‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 49 sur 59 · Ex : un peu Léonie, beaucoup Aivoi-e Dupin · texte numérisé non relu

Ex : un peu Léonie, beaucoup Aivoi-e Dupin

CIIAPITUE XIV

Les rapports de la volonté avec les principaux traits intellectuels du caractère (1).

I. — La volonté, qui agit indirectement sur la mémoire, en lui imposant un exercice et des habitudes méthodiques, doit elle-même beaucoup plus à la mémoire. Elle lui doit tout d'abord d'exister. C'est dans nos impressions et nos jugements conservés et rappelés à propos, que se trouve la matière de nos résolutions : les idées de fins et de moyens, d'alternatives et de conséquences possibles de nos actes. Il serait peut-être curieux, mais un peu subtil et un peu long, de chercher quelles sortes d'influence ont les mémoires spéciales sur la faculté que nous étudions. Il nous suffira de montrer que les qualités générales de la volonté sont en étroite correspondance avec les qualités générales de la mémoire.

Il est, en premier lieu, de toute évidence que la facilité de la mémoire, toute seule, ne peut fournir une assise bien large et bien stable à la volonté. On doit la rencontrer avec des décisions rapides, mal préparées, mal soutenues. Elle accompagne la volonté prime-sautière et versatile. La promptitude du rappel, mais sans/>réc/.s/onet sans opportunité, doit

1. Los rapports de la volonté avec les différentes sortes de sentiments ont été étudiés dans les chap. III-XIIL

aboutir au même résultat : peut-on bien choisir sa voie, et s'y bien maintenir, quand on ne voit pas nettement les diverses directions où l'on pourrait s'engager ? La précision et la ténacité, môme en l'absence de facilité, d'étendue et de promptitude au rappel, sont les conditions essentielles des résolutions éclairées et fermes. Cependant, si l'étendue et la promptitude ne s'ajoutent pas, dans une certaine mesure, à ces deux qualités de la mémoire, on pourra souvent s'entêter dans certaines résolutions qu'il aurait été plus avantageux d'abandonner, et se laisser mener par le machinisme des habitudes : on sera ferme ou constant avec quelque étroitesse. Avec la ténacité sans précision, le risque est plus grand : alors dominent l'entêtement irraisonné, les résolutions de rencontre ; ni vraie décision, ni vraie fermeté, ni vraie constance. Que cette manière d'être intellectuelle s'aggrave encore d'un peu de mollesse musculaire, d'une sensibilité paresseuse ou surexcitée par des causes morbides, nous aurons pour résultat une volonté llasque, hésitante, susceptible d'entêtements passagers et de caprices fréquents.

II. — Que la volonté dérive de l'attention, ou l'attention de la volonté, il est bien certain du moins que l'une n'est pas l'autre : ce sont là deux états d'àme bien distincts, et qu'on a raison de séparer dans l'analyse. L'attention et la volonté bien qualiliées supposent, d'ailleurs, les mêmes causes ou les mêmes conditions : intensité de la force d'impulsion et de celle d'arrêt ou d'inhibition (1). CiOnsidérées comme facultés distinctes, elles réagissent l'une sur l'autre, d'une manière utile à toutes les deux. La volonté

i. Il faut toujours en revenir à, ces conclusions à peu près (léûnilives des savantes études de M. Uibot.

contribue à restreindre le domaine de l'attention spontanée et à élargir celui de l'attention artificielle ou volontaire ; elle facilite l'application de l'esprit à ses divers objets ou à un certain nombre d'objets spéciaux ; elle alimente, elle rafraîchit, elle soutient, de concert avec le sentiment, l'effort à la fois intellectuel et musculaire qui porte le nom d'attention. C'est, en dclinitive, sur la faculté naturelle de l'attention spontanée que la volonté produit cette action salutaire : elle n'influe si utilement que sur une force déjà donnée, et primitive comme elle.

L'attention, par ses qualités et par ses défauts, agit d'une manière encore plus manifeste sur la volonté. « Tout ce qui est perdu pour l'attention, a dit M. Ribot, l'est aussi pour la volonté ». Le contraire est également vrai.

A l'attention à la fois souple et forte se rattachent les décisions réfléchies, raisonnées, énergiques et persistantes (1). Elle aide la mémoire à faire surgir devant l'esprit des motifs d'action assez clairement perçus, et en nombre suffisant, pour que le choix puisse normalement se produire. Elle suscite à propos des motifs nouveaux, et par suite des déterminations nouvelles; faute de quoi, un homme intelligent, mais d'un esprit plus ferme qu'étendu, peut ressembler aux plus obtus par son entêtement. Cette double qualité de l'attention aide les vifs et les ardents à réprimer par moments l'impulsivité diff"use des mouvements, des sentiments et des idées, pour rendre la délibération plus complète et plus sûre, les résolutions plus précises, mieux adaptées à leurs fins, et partant moins sujettes à changer. C'est par là que les équilibrés se montrent supérieurs à

1. Ex. : Raymond, Léonie; Mme Roland; Lucien aussi, avec le même équilitre, et un peu moins d'énergie.

beaucoup d'hommes d'une intelligence peut-être supérieure à la leur : ces fins variées, ces moyens bien choisis, cet esprit de suite, cette force de résistance qui se mesure et se proportionne aux circonstances, ce sont là, chez eux, les effets tout naturels d'une attention souple et persistante.

Il ne faut pas confondre le défaut de souplesse avec cette direction unilatérale que l'attention reçoit de la passion concentrée exclusivement sur un objet. Les passionnés, intelligents ou non, mais capables (ils le sont presque toujours) d'une forte attention, se rapprochent plus ou moins de ce monoidéisme extatique si bien décrit par M. Ribot : « C'est un état d'idéation intense et circonscrit ; la vie entière est ramassée dans le cerveau pensant, où une représentation unique absorbe tout » (1). La concentration relative de l'attention passionnée tourne à l'opiniâtreté dans la passion. La volonté reste énergique, tout en perdant de sa valeur logique et morale : elle n'a plus d'autre raison d'être que l'amour ou la haine, ou tout autre sentiment d'essence en général personnelle. Mais cette énergie est souvent factice: la passion l'a faite, la passion la défait (2). Ces grands volontaires cessent souvent de vouloir, non parce que la raison le commande, mais parce que leur cœur ou leurs sens sont satisfaits ou fatigués. Le plus souvent ils laissent leur vie llotter entre le rêve et l'action, entre le caprice et la vie réglée, entre le vouloir et le nonvouloir. Leur force de résistance est, comme leur volonté active, très inégale à elle-même, souvent très disproportionnée aux objets : tel qui a tenu tête aux plus forts orages,

i. Psychologie de l'attention, p. 141.

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