IV. — Enumérons quelques-uns des rapports les plus
évidents, entre le eourage et la peur, et les traits intellectuels du caractère.
La peur appelle Vatlenlion sur un danger qui passerait inaperçu ou dédaigné; mais elle trouble \q jugement, et elle enlève à l'esprit la faculté de considérer ce danger avec tout le sang-froid voulu : l'IionuTie trop accessible à la peur voit le danger où il n'est pas, ou il ne s'arrête pas aux véritables moyens de le repousser. La peur est, en général, aussi défavorable à l'attention, qu'elle estcontraire au courage. Pourtant, il arrive, par le fait de la préattention, que les émotions graves, dans un esprit préparé à les recevoir, produisent de moindres effets que les grandes émotions insolites. Un peu de prévoyance et un peu d'impressionnabilité peuvent donc se combiner d'une manière utile cliez l'homme dont le courage est d'ailleurs peu considérable ; mais une trop forte impressionnabilité produit souvent l'effet contraire.
Une impressionnabilité faible peut produire un courage d'insouciance, surtout (piand elle s'accompagne de cette curiosité banale qui est l'imagination des gens lourds et rassis. Pendant le siège de Paris, le nerveux et dilettante de Concourt prenait les précautions voulues pour s'abriter dans sa cave contre les obus prussiens ; sous le canon de l'ennemi, un grand nombre de Strasbourgeois, de caractère et d'habitudes placides, montraient plus d'indifférence « En dehors des personnes que leurs affaires ou leurs fonctions forçaient à circuler en ville, il y avait toute une catégorie de bourgeois et de rentiers que rien n'obligeait à sortir de chez eux. Kh bien ! on les rencontrait partout, continuant tant bien que mal leur train de vie ordinaire, .l'ai connu des vieillards qui, tout le temps du siège, faisaient trois fois par jour leur promenade habituelle et
allaient dans les quartiers les plus exposés, pour voir en vrais badauds les désastres et les dégâts de la veille » (1).
La peur fausse le jugement, et le faible jugement se concilie rarement avec le courage et la patience. L'homme d'un jugement sain fait une juste appréciation du danger ou de la souffrance. 11 sait prévoir, et, pour pou qu'il sache attendre, il prend ses mesures, et il se comporte souvent comme si le courage était chez lui un don de nature : il fait ce qui doit être fait, pour repousser le mal ou atteindre le bien.
On peut cependant être sérieux et pratique, dans, une certaine mesure, sans avoir beaucoup de force de caractère. Ruser, alors, avec l'obstacle, éviter, tourner le danger, cela donne un air de décision qui ressemble à de l'intrépidité. On passe pour avoir l'énergie de dominer des impressions qu'on juge simplement n'être pas de nature à troubler. On peut, d'ailleurs, avec ce genre de caractère et d'esprit, avoir ses révoltes d'amour-propre ou d'égoïsme, comme on a ses révoltes de timidité, et déployer, dans certaines occasions, une véritable force de résistance ou d'attaque.
Le courage et la peur sont très souvent des effets d'wmgination, même chez des personnes qui ne sont pas très impressionnables, et dont le jugement n'est pas en défaut. L'imagination confère à l'homme le triste privilège de grossir ou de prolonger la peur au-delà de ce que la réalité autorise. Jointe à une crédulité optimiste, elle peut produire une assurance qui ressemble à du courage, et qui n'est, au fond, que l'ignorance du danger. 11 est vrai que l'absence d'imagination, connue le peu de délicatesse d'impression,