‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 17 sur 59 · Souvenirs d'enfance et de jeunesse · texte numérisé non relu

Souvenirs d'enfance et de jeunesse

garder d'exagérer la force bien réelle de ces influences, et ne pas leur attribuer les eiïcts du simple et naturel développement du cerveau et des organes. Tel changement, dans riuinieur comme dans la santé, était en germe dans l'organisme, et devait se produire presque fatalement, l'heure venue, ou les circonstances s'y prêtant, par exemple, à l'époque de la puberté, si décisive quelquefois pour les organisations des deux sexes.

Ayant indiqué brièvement les origines ou les conditions essentielles de l'humeur, soit gaie, soit triste, montrons comment l'une et l'autre se combinent avec la colère, le courage, la bienveillance, et leurs contraires, avec les différentes formes de l'amour-propre et les principaux modes de l'intelligence et de la volonté.

II. — Unie à V irascibilité, la gaité est plus démonstrative, plus capricieuse aussi. Les gais les plus irascibles sont en général les plus aptes à exprimer énergiquement la joie. 11 n"y a pas là seulement une question d'énergie émotionnelle , mais aussi des rapports étroits de fonction organique et d'expression. La gaité et la colère développent dans tout l'être une force considérable, elles activent l'une et l'autre au plus haut degré la circulation et la respiration ; celleci, au degré extrême, se transforme, dans les deux, en un rire strident et en paroles entrecoupées ; elles prennent toutes les deux une forme éruptive, avec une tendance irrésistible à atteindre leur objet, à le presser, à le battre, à le mordre, la colère, en déchirant, la gaité, en embrassant. Leur mimique ayant beaucoup d'analogie, il n'est pas étonnant qu'elles soient si rapprochées Tune de l'autre: rien de plus prompt à s'irriter qu'un homme troublé dans son allégresse. Voyez d'un peu loin deux hommes du midi parlant et s" agitant; vous ne savez s'ils rient entre eux ou s'ils

se disputent. S'ils rient, il ne faut qu'un rien pour les mettre en colère ; s'ils sont furieux, pour les remettre en joie, le tout avec le même emportement du geste et de la parole.

Unie à la douceur, la gai té est plus sobre de démonstrations extérieures, plus tempérée, plus égale à ellemême. Mais la gaîté douce est très rare, au moins comme disposition naturelle et non acquise. La douceur des irascibles pacifiés par l'âge, le bon sens et les efforts de la volonté, laisse d'ailleurs une grande marge, et pour la colère et pour la gaîté. Chez les violents de nature, si la douceur n'est pas feinte et voulue, c'est un calme trompeur entre deux décharges nerveuses, explosions de gaîté ou de colère. C'est d'eux qu'on peut dire que « la joie fait peur ». Elle les secoue comme un vent d'orage, et les éclairs et le tonnerre ne sont jamais bien loin. On sait au moins à quoi s'en tenir avec eux; tandis qu'avec certaines natures molles et placides, la gaîté ressemble fort à l'indifférence, quand elle n'est pas un voile de bienséance jeté sur des défauts plus graves. 11 est des sourires si doux qu'on se demande ce qu'ils veulent dire, et l'on ne sait ce qu'ils cachent.

La douceur des tristiis peut alterner avec une certaine disposition, mais faible, à l'irascibilité, de même quelle s'allie à une certaine vivacité. Les tristes qui sont mous ou apathiques n'ont guère que des impatiences ; leur attitude habituelle est celle de la langueur. Pour trouver chez les tristes des colères puissantes, il faut s'adresser aux plus énergiques, qui sont alors plutôt des amersque des tristes. Encore chez le gens de ce caractère, n'est-il pas rare que le mauvais rire et les joies malignes alternent avec les plus violentes colères.

m. — De la colère au courage, il n'y a pas loin. Le courage, même le courage de sang-froid, est quelque chose comme de la colère en acte ou en puissance. Il semble donc qu'on le rencontrera le plus souvent avec l'énergie qui produit les fortes explosions de la colère ou de la joie. La sérénité qui accompagne le courage calme est d'ailleurs bien voisine de la gaîté. L'habitude de tout voir d'un œil satisfait et dun cœur confiant, n'est pas non plus sans donner à l'âme une excitation de bon aloi, qui est plutôt faite pour engendrer la vaillance que la pusillanimité. La tristesse, outre qu'elle indique souvent une nature pauvre en énergie et en ressources, doit plutôt porter l'homme à douter de ses forces et à n'en pas faire usage, sinon dans quelque moment d'efitervescence et d'oubli de soi. Une aptitude à peu près égale à la tristesse et à la joie, tout en accusant un tempérament à énergie intermittente, pourra fort bien comporter un mélange habituel de courage et de poltronnerie, surtout des paniques et des dévouements irréfléchis. (1) En somme, c'est la gaîté qui tend le ressort du courage, mais seulement chez les forts ; toute seule, elle produit'ait une insouciance relative, aussi éloignée de l'héroïque effort que peu capable de comprendre le véritable danger. Je sais des lâches qui sont tout ce qu'il y a de plus gai au monde, sauf dans le cas d'un danger imminent.

Pour ce qui est des timides, il faut distinguer. « Cet animal est tristejCtlacrainte le ronge n.a. dit La Fontaine à propos du lièvre; et il nous présente cet animal comme ayant peur de l'ombre de ses oreilles. Ce sont là gens poltrons, à notre égard et à l'égard des chiens, et gens payés pour

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