‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 30 sur 59 · I. lîeaunis. Impressions de camparpie, 1870-1871, p · texte numérisé non relu

I. lîeaunis. Impressions de camparpie, 1870-1871, p

produit le même effet. Grâce à l'imagination, aidée d'un peu de crédulité pessimiste, la peur s'empare de nous, à l'idée de dangers dont nous n'avons rien à craindre. On ne se plaît que trop à entretenir cette faiblesse chez les enfants, par les tictions et les fables dont on alimente leur jeune esprit. Quelquefois les natures bien trempées réagissent d'elles-mêmes contre ces causes de débilitation morale : qui n'a vu des enfants trembler lorsqu'ils se croyaient en présence d'apparitions surnaturelles, et se montrer tout autres en face de dapgers réels?

L'imagination, accompagnée d'une faiblesse relative, peut exagérer la grandeur du danger et frapper de crainte ceux qui ne trembleraient pas en des occasions supposées moins graves. Aristote nous raconte une jolie anecdote sur le compte des Argiens. Ils avaient attaqué les Spartiates, les prenant pour des Sicyoniens ; mais ils prirent la fuite dès qu'ils virent qu'ils s'étaient trompés. Au surplus, les vrais poltrons, accidentellement de faux braves, n'ont de courage qu'en l'absence présumée du danger. Tel est le héros Tartarin, si intrépide au milieu des précipices des Alpes, tant qu'il les considère comme des décors de théâtre, et si prompt à lâcher, que dis-je, à couper la corde qui le retient à son compagnon, à l'apparence d'un véritable danger.

L'imagination joue des tours plus sérieux à des personnes qui voudraient avoir du courage et se battent les flancs pour en avoir, mais qui n'en ont que virtuellement. « J'ai souvent rencontre'', dit l'écrivain compétent que j'ai déjà cité, des hommes faibles et sans ressort, (jui désiraient sincèrement être courageux, et (lu'une sorte de démon poussait toujours à des bagarres pour lesquelles ils n'étaient nullement faits. Les gens de cette sorte dresseront

(les plans merveilleux pour des opérations qu'ils sont incapables de mener à terme ; jusqu'au dernier moment, ils réussissent à se faire illusion à eux-mêmes : puis, soudain, le cœur leur manque, et les voilà qui prennent les jambes à leur cou... Jusqu'au moment du combat (un officier cité en exemple), tout alla le mieux du monde : le moment de l'action venu, une fillette de quinze ans aurait montré plus de sang-froid. Et pourtant ce même homme dirigeait l'insurrection la plus hasardeuse, et qui ne pouvait le conduire qu'au triomphe ouàl'échafaud » (1).

11 nous faut parler aussi des combinaisons essentielles de la prudence, je ne dis pas avec la peur seulement (cellesci sont connues de tout le monde), mais avec le courage. La prudence unie au courage n'est pas un fait aussi rare qu'on le croirait. Plus d'un renommé capitaine sut, comme Philippe ou Lysandre, coudre la peau du renard à celle du lion. Le courage permet à l'homme d'envisager avec calme et de calculer les chances propables du succès : il peut donc venir en aide à la prudence. D'un autre côté, le brave gagne, à être prudent, du sang-froid et de l'opportunité dans l'action. Même pour éviter le danger qu'on ne veut pas braver en face, la prudence unie au courage est cent fois plus efficace que la prudence mâtinée de crainte. Au surplus, la prudence des faibles est loin de ressembler à celle des forts. 11 en est que l'expérience de la vie ne corrige pas plus de leur étourderie que de leur mollesse dans le danger, et surtout de leur peu de courage à se vaincre eux-mêmes. (2) La prudence, chez les faibles, confine à la lâcheté, surtout quand leur faiblesse atténue leurfierté,et quand leur bienveillance, plus ou moins accompagnée de bon

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