‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 39 sur 59 · LA BIENVEILLANGK HT LA MALVEILLANCE · texte numérisé non relu

LA BIENVEILLANGK HT LA MALVEILLANCE

VI. — On trouve souvent la franchise unie à la bonté, avec prédominance de lune ou de Tautrc. 11 semble qu'on ne puisse être tout à fait bon si Ton n'est franc, ni tout à fait méchant avec quelque sincérité. Mais il y a là des nuances intermédiaires. La bonté conseille le mensonge ou la dissimulation, et bien des personnes très franches croiraient manquer à leur devoir en ne se prêtant pas à ces suggestions. Dans cette casuistique à l'usage des gens de bien^ c'est moins la raison que la sagacité du jugement, et surtout la force du caractère qui décident : opportune, mesurée, la menterie parait en quelque sorte ju^iliée par son sage emploi. La malveillance aussi comporte une certaine franchise, intéressée la plupart du temps; ce n'est pas celle du bourru bienfaisant, dont la bonté est naturellement supérieure à la franchise et à la brusquerie. En somme, la tendresse peut coexister, mais non la bonté parfaite, avec la fausseté ; et pas de franchise parfaite, où domine la malveillance.

11 y a, du reste, à faire ici une différence entre la bienveillance et la bonté. Celle-ci se traduit par des actes, et elle n'a pas à se déjuger pour rester sincère. Mais la bienveillance, qui s'affirme par des paroles plus que par des actes, est d'autant plus facile à simuler, qu'on la juge à l'air qu'elle se donne. .le voudrais bien voir comment les enfants déjà grands d'un père anglais tel que le romancier Dickens nous l'a dépeint, peuvent imiter ses sentiments et ses vertus de parade. « La religion anglaise est peu dogmatique et toute morale : Pecknifï ne lâche pas comme Tartuffe des phrases de théologie ; il s'épanche. 11 a marché avec le siècle. Il est devenu philosoplio humanitaire. Il a donné à ses fdles les noms de Mcrcy (Compassion) et de Charity. Il est tendre, il est bon, il s'abandonne aux effusions de famille. 11 offre

innocemment en spectacle, lorsqu'on vient le voir, de charmantes scènes d'intérieur ; il étale le cœur d'un père, les sentiments d'un époux, la bienveillance d'un bon maître. Les vertus de famille sont en honneur aujourd'hui ; 11 faut s'en affubler. » (1) L'esquisse est délicieuse, — du Dickens revu par Taine ! II est des Tartuffes de toute robe et de tout pays : n'en déplaise aux pudibondes morales d'outre-Rhin et d'outre-Manche, il en est au pays de Meta Holdenis comme au pays de Lovelace.

Mais, s'il faut en croire les rapports des étrangers, nous aurions aussi, comme un produit naturel du sol, non pas seulement des fanfarons du vice, ce qui est moins une hypocrisie qu'une affectation, mais mieux encore : la tartufferie de l'amabilité. Elle est tellement passée dans nos manières, que nous pouvons, sans cesser d'être aimables, ajouter à tous les vices tous les crimes. Voici du moins quels étaient nos pères, d'après une humoriste anglaise, un peu arrangée par Taine : « La conduite de Fouquier(-Tinville) me fait faire des réflexions sur une chose que les Français considèrent comme un avantage particulier de leur caractère national sur le caractère anglais : je veux parler de cette douceur de manières, de cette prudence d'expressions qu'ils appellent amabilité, et qu'ils acquièrent et conservent même sans fausseté ; car, quoique cette gracieuseté soit habituelle, et par suite, maintes fois exempte de calcul, l'étranger pourtant se trouve souvent mis hors de ses gardes et tenté de donner sa confiance ou d'attendre des services que des façons moins conciliantes ne lui auraient pas fait espérer. . . Un Français peut être mauvais mari, père insensible ou maitre arrogant, sans que ses

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