Mme Roland
i'68 L1-: CARACTÈRE DE L'ENFANT A L'HOMME
vanter ost tel, qu'ils inventent souvent de toutes pièces des histoires qui sont la plupart du temps bien loin d'être à leur honneur. Il n'en est pas de même des idiots, dont l'imagination n'est du reste pas assez vive pour inventer ainsi des choses qui ne sont pas arrivées, et ils sont en général modestes (1)». C'est toujours une consolation, pour les vaniteux et les menteurs, que de mériter d'être placés, par leur imagination, plus près des imbéciles que des idiots.
III. — La fierté est d'abord un sentiment instinctif, celui de la force ou de la valeur personnelle, et qui ne tarde pas à devenir un sentiment intellectuel et comparatif. Voyez l'attitude de l'homme fier : il se tient droit, la tête relevée, le regard ferme et calme, fixé sur l'horizon, mais sans affecter de mépriser ce qui l'entoure. On sent qu'il est bien près, tout en se complaisant en lui-même, de remarquer une infériorité relative dans les autres. Il laisse cela à l'orgueil. Il semble que bien souvent il lui suffit du contentement de soi-même ; en tout cas, son principal soin est de ne pas déchoir de sa dignité, de garder intacte sa force morale, de respecter et de faire respecter en lui l'homme qu'il est et qu'il veut être (2).
Un tel redressement, plus ou moins accusé, de la personnalité, suppose quelquefois une des qualités essentielles de l'intelligence, et avant tout une certaine capacité de mémoire, d'attention et ûe jugement. Vour se maintenir ainsi droit et élevé dans sa propre conscience, il faut être capable d'observer, de se rappeler beaucoup de choses. relativement à soi, aux autres, à la société et au monde extérieur.
[. Sollier, loc. cit., p. 149.
'2. Kx. : Mme Roland, Lucien, un peu Raymond, un peu Léonie, d'une manière inlermittente, Edouard.
L'AMOUR-PROPRE i>09
L'homme fier ne peut manquer de prêter attention à nombre de faits qui échapperaient aux yeux distraits de l'iiomme vain, ou que l'esprit prévenu de l'orgueilleux dédaignerait de voir. Il est difticile aussi que la curiosité de l'homme lier, surtout s'il est intelligent, s'adresse aux banalités et aux détails futiles qui amusent les âmes vulgaires et souvent leur procurent de malignes joies. A défaut de bienveillance, le respect de soi-même lui fera négliger les vices et les travers sans conséquence; si on veut insister sur ces misérables sujets, il dira : « J'aurais mieux aimé l'ignorer. » Sa curiosité, dès l'enfance, aimera mieux s'occuper de ce qui fait l'aliment habituel des âmes sérieuses, je veux dire, le devoir, la justice, l'humanité ; et pour peu qu'il ait l'esprit ouvert, il se tournera de luimême, avant toute initiation, vers les pures jouissances de l'art, de la littérature ou de la science (1).
S'il y a une fierté mauvaise, une sotte fierté, ce n'est plus de la fierté : c'est plutôt une vanité présomptueuse ou un pauvre orgueil. Elle indique bien un défaut de jugement, peu de justesse dans l'esprit ; mais je la crois aussi produite par une exagération dusentiment personnel. On nait ainsi, on a cela dans le sang, avant de rien connaître. L'homme qui est lier de cette façon ne peut ni s'estimer à sa juste valeur, ni apprécier comme il convient le mérite et les (lualités des autres. N'ayant pas le juste scnment de la réalité, de la vérité, il n'est pas fait pour montrer beaucoup de franchise, de modération, d'équilé, autant de noms qu'on peut donner à la modestie. Prudent, réservé, sur la conduite à suivre, h^s discours à tenir, les exemples à imiter, l'éloge et le blâme à distribuer, Vadmiration ou la