‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 50 sur 59 · Ex. : Ua peu chez Léunie, beaucoup chez G. Sand · texte numérisé non relu

Ex. : Ua peu chez Léunie, beaucoup chez G. Sand

se laisse abattre au moindre coup de vent. Voilà le danger d'une volonté forte, mais conditionnée par le jugement moins que par la sensibilité.

II est, d'ailleurs, un défaut accidentel ou habituel de souplesse qui se confond avec la souplesse excessive, ou l'excès de mobilité, d'étourderie. Ce sont là deux genres de distraction en sens contraire, dont M. Uibot a donné une description très précise. « Le langage courant oppose à l'attention l'état de « distraction » ; mais ce mot, dans notre langue et dans plusieurs autres, a un sens équivoque; il désigne des états de l'esprit en apparence assez semblables, au fond tout à fait contraires. On appelle distraits les gens dont l'intelligence est incapable de se fixer d'une manière quelque peu stable, qui passent incessamment d'une idée à une autre, au gré des changements les plus fugitifs de leur humeur ou des événements les plus insignifiants dans leur milieu. C'est un état perpétuel de mobilité et d'éparpillcment qui est l'antipode de l'attention; il se rencontre fréquemment chez les enfants et les femmes. Mais on applique aussi le mot « distraction» à des cas tout différents. Les gens absorbés par une idée et « distraits » de ce qui les entoure offrent peu de prise aux événements extérieurs, qui glissent sur eux sans les pénétrer. Il paraissent incapables d'attention parce qu'ils sont très attentifs. Plusieurs savants sont célèbres par leurs « distractions », et il y en a des exemples si connus de tout le monde qu'il est inutile de les rapporter. Tandis que les distraits-dissipés se caractérisent par le passage incessant d'une idée à une autre, les distraits-absorbés se caractérisent par l'impossibilité et la grande difficulté du transfert. Ils sont rivés à leur idée, prisonniers sans désir d'évasion. En fait, leur état

est une forme mitigée de ce cas morbide que nous étudierons plus loin sons le nom d'idée fixe » (1).

Au point de vue de la volonté, les uns peuvent pécher par défaut, les autres par excès. Que la loi ordinaire de l'attention soit l'éparpillement ou la concentration, elle arrivera nécessairement à conditionner la volonté de la même façon on bien des cas. Ni les étourdis ni les absorbés ne sauront vouloir toujours à propos, uniformément et avec constance. Pour une foule de choses, leur volonté sera également indécise, courte et instable ; et les uns n'ayant pas, les autres n'ayant plus assez de forces disponibles à un moment donné, leurs déterminations seront très souvent improvisées, et leur activité rapide et brouillonne.

La mollesse d'attention doit souvent aboutir au même résultat, d'une autre manière. Le lambin est paresseux à agir, et encore plus lent à prendre une décision ; il est aussi asservi à ses habitudes, et quand la nécessité vient de les interrompre, tout à fait soumis aux impulsions de rencontre (2). Mais c'est rarement pour leur obéir avec persistance : par goût et besoin d'immobilité, il piétine sur place, comme l'étourdi s'écarte du chemin, par impuissance à enchaîner sa mobilité. Du reste, et en négligligeant des deux côtés les cas de prédispositions maladives, la lambinerie, qui n'est pas toujours de la mollesse, mais qui est souvent de la lenteur, se rapproche moins que l'étourderle de l'incapacité absolue d'attention et de volonté. Moins que l'étourdorie, elle est encore sujette à changer ses résolutions sons l'influence de nouveaux motifs. C'est seulement à la limite extrême de la force et des

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