CHAPITRE XllI
Les ra pports des principales formes de l'amourpropre avec les principaux traits intellectuels et volitionnels du caractère.
Nous nous occuperons surtout de la vanité, de ïorgueil et de la fierté, qui sont les principales formes de l'amourpropre.
I. — Le vaniteux n'est pas nécessairement un petit esprit, mais il est assez ordinaire qu'il le soit. Chez les personnes de ce caractère, l'attention est, en général. mobile et superficielle. Le contentement de soi s'exprime, chez les plus lents, par de petits mouvements sautillants qui vont bien avec l'étourderie. L'homme vain a aussi le plus souvent la curiosité mobile et banale. Il court au-devant des nouvelles, parce qu'elles satisfont son besoin de changement, et aussi, et surtout, pour être des premiers aies connaître.
Je suppose qu'il ait bonne mémoire ; mais alors, il ne doit pas avoir toutes les qualités d'une mémoire excellente. Celle des mots, des noms propres et des dates, des menus détails concrets, il doit souvent en être assez bien pourvu ; celle des lieux, peut-être cell e des physionomies, celle des abstractions et celle des raisonnements, doivent être chez lui plus imparfaites, car elles dénotent quelque fixité et quelque sérieux dans l'esprit. C'est toujours un homme
i>OU LV: CAHACTEHE DE L'ENFANT A L'HOMME
plus OU moins léger et inconsistant, ayant le cerveau plus garni de petits faits et de mots que d'idées, prompt à juger, très sujet à se tromper, d'autant plus que sa personnalité se mêle toujours à l'appréciation des personnes et des choses. Avec de la sagacité, du discernement, il juge à tort et à travers, prend les mots pour les choses, les apparences pour la réalité, le Pirée pour un homme. Le doute logique lui est inconnu.
A force de parler de soi, de ne penser qu'à soi, l'homme intelligent mais vain, en arrive à se faire un moi de fantaisie, naturellement embelli et comme idéalisé. 11 faut posséder un riche fonds de réflexion et de hon sens, pour rester modeste, avec une assez grande vanité. Alors la vanité s'appuie sur quelque énergie intellectuelle ou morale, et s'arrange, comme elle peut, avec l'orgueil ou la fierté. Balzac, nous dit G. Sand, « avait une manière d'être modeste sous les apparences de la présomption » (1). Marmontel nous dit aussi que Mme Geolîrin « était simple dans ses goûts, dans ses vêtements, mais recherchée daiis sa simplicité, ayant jusqu'au raffinement la délicatesse du luxe, mais rien de son éclat ni de sa vanité; modeste dans son air, dans son maintien, dans ses manières, mais avec un fond de fierté et même un peu de vaine gloire. Rien ne la flattait plus que son commerce avec les grands (2). ». Une telle vanité, Marmontel l'a fort bien remarqué, n'est pas sans un mélange d'orgueil, mais aussi de fierté, de hon sens, de simplicité.
Cette vanité, mélangée de fierté, de simplicité, presque do modestie, veut attirer et retenir les yeux plutôt que les