‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 25 sur 59 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les rapports du courage et de la crainte avec la bienveillance et la malveillance et avec les principaux traits intellectuels et volitionnels du caractère (1;.

I. — Le courage et la peur, ou la confiance en nos forces et le sentiment contraire, nous font surmonter ou fuir un danger (jui ne peut être écarté, nous le font envisager de sang-froid ou avec le plus grand trouble. Les dispositions au courage et à la crainte dépendent peut-être, avant tout, non pas de la vigueur et de la faiblesse des muscles, mais du fonctionnement régulier ou irrégulier des viscères,de la manière dont ils résistent aux diverses causes d'excitation. Ces organes vitaux ont plus ou moins de tonicité, sont plus ou moins délicats et susceptibles. Le courage et la peur ne les émeuvent pas de la même manière, au moins chez la plupart des hommes. Ainsi le mot de Montaigne n'est vrai que d'une manière relative : « La peur extrême et l'extrême ardeur du courage troublent également le ventre et lé lâchent. » On voit du moins ici le rôle souvent prédomi-

4. Les rapports du rouragc cl de son contruirc avec la vivacité, Yurikur, la lenteur, ont été étudiés, Chap. III-VIII ; — leurs rapports avec la (jaité cl la tristesse, Gliap. IX; — leurs rapports avec Y irascibilité c\. la douceur, Chap. X.

liant qui est dévolu, à l'égard des réactions viscérales, aux fonctions supérieures, et souvent innées, du cerveau. « La peur, dit M. Féré, a quelquefois des effets locaux nettement prédominants contre lesquels le sujet peut lutter dans une certaine mesure ; le maréchal de Luxembourg était pris de fièvre et de diarrhée pendant la bataille : « Dans ces moments-là, disait-il, je laisse faire à mon corps tout ce qu'il veut, pour conserver tout mon esprit à l'action » (1).

IL — Ayant déjà étudié les rapports du courage et de la peur avec d'autres dispositions essentielles du tempérament et de la sensibilité, il nous reste à étudier les rapports de ces deux sentiments, d'abord avec les sentiments sociaux et antisociaux, et ensuite avec les diverses formes de l'amour-propre.

A priori, le courage, comme la crainte, paraît devoir s'allier aussi bien avec la bienveillance qu'avec la malveillance. Le courage est d'abord employé pour la conservation personnelle; mais la crainte atteint à ce résultat d'une autre manière. La lâcheté a des ailes pour fuir le danger, la ruse pour le tourner, et l'une et l'autre sont connues de beaucoup d'hommes, soit bienveillants, soit malveillants. II y a plus : le lâche peut devoir quelques vigoureuses poussées à l'amour de soi. La bienveillance aussi, la tendresse, produisent, chez les êtres timides et faibles, des dévouements qui nous étonnent. C'est là l'effet d'une surexcitation nerveuse extraordinaire, mais ce n'est pas à proprement parler du courage. Ces dévouements-là sont d'ailleurs assez rares chez les enfants qui ne sont pas un peu courageux par nature, et on ne les voit pas se soutenir longtemps,

1. Rev. phil., note sur la Physioloyie de V attention, oct. 1890.

dans une lutte inégale, chez les femmes auxquelles l'alTection et l'impulsivité nerveuse tiennent lieu de vaillance. Il faut toujours en revenir là : le courage est une disposition émotionnelle et intellectuelle d'un genre spécial, une sorte d'irritation à la fois expansivè et contenue, qui ne se prolonge et ne se renouvelle guère sans le secours d'une volonté énergique.

Chez les faibles, les timides et les irrésolus, la bienveillance et la pitié s'arrêtent souvent à des velléités d'héroïsme ou de patience ; ayant à payer de leur personne, ils sont presque toujours battus d'avance. Un courage de bouillonnement et d'entrain est le seul dont ils donnent quel- (juefois le spectacle (l).Les poltrons sympathiques, capables de beaux entraînements, mais ayant conscience d'un état d'infériorité morale dont ils no peuvent se guérir, cherchent au moins à l'oublier et à le faire oublier par de bons petits services et de délicates prévenances. Encore est-il besoin d'une bonne dose de bonté naturelle pour n'être pas souvent refoulé, par la pusillanimité, dans un égoïsme insouciant ou inquiet, et pour ne pas descendre ainsi jusqu'à la lâcheté. La crainte est un des stimulants les plus actifs pour l'égoïsme étroit.

Si les sentiments altnciste.s sont impuissants à fonder un courage parfait et durable, le courage naturel s'achève en (luekjue sorte, quand, au mépris du sentiment de conservation personnelle, il est tourné à la défense ou à la protection d'autrui. Tous les nobles sentiments qui sont l'apanage de la natun; humaine viennent, pour ainsi dire, à son appui. Soit grâce aux passions affectives qui le surexcitent, soit grâce aux mouvements de l'amour-propre (|ui l'cxal-

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