‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 43 sur 59 · Ex. : /. Vallès · texte numérisé non relu

Ex. : /. Vallès

L'AMOUR-PROPRl': 26S

sens moral plus délicat, nous voyons encore la mémoire, l'attention, la curiosité, le jugement, limités et faussés, mais d'autant moins que l'orgueil se réduira davantage à la lierté, et laissera plus de place à la modestie, cette forme supérieure du discernement et de la sincérité (1).

L'homme plus orgueilleux que fier, avec toute l'intelligence et tout le bon sens qu'il peut avoir, tombe souvent dans les fautes et les petitesses de la vanité. Il ne se contente pas de ce qui est simple et vrai : s'il a le solide, il lui faut le brillant. Par passion, par intérêt^ par ostentation, et n'eùt-il eu autour de lui que des exemples de franchise et de sincérité, il ment et dissimule sans pudeur; selon le côté d'où le vent souffle pour lui, il rampe et flatte, il insulte et calomnie, se fait humble ou superbe, insinuant ou impérieux, bouffon ou grave, familier ou solennel, tragedinnte ou comediante : il prend tous les masques, tous les travestissements possibles, non pas seulement pour réaliser ses projets les plus chers, mais pour moins que rien, pour se montrer supérieur même à un imbécile.

Les éloges délicats ne sont pas ceux qu'il préfère : il lui faut de l'encens à tout prix, de toute main, des éloges mérités ou non, une admiration vraie ou menteuse. Il sait au besoin les mendier, et quand on lui en a fait l'aumône, en paraître surpris ou embarrassé, pour recueillir en même temps les honneurs dus à la modestie. Le sot orgueil est médisant, comme la vanité l'est souvent ; il est railleur, comme la fierté pourrait l'être; il est mordant, il est ironique, à la façon de l'orgueil dominateur, froid et méchant. Si l'homme ainsi doué n'est pas médiocre, il a nécessairement plus d'un côté mesquin et misérable. Il n'est

Page 1