LA BIENVEILLANCK ET LA MALVEILLANCE
qu'ils s'en doutent : ils croient facilement au bien chez les personnes qui se mettent bien avec eux, en flattant leur amour-propre, ou paraissant servir leurs passions, surtout leurs haines (1). Les despotes ont toujours cru à leurs courtisans, et ceux-ci ne sont faits que pour les tromper.
V. — Dans quels rapports la jn-évoijance et la prudence se trouvent-elles avec les sentiments sociaux et antisociaux? La prévoyance est plutôt intellectuelle, la prudence esta la fois intellectuelle et pratique. Tel, capable de prévoir les événements futurs, ne l'est pas de faire ce qu'il faut pour s'y conformer ou les moditier. Au moment où l'on prévoit, on est loin des faits, et il ne se forme pas de ces irrésistibles impulsions actives avec lesquelles la prudence aurait à compter (2). Or, la malveillance fournit abondamment de ces impulsions ; et l'homme entraîné par la passion ou aveuglé par l'orgueil, agit souvent sans scrupules, et néglige les plus vulgaires précautions. Au contraire, le bon qui est prudent, est du môme coup prévoyant, bien que sa prudence puisse être inférieure à sa prévoyance. Il met habituellement toutes ses ressources au service des autres, de la même manière qu'il les utilise pour lui-môme. A intelligence et à sagacité égales,je crois que la bienveillance favorise mieux que la malveillance l'exercice de la prévoyance et de la prudence.
Le bienveillant peut n'être, d'ailleurs, ni prévoyant ni prudent, et sa bienveillance gagne alors peut-être à s'aiguiser un peu de malveillance : il se tient mieux sur la défensive, il ne s'abandonne pas à l'étourdie. La prudence modère ou atténue la bienveillance, comme elle peut, à