‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 27 sur 59 · Les Sociétés uniinah's,2'^ éd'ii., passim · texte numérisé non relu

Les Sociétés uniinah's,2'^ éd'ii., passim

LK CUUHAG;^ et la crainte 22o

un mal qu'il ira pu faire; ils frappent leurs serviteurs, leurs enfants, leurs femmes, leurs mères; on a dit qu'ils « se vengeraient sur une fleur. » Souvent c'est moins la cruauté naturelle ou réfléchie, que l'impulsivité ii^^norante, qui fait commettre aux enfants des actes que nous appellerions bassement cruels, s'ils étaient accomplis par un adulte (1).

Chose consolante à penser, ces hommes, au moins de nos jours, ne se rencontrent que par exception parmi les plus courageux. On les voit, au contraire, envoyer quelqu'un à leur place, quand le danger est grave, et l'éviter autrement par la fuite ou par la trahison. Ce sont ceux-là qui, sur tous les champs de bataille, achèvent les blessés ou profanent les morts. Voyez comme les a dépeints Montaigne : « J'ai souvent ouy dire que la couardise est la mère de la cruauté. Et si ai par expérience aperçu ([iiq cette aigreur et àpreté de courage malicieux et inhumain s'accompagne coutumièrement de mollesse féminine : j'en ai vu des plus cruels sujets à pleurer aisément et pour des causes frivoles. » Avis à ceux qui prétendent donner aux hommes des leçons de courage par l'exhibition d'animaux torturés et éventrés sur l'arène !

Cette sensibilité, que Montaigne appelle « féminine », et qui accompagne, par exception, je le crois, la couardise, appartient à des natures impulsives, d'une nervosité qui les raitproche à certains égards des sauvages, si prompts à i)asser du rire aux larmes, et si féroces dans leurs représailles; elle expose ceux qui en sont affectés à manquer de courage et de sang-froid dans des occasions décisives. Ce fut le cas de Bonaparte, au moment du Dix-huit Brumaire (2). On sait

1. "V. notre portrait d'ii'(iowanL Vallès lui-même, enfant, avait pitié des animaux.

2. V. Laujol, toc. cit. Taiidinque Lui^ien lui k uiorvfMlleux de

que son courage, ordinairement à la hauteur de son génie et de son ambition, s'accompagnait de rigueur, et qu'il ne reculait pas,au besoin, devant les cruautés inutiles. Il se défiait,uni(|uement au point de vue de rapparat,ou par crainte de s'oublier à quelque attendrissement dangereux, de cette s(>nsil)ilité nerveuse qui lui mettait souvent malgré lui des larmes aux yeux. 11 avait peur de s'émouvoir, de cesser un moment d'être le plus égoïste des hommes (1).

III. — Vaviour-propre le plus fortement développé ne suffit pas plus que la force des sentiments altruistes, pour produire le vrai courage : le facteur essentiel, et indispensable, c'est encore et toujours la force de volonté. Il lui rend cependant, lui aussi, de grands services.

Le grand air (jue le courage donne contribue tout d'abord à cette énergique stimulation. Rien qu'à voir un beau régiment défiler, sonneries et tambours en tête, d'un pas tranquille et fier,on sent remuer en soi la fibre héroïque. C'est dire que l'orgueil et la fierté tournissent,en général, au courage,un aliment plus sur que la vanité. La fierté tient à se montrer ce qu'elle est; l'orgueil, ce qu'il veut être : la vanité, le simple point d'honneur, se contentent de paraître. Le courage d'ostentation est toujours très suspect. L'homme qui n'est courageux que lorsfiu'on a les yeux sur lui ressemble à ces enfants qui ne travaillent, ou ne font semblant de travailler,que lorsque le maitre les regarde. Ce courage a son

sang-IVoid, do souplesse cl. d'audace, son I)ulor de frère s'avisa de venir donner du pied dans son travail ». Il ne s'y montra que résolimicnt faible et cruel. « Napoléon n'y avait vu que du feu. 11 pàlil et trembla)). Il proféra des « paroles imprudentes, aussi cruelles qu'inutiles, car il n'y avait plus de résistance... « Kl si l'on j'ésisle, avait-il dit, tuez, tuez ! » 1. V, Taine, Napoléon.

prix, lorsqu'il est réel ; mais il faut s'en défier, comme de la vertu des gens que le respect humain empêche seul de voler ou de calonuiior. Otez-leur la galerie : de ces héros, de ces gens de bien, il ne reste plus (pie l'ond^re. Kn voulezvous un bel exenii)le ?

« Je me rappelle, dit un général anglais, un otïicier de cette catégorie, que j'avais souvent vu se comporter à merveille sous le feu. C'était même un gai compagnon au milieu des périls nombreux de la guerre, à condition qu'il eût des spectateurs. iMais une nuit, il se trouvadésignéi)our un assaut des plus dangereux. L'opération ne réussit pas, et nos pertes furent des plus lourdes. On me dit que l'officier en question était resté parmi les morts. Les cadavres ayant été relevés, j'arrivais pour assister à ses funérailles, quand je le rencontrai fort bien portant et sain comme l'œil. 11 me conta joyeusement que, grâce à l'obscurité de la nuit, il avait pu échapper à l'ennemi et regagner nos lignes. Or, quelques années plus tard .j'appris la vérité de façon à n'en pouvoir douter : mon gaillard avait tout sinqjlement lâché ses honmies pour rester à l'abri dans un taillis, (l'était un de ces braves qui ont besoin du grand jour et de la publicité pour se montrer à leur avantage ». (1) Cet officier-là devait sans doute avoir plus de vanité que de fierté, et surtout que d'énergie volontaire. Faute de ce ressort intérieur, on se demande de (pielle manièri! il luttera contre ses passions, surtout quand il n'aura (rautr(! témoin (jue sa conscience, ('(.'lui (pii n'a (ju'une cond)ativit('! de parade !

Même avec de la licrti', de l'orgueil, de l'intelligence, de la volonté, plus d'un auraixiaucoup à faire pour trionq)her de son organisation peu disposée aux luttes meurtrières. Je

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