Confessions
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11 fuut être plus vaniteux que lier, peut-être assez orgueilleux,et aussi très bilieux, pour savourer pendant un demisiècle ses colères et ses haines et s'y retremper chaque jour, pour se repaitre de ses rancunes, se baigner dans sa rage, et éprouver un tourment délicieux à se venger, comme ce triste et extraordinaire duc de Saint-Simon. Les colères des vrais fiers ne persistent le plus souvent que sous forme de généreuses indignations, impersonnelles, visant des vices éternels, des abus inhérents à une certaine classe d'hommes ou à une certaine sorte d'institutions; du reste, ils s'en aftligent encore plus qu'ils ne s'en irritent. Les fiers qui s'indignent à tout propos et avec excès, ont en général moins de fierté que d'aigreur et de malveillance.
Cette susceptibilité rageuse et démonstrative doit souvent beaucoup aux influences du milieu, tandis qu'une irascibilité hautaine et taciturne, ordinairement accompagnée d'orgueil, est plutôt une tendance innée. Chateaubriand nous montre ces deux sortes de caractères dans sa famille. «Mon père, dit-il, était grand et sec, il avait le nez aquilin, les lèvres minces et pâles, les yeux enfoncés, petits et pers ou glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares, .le n'ai jamais vu un pareil regard : quand la colère y montait, les prunelles étincelantes semblaient se détacher et venir vous frapper comme une balle. » Deux traits complètent cette farouche physionomie : « une tristesse profonde et un silence dont il ne sortait que par emportementS))(l). La châtelaine de Combourg était aussi peu aimable,mais d'une autre façon : « Avec de ladouceurdans l'âme, elle grondait toujours : mon père était la terreur