CHAPITRE IX
Les rapports de la gaîté et de la tristesse avec les autres principaux traits émotionnels, intellectuels et volitionnels du caractère.
I. — Ces deux formes essentielles de la sensibilité et du caractère ont été étudiées dans leurs rapports avec la vivacité, la lenteur et l'ardeur, soit simples, soit combinées. Nous allons mettre en lumière quelques-uns de leurs rapports avec les autres principaux facteurs émotionnels et volitionnels, et avec les trait intellectuels les plus importants de la personnalité.
La ^aîté et la tristesse sont en elles-mêmes des signes de l'état physiologique des organes : d'une manière générale, gaîté et bien-êtrC;, tristesse et malaise, c'est tout un. L'animal est continuellementgai, quand il se porte bien; vieux, il devient morose. C'est le rire ou les larmes du corps : l'intelligence n'y est pour rien. La force produit la joie, et la faiblesse produit l'état contraire. Mais il ne faut pas oul)lier qu'avec une santé générale très bonne, tel organe peut n'être pas à l'état normal, et à lui seul occasionner la tristesse. Nous avons eu à constater ce fait à propos de (luelques-uns des sujets ([ui figurent dans ce livre (1).
1. hicn qu'une grande luirtie des considérations ijui vont suivre puissent Irouvof Jour conlirnialidn dnns nos portraits, Jo Içc-
Considéré à l'état normal, à l'état de santé habituel, chacun est plus ou moins particulièrement apte à éprouver du plaisir ou de la douleur, selon la constitution, non pas seulement des organes, mais du cerveau que ses ancêtres lui ont transmis. On sait que les affections des voies digestives sont celles qui retentissent le plus péniblement sur le caractère : Voltaire, si irritable, surtout quand il digérait mal, n'en conservait pas moins sa belle humeur naturelle, ni plus ni moins qu'un rhumatisant ou un goutteux de bonne étoffe, comme le turent Mécène et Scarron. Les influences héréditaires inscrites dans le cerveau peuvent n'avoir qu'une date assez récente, à ce qu'il semble. Mme Michelet nous dit en parlant de son père : « Je lui tenais par mille liens, par mille rapports intimes. J'étais la fille de son âge mûr et de sa santé ébranlée. Je n'eus pas l'humeur équilibrée que les autres enfants tenaient de ma mère. Il disait lui-môme: que je te sens ma fdle ! (1) ».
M. Renan, fils d'un père breton et d'une mère gasconne, fort gaie, nous dit aussi : « Mon père était plutôt doux et mélancolique. 11 me donna le jour un peu vieux, au retour d'un long voyage. Dans les premières lueurs de mon être, j'ai senti les froides brumes de la mer, subi la brise du matin, traversé l'âpre et mélancolique insomnie du banc de quart (2) ».
Mais l'hérédité, immédiate ou ancienne, n'est pas tout. 11 y a pour chacun les influences directes du milieu, de l'éducation, du régime physique et moral. Encore faut-il se
leur inc saura gn- de ne les rappeler que çà ol là : ces indications, plus nombreuses, ne seraient ni plus intéressantes ni plus utiles.