre une nouvelle période dans l'histoire du Capitole*. Désormais, l'unité des populations établies au centre du sol romain est constituée. Le Capitole devient la citadelle de la ville. Les fortifications particulières de la colline sont conservées et renforcé.es ; à cette époque appartient le fragment encastré dans le mur d'une maison (n" i) de la Via dell' Arco di Settimio, et formé de blocs de tuf noirâtre, analogues à ceux de la Roma Quadrata du Palatin *.

La topographie du Capitole est ^xéQ pour deux siècles : au Nord-Est, l'Arx avec l'Auguraculum, lieu d'observation pour les Augures; au centre, l'Asylum, avec les deux bois qui le flanquent; au Sud-Ouest, le Capitole, avec le temple de Jupiter Feretrius, agrandi par le roi Ancus Marcius, les sanctuaires de Terminus, Juventas et Mars, la porte Pandana', qui, sans doute en vertu du traité conclu entre Romulus et Titus Tatius, devait rester toujours ouverte et la Roche Tarpéienne.

L'époque des Tarquins, décisive pour le développement ,de Rome, le fut aussi pour l'histoire du Capitole. Leur œuvre, en ce qui concerne le Capitole, comprend trois parties essentielles.

r Le Capitole fut rattaché au reste de la ville par une série de grands travaux d'édilité.

Jusque-là, les communications entre le Capitole et le Palatin étaient difficiles ; le Forum et la région du Vélabre étaient encore, en partie, couverts de marécages. 11 n'y avait sans doute pas alors de route carrossable qui donnât accès au sommet du Capitole. Tarquin l'Ancien assura le dessèchement du Forum et du Vélabre par la construction d'un réseau de cloaques et du plus important d'entre eux, la Cloaca Maxima*. — C'est lui, probablement, qui rattacha directement le Capitole au Forum par l'établissement du Clivus Capitolinus, voie qui formait le prolongement naturel de la Via Sacra et, par une série de lacets, aboutissait successivement à l'Asylum et au sommet du Capitole proprement dit.

temple de Jupiter Capitolin. — i. Tit. Liv., i, 12; Denys d'Halic, ir, 5o; Plutarq., Romiil, xix; Appien, Hist. Rom., i, fragm. 4; Serv., ad JEneid., VII, 709. — 2. R. Lanciani, The Rtiins and Excavations of Ancient Rome, p. 61. Notiz. degli Scavi, 1890, p. 2i5. — 3. Selon Varron, de Ling. Latin., v, 42 et SoLiN, I, i3 (cf. plus haut, p. 3, note i), la porte Pandana s'était primitivement appelée Porta Saturnia. Festus, 363 : « Tantis postea in pace facienda cavit a Romulo ut ea Sabinis semper pateret; » cf. Ep., 220 : « Pandana porta dicta est Romx qtiod semper pateret. » Polyen., viii, 25; Denys d'Halic, x, 14. — 4. Tit. Liv., i, 38-56; Denys d'Halic, m, 67;iv, 44; Pline, Hist. Nat., xxxvi,

Le Forum, devenu le grand marché de la ville, le Capitole, qui en était la citadelle et allait bientôt en être le centre religieux, étroitement reliés l'un à l'autre, devaient avoir dès lors une histoire et un développement communs.

2" Le Capitole cessa d'être une citadelle isolée et fut rattaché à la défense de la ville par la construction du mur de Ser^'ius Tullius.

Jusque-là, le Capitole avait joué, par rapport à la ville, le rôle d'une citadelle autonome; Servius Tullius, le successeur de Tarquin l'Ancien, rattacha la colline à l'enceinte qu'il construisit autour de Rome. Tout le front septentrional du Capitole, celui qui était tourné vers le Champ de Mars, devint partie intégrante de la nouvelle ligne de défense. Le mur de Servius, qui remplaça sur ce point les anciennes fortifications particulières du Capitole et de l'Arx, fut construit à mi-côte, sur une banquette artificiellement taillée dans le tuf de la colline. Quelques fragments en ont été découverts à diverses reprises, notamment : sur le flanc septentrional de l'Arx, en 1887*, 1889* et 1892'; sur le flanc du Capitole proprement dit, en 1872 et 1892 (via délie Tre Pile)*. Un sixième fragment existe, en outre, sur le rebord septentrional de la colline, au pied du Palazzo Caff'arelli. Le Capitole présentait, vers le Nord, un escarpement à pic. Il n'y avait aucune communication directe entre le Champ de Mars et le sommet de la hauteur; en conséquence, aucune porte ne fut aménagée dans cette partie de l'enceinte.

La défense du Capitole fut rattachée d'une part à celle du Quirinal, de l'autre, à celle du Tibre. Au Nord-Est, le mur de Servius se détachait de l'Arx et franchissait, pour gagner le Quirinal, la dépression qui séparait l'Arx de cette colline ; là se trouvait la porte Ratumena*. Au Sud-Ouest, le mur se dirigeait vers le Tibre qu'il atteignait vis-à-vis de l'extrémité méridionale de l'île. Dans cette partie de l'enceinte s'ouvraient deux portes : au pied du Capitole, la porte Carmentalis^, sur la voie qui

I. Notiz. degli Scavi, 1O87, p. ii3; ift^), p- 2i5. — 2. Ai., 1890, p. 2i5. Ch. HuELSEN,//" Topogr. Jahrester., Romisch. Mitlh., 1891, p. 104. — 3. Notiz. degli Scavi, 1892, p. 200; Ch. Huelsen, IV" Topog. Jahresber., Romisch. Mitth.,\ëg^^ p. 287. — 4. R. Lanciaxi, The Ruins and Excavations of Ancient Rome, p. 54; Bull. Archeol. Com., 1873, p. 141 ; Notiz. degli Scavi, 1890, p. 2i5, 1892, p. 229 (cf. Ch. Huelsen, /K" Topog. Jahresber., RÔmisch. Mitth., 1893, p. 287). — 5. La légende rapportait qu'un certain Raturaena, aurige vainqueur aux courses de Véies, avait été emporté par son attelage, et précipité, au pied du Capitole, à l'emplacement de la porte qui prit son nom. Festus, p. 274; Plin., Hist. Nat.^ yiii, 161; SoLix, XLV, i5; Flutarq., P«^/îco/., xiii, d'après Valerius Antias : voir plus loin, p. 29. — 6. La porte Carmentalis était au pied du Capitole. Denys d'Halic, I, 32 : « ^r-îtô li^ )C3Xou{xév(o Kai:ixo)Xt(f> », non loin de l'autel delà nymphe Carmenta; Solin, i, i3: « Pars etiam infima Capitolini montis

l'ÉRIODKS ROYALE ET REPUBLICAINE.

mettail en communication le Forum Boarium et le Forum Holitorium; la porte Flumentana', sur la route qui longeait la rive du fleuve.

Bien que couvert, au Nord, par l'enceinte de Sèrvius, le Capitôle conserva, vers le Forum, ses fortifications particulières. Il continua à être la citadelle de la ville et forma dés lors une seconde liffne de défense en arrière de la première.

3* Le t'apitoie devînt le centre' religieux de la cité.

Tarquin l'Ancien, au cours de la guerre contre les Sabins, voua à la triade Jupiter, Junon, Minerve, un temple, qui fut élevé sur le Capitole et qui devint le centre du culte national romain. La construction ex i^a d'énormes travaux préparatoires: nivellement du Capitole, Établissement d'une vaste plate-forme artificielle, au sommet, et de substructions, sur les flancs de la colline, — qui se poursuivirent sous le règne de Tarquin le Superbe. L'édifice ne devait ôtre terminé qu'en 245/509 avant J.-C, l'année qui suivit l'expulsion des rois.

H C^nnenlx juit. uti C^rmtntii «une fjaiim csl, a qu3 Carmenlilt porta Nomcn d^lum : Tct. Liv., xicv, <:; «vu, ,17; Oïid., FasI., u. 101: Festïs, 285; Ep., 335; Sekï., ad JEneU., viii, Jil- — i. Vabhos, de Re Ruslica, ICI, i ; Cicer., ad Allie, vu. 3, 9; T:t, Ltv-, vi. m; nxiv, 21 ; Festis. p. Ug: • FliimenUua porU Ronai affellali qiiod Titeris firlcm ca fiaxiise affirmant. -

8 LE CAPITULE ROMAJN.

L*achèvenicnt du Clivus Capitolinus; qui devait former la grande voie d'accès au temple, compléta la voie triomphale de la Ma Sacra.

A la fin de la période royale, la physionomie primitive du Capitole avait déjà subi une profonde transformation. Le sommet de la colline était occupé par une large esplanade, l'Area Capitolina, reliée directement au Forum par le Clivus Capitolinus et couverte de monuments : au centre, le grand temple de Jupiter; tout autour, l'ancien temple de Jupiter Feretrius, le temple de la Fides et le sanctuaire de la Fortuna Primigenia, qui, selon la tradition, avaient été fondés, le premier par Numa, le second par Servius Tullius, sans doute aussi la Curia Calabra, lieu de réunion des comices Calâtes pendant les premiers siècles de la République*.

L'Arx, dont la construction du mur de Servius avait renforcé les défenses, était la citadelle proprement dite ; le Capitole, à la suite des grands travaux exécutés par les Tarquins, était devenu plus spécialement le centre religieux de la cité romaine.

Dans la période de recul, qui suivit pour Rome l'expulsion des Rois et la proclamation de la République, l'importance militaire, politique et religieuse du Capitole ne fit que croître.

Le Capitole joua un grand rôle dans les guerres que Rome soutint, pour la défense de son territoire, au v et au iv* siècle, et dans les dissensions intérieures, qui accompagnèrent la lutte des deux ordres. En 263/491 avant J.-C, lorsque Coriolan marcha sur Rome avec une armée volsque, le Capitole fut mis en état de défense*. En 283/471, sous le consulat d'Appius Claudius Sabinus et de T. Quinctius Capitolinus, une émeute éclata contre le consul Appius :- la plèbe occupa le Capitole'^, dont l'escarpement dominait le F'orum et le Comitium, et ne consentit à l'évacuer que sur l'intervention du sénat. En 294/460, le Sabin Herdonius, avec une troupe de 4000 hommes, descendit le Tibre et enleva par surprise le Capitole et l'Arx; trois jours plus tard, les Romains, sous la conduite du consul L. Valerius Publicola, montèrent à l'assaut, le long du Clivus Capitolinus, et réussirent à réoccuper la citadelle*. En 304/460, le décemvir Appius Claudius dit aux plébéiens qu'une forteresse comme le Capitole n'est pas

I. Sur ces divers édifices, voir plus loin, pp. 25, 27, 40. — 2. Denys d'Halic, VIII, 22. — 3. Denys d'Halic, ix, 48. — 4. Sur la surprise du Capitole par Herdonius, TiT. Liv., III, i5-i8 : « Exules servique ad duo millia hominiim et qttin-

Ô'jvajA'.v EÎXe TO çpoûptov, êxsîOev ô' êirl tyîv dtxpav w^àjxsvo;, STXt 5s tw Kotiït- TwXto) irpoasxTQ?, xdxeîvrjç êYeydvet xOpio?. »

seulement dirig-ée contre les ennemis du dehors*. Un peu plus tard, on découvrit une conjuration d'esclaves, qui voulaient s'emparer du Capitole pour appeler ensuite les autres esclaves à la liberté*.

Le principal épisode de l'histoire militaire du Capitole pendant les trois premiers siècles de la République fut le siège par les Gaulois en 364/390. Les Romains, pris de panique à la bataille de l'Allia, n'avaient même pas song-é à défendre le mur de Servius. Les Gaulois pénétrèrent librement dans la ville. La résistance se concentra au Capitole; les Gaulois ne purent enlever la- citadelle de vive force et la lég^ende relative aux oies du Capitole a conservé le souvenir de leurs efforts infructueux. Ils réussirent toutefois à la prendre par la famine et contraig^nirent les défenseurs à payer rançon.

A mesure que Rome étendait ses conquêtes en Italie, la citadelle capitoline perdit nécessairement de son importance. L'assaut des Gaulois est la dernière attaque étrangère que le Capitole ait eu à repousser.

L'État patricien, qui, en 246/609, avait remplacé la Royauté, poursuivit l'œuvre de transformation entreprise par les Tarquins au Capitole. — Le temple de Jupiter fut solennellement consacré en 245/509 par le consul M. Horatius Pulvillus'. La vie politique et religieuse du Capitole prit un nouvel essor.

C'est au Capitole que le sénat tenait, au commencement de chaque année, sa première séance*; il s'y réunissait, en outre, dans certaines circonstances exceptionnelles. En 414/340, il y donna audience aux envoyés des Latins révoltés^; en 565/189, il remit à Antipater, fils du roi Antiochus, le traité signé avec Rome**. — Les magistrats, lorsqu'ils entraient en charge, se rendaient solennellement au Capitole et offraient un sacrifice à Jupiter' : c'est de là qu'ils partaient lorsqu'ils quittaient Rome pour aller se mettre à la tête des armées et prendre possession de leurs provinces*.

Les comices Calâtes se réunissaient, au début de chaque mois, dans la Curia Calabra. — La plèbe tint fréquemment ses « Concilia » sur l'Area Capitolina, surtout au ir siècle (en 558/196, 559/195, 585/169, 587/167, etc.)o. C'est là que Tiberius

1. Denys d'Halic, XI, 35. — 2. Dexys d'Halic, xii, fragrn. 6. — 3. Tit. Liv., 11,8; VII, 3; PoLYB., III, 22; Dkxys d'Halic, v, 35; Plutarq., Putlicol., xiv; Valer. Maxim., V, 10, i; Tac, Hist., m, 72. — 4. Tit. Liv., xxii, i; xxhi, 3i; XXIV, 10; XXVI, 1; XXVIII, 3<;; xxx, 27; xxxii, 8, etc. Cf. Suetox., yl«jf., xxvi. — 5. TiT. Liv., viii, 5. —6. /il, xxxvii, 55. — 7. Tit. Liv., xxir, i ; Sueton., Aug.^ XXVI. — 8. TiT. Liv., XXI, 63; xi.i, 10; xlii, 49. — 9. Tit. Liv., xxxiii, 35; xxxiv, I ; XLiii, 16; XLV, 36, etc.

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Gracchus fut tué en 621/1 33*. — Les orig-inaux des traités signés par Rome avec les peuples étrangers étaient déposés dans le bureau des édiles, voisin du temple de Jupiter Capitolin*.

C'est au Capitole que les consuls procédaient annuellement aux levées et à la prestation du serment militaire : un drapeau rouge, arboré sur TArx, annonçait à la ville que la cérémonie était terminée'. — Les jeunes gens, lorsqu'ils atteignaient leur seizième année, y prenaient solennellement la toge*.

Le Capitole était le lieu d'expiation pour les crimes les plus graves : les traîtres ou ceux qui étaient convaincus d'aspirer à la tyrannie (ainsi Manlius Capitolinus, en 370/384), les incestes, etc. étaient précipités de la Roche Tarpéienne.

Au Capitole enfin se rapportaient deux des manifestations religieuses les plus importantes de la vie romaine : les processions et les triomphes.

Chaque année, le jour des Ludi Romani, la procession (pompa) se formait au temple de Jupiter. Les statues des dieux étaient placées sur des chars (thensaî) et menées solennellement, par le Clivus Capitolinus et la Via Sacra, jusqu'au Grand Cirque où elles étaient exposées. Les jeux terminés, on les ramenait au Capitole et on les replaçait dans leurs sanctuaires.

Le temple de Jupiter Capitolin était le point d'aboutissement des triomphes*. Le triomphateur allait remercier Jupiter et lui faire hommage des victoires qu'il avait remportées grâce à sa protection ; il offrait un sacrifice solennel et consacrait au dieu de riches offrandes. Le Capitole se trouvait ainsi directement associé au développement de la grandeur romaine; chaque conquête, chaque extension de l'Empire avait sa consécration officielle au Capitole.

I. Flutarq., Tib. Gracch.,xix-xx; Appien, Guerr. civ., i, i6; Oros.,v, 9. — 2. PoLYB., III, 26 : « riapi TÔv A{a tôv KairsTwXiov iv x(p tûv dyopavôiJLtov Ta{JLteî(o. ■ — 3. TiT. Liv., xxxii, i5; Polyb., vi, 19; Macrob., Saturn., I, 16, i5; Festus, Ep. io3; Serv., ad JEneid., viii, i. — 4. Serv., ad Eclog., IV, 5(). — 5. Les triomphes de Camille ("64/390) . sur les Gaulois, de Papirius Cursor (430/324, 435/319, 445/3o(;, 461/293) sur les Samnites, de Fabricius (472-282 et 476/278) et de Curius Dentatus (464/290 et 479/275) sur les Lucaniens, les Tarentins et Pyrrhus, scellent la conquête définitive de l'Italie par Rome; ceux d'Appius Claudius (490-264), de Lutatius Catulus (5i3/24i) et de Scipion l'Africain (553/201), la chute de Carthage; ceux de Flamininus (560/194) sur la Macédoine, de L. Cornélius Scipio Asiaticus (565/i89) sur Antiochus, de Fulvius Nobilior (567-187) sur les Etoliens, de Paul-Emile (587/167) tt de Metellus (608/146) sur la Macédoine, de Mummius (609/145) sur la Grèce, de Scipion Emilien (608/146) sur Carthage, de Metellus (648-106) sur Jugurtha, de Marius (653-101), sur les Cimbres et les Teutons, de Sylla (673/81) et de Lucullus (691/63), sur Mithridate, de Pompée (693/61) sur l'Orient, de César (708/46) sur la Gaule, d'Octavicn (725/29) sur l'Egypte, la soumission à Rome du Bassin Méditerranéen.

PÉRIODES ROYALE ET RÉPUBLICAINE. a

Parallèlement au développement politique et religieux se poursuit la transformation monumentale du Capitole. — - Au début de la République, il y avait encore, sur le Capitole, un grand nombre de maisons particulières. Denys d'Halicarnasse raconte qu'en 294/460, lorsque le Sabin Herdonius surprit le Capitole, ceux des habitants qui n'avaient pas été tués s'enfuirent ou se barricadèrent dans leurs maisons*.

Manlius Capitolinus, le défenseur du Capitole contre les Gaulois en 364/390, possédait une maison sur l'Arx*. Après la retraite des Gaulois, le sénat, pour rappeler la défense du Capitole, établit les Jeux capitolins (Ludi Capitolini) et en confia l'org-anisation aux habitants de la colline constitués en collège 5. Lorsque Manlius Capitolinus eut été mis à mort pour haute trahison, en 370/384, sa maison fut rasée; une loi, votée la même année, interdit aux patriciens d'habiter sur le Capitole ou sur l'Arx*. Pendant les trois derniers siècles de la République, les maisons particulières firent place peu à peu aux monuments publics.

Les terrains situés au pied du Capitole, vers le Champ de Mars et le Forum Boarium, appartenaient au domaine public : ils étaient occupés par les Sodalités religieuses des Pontifes, des Augures, des Décemvirs et des Flamines. En 666/88, au moment de la guerre contre Mithridate et pour procurer à l'État les ressources qui lui manquaient, Sylla les leur reprit et les mit en vente ^; le quartier se couvrit alors de maisons particulières, qui subsistèrent jusqu'à la fin de l'Empire.

Au dernier siècle de la République, la topographie générale du Capitole était la suivante. Sur l'Arx, s'élevaient les temples de Juno Moneta, avec les ateliers de la Monnaie, de Vejovis et de la Concorde ; le mur de Servius tombait partout en ruines. L'Asylum, maintenant restreint et séparé du Forum par la masse du Tabularium, ne contenait qu'un édifice, le sanctuaire de Vejovis. Un espace clos, entouré d'un mur (loais Saeptus)^ rappelait l'emplacement où Romulus avait autrefois ouvert son refuge. Sur le Capitole, autour du grand temple de Jupiter, se groupaient les temples de Jupiter Feretrius, de la Fides, de la

I. Denys d'Halic, x, i5.... « Ta Té-yr) twv o?xîwv xaTsi/ov Sp-a yuvaiçiv,

(îx; diro toûtwv dywvioOiJisvoi irpoç toù; £Î(jeÂTiXuOoTa<;. » — 2. Tit. Liv., vi, 20; VII, 28; la maison de M. Àlanlius Capitolinus se trouvait à l'emplacement occupé plus tard par le temple de Juno Moneta et la Monnaie. Plltarq., CamilL, xxxvi. — 3. Tit. Liv., v, 5o. Cf. C /./.., I, 8o5. — 4. Tit. Liv., vi, 20 : « ne quis patricius in Arce aut Capitolio habitaret » ; Plutar^., Camill, xxxvi. — 5. Appiex, Milh., 22; Oros., v, 18 : « Loca piiblica qiias in circuitîi Capitolii pontificibuSy atiguribus, decemviris et flaminibus in possessionem tm^ita erant, cogente inopia vendita siint. »

Mens, de Venus Erucina, d'Ops, le sanctuaire de la Fortuna Primig:enia et un grand nombre de monuments (statues, bases dédicatoires...), dont il sera question plus" loin. — Quelques maisons privées s'étaient maintenues, particulièrement sur les flancs de la colline et sur les pentes qui, de l'Asylum, donnaient accès au Capitole et à l'Arx.

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