‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 5 sur 59 · Psychologie du peintre, 4° partie, chap · texte numérisé non relu

Psychologie du peintre, 4° partie, chap

\1. — >'ous (levons dire aussi quelques mots sur les sensations passives du toucher et de la douleur, et sur les sensations actives du tact, qui se confondent avec les sensations musculaires de la main.

Spencer compte, i)armi les caractères émotionnels de l'homme primitif, une inditïerence relative aux sensations désagréables ou douloureuses. Ces sensations étaient pour lui moins aiguës, et il pouvait mieux résistera leurs. effets. Chez l'homme civilisé lui-même, les nerfs stimulés à l'excès occasionnent des souffrances dont il pàtit au moral, s'il n'en meurt plus aussi souvent.

Les meilleures constitutions sont celles qui possèdent nne sensibilité délicate, mais capable de résister aux coups et aux blessures. Malheureusement, la délicatesse touche de bien près au raffinement et à la sursensibilité, qui est pathologique. 11 semble que le plus ou moins de sensibilité à la douleur se rattache au plus ou moins de développement do la vie affective. L'analgésie est un des caractères de la désagrégation psychique des hystériques (1). Elle se rencontre souvent chez les aliénés comme effet d'une passion exclusive, qui distrait fortement l'attention, Lombroso nous dit aussi que les différentes sortes de sensibilité, sauf la sensibilité optique, la sensibilité à l'aimant et la sensibilité aux variations météoriques, semblent plus obtuses chez les criminels de naissance que chez le commun des hommes.

VIL — La sensibilité thermique, rattachée par quelquesuns au toucher passif, est une qualité des normaux, mais elle i)eut s'exagérer sous la forme d'une délicatesse presque

(I) l'icn-e .lancl, L'Automatisme psychologique,''!^ partie, ch. III et IV.

maladive. Elle reste, en somme, un stimulant pour l'homme civilisé, un avertissement contre les causes ordinaires ou accidentelles de perturbation physiologique. L'insensibilité au froid est un^ armure de luxe, qui nous laisse à découvert contre les atteintes du froid aux poumons et aux autres organes internes, dette qualité, toute relative, est aussi un défaut au point de vue affectif et moral. Les gens qui n'ont jamais froid ont de la peine à comprendre que les autres souffrent de ce cùté-là. Ils ont, en général, l'àme un peu dure, comme l'écorce ; la fermeté morale ne va pas chez eux sans quelque dose d'égoïsme, ou sans une tendance personnelle bien accusée. Assurément l'excès, dans la qualité opposée, a ses inconvénients : il amène souvent la paresse, une sensualité douillette, un égoïsme de préservation ; mais on peut compter, parmi ses bons effets, celui de développer la sociabilité, la tendresse, la pitié, les habitudes calmes et méditatives.

VllI. — Nous voici aux caractères physiologiques de la vision ; avant de les examiner au point de vue de notre étude, il nous faut donner quelque attention aux indices physiques se rapportant à l'organe de la vue.

La couleur des ijeux, comme celle de la peau et des cheveux, n'est pas même un caractère ethnique bien déterminés. Il y a des nègres aux cheveux blonds. L'anglo-saxon américain, a dit Quatrefages, présente dès la seconde génération des traits (jui le rapprochent du type indien; entre autres changements, les yeux s'enfoncent dans des cavités plus profondes, et assez rapprochés l'un do l'autre ; l'iris devient obscur, ]v regard p(''n(''trunt et sauvage. La couleur de lirisesl un caractère plus ou moins négligeable. Il n'en est pas de même du plus ou moins d'enfoncement

des yeux et <lii plus ou moins (réclat de hi prunelle. Lonibroso attribue au criminel le regard dur et vitreux. Les yeux humides et l)rillants (bien entendu chez l'adulte) indiquent, suivant Piderit, des natures sensibles, passionnées, sentimentales; les yeux secs, des habitudes positives; ■ « les yeux ternes annoncent du chagrin, des soucis, ou des excès et des maladies, et plus fréquemment des maladies des organes digestifs. » Le travail intense de la pensée influe aussi sur l'éclat des yeux, qui révèle souvent les hommes vifs et intelligents. Mais l'éclat des yeux, leur expression, leur douceur, leur indifférence, ne sont souvent qu'un effet du rayonnement plus ou moins apparent sur le sombre ou le clair de l'iris. On prête aux yeux noirs une passion, aux yeux bleus une tendresse, qui ne sont pas toujours dans le cœur.

Quant au plus ou moins d'ouverture et de saillie de l'œil, on leur a fait exprimer tant de choses différentes, que je tiens pour inutile de m'étendre là- dessus. Les lecteurs plus curieux de renseignements fantaisistes que d'indications scientifiques pourront s'édifier à ce sujet dans les traités de physiognomonie.

La qualité de la vision n'a pas non plus une grande importance. Ce qui en a surtout, même au point de vue intellectuel, c'est l'interprétation qu'on fait des sensations visuelles, et c'est aussi le souvenir qu'on en conserve.

Or, une vue perçante n'est pas toujours accompagnée d'une bonne mémoire visuelle.Cette mémoire peut fort bien se rencontrer avec une vue faible. Aussi M. Arréat qui, dans le livre précité, a étudié la question au point de vue spécial des artistes, assure-t-il que la myopie n'a guère d'influence sur leurs aptitudes. Lombroso va plus loin ; d'après lui, l'acuité de la vision, serait un symptôme à rapporter au

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type criminel, c'est-à-dire encore au type de l'homme primitif. Un fait plus grave à constater chez des enfants normaux en apparence, ce serait la portée du regard meilleure à gauche : ce serait encore l'achromatopsie, très souvent accompagnée de troubles cérébraux, s'il est vrai que l'une et l'autre anomalie caractérisent plus particulièrement les délinquants.

IX. — Au contraire de ce que nous avons dit pour la vision, les caractères physiologiques de I'om)^ méritent d'être tenus en ligne de compte. C'est le sens affectif par excellence, le sens des relations sociales. Sa perte entraîne en général celle de la gaîté, et souvent, par contre-coup, celle de la bienveillance. Tout au moins tes personnes affligées de surdité, fermées à une foule d'impressions, concentrées en elles-mêmes, condamnées à mal interpréter les idées et les sentiments des autres, forcément impatientées par cette situation anomale et pénible, paraissent-elles moins bonnes qu'elles ne sont. La suracuité du sens auditif est souvent aussi un symptôme fâcheux : il est rare qu'elle ne soit pas liée à quelque prédisposition maladive des nerfs.

X. — Avec le goût et V odorat, nous passons des caractères physiologiques purs aux caractères physiologiques organiques. (>e sont là deux sens inférieurs, mais qui ont une action marquée sur le développement de la vie morale. Quoique leur finesse indique un système nerveux délicat, ils ont moins d'influence sur l'intelligence et la sensibilité générale que celles-ci n'en ont sur eux. « Chez l'idiot simple à divers degrés, ce qu'on observe presque universellement, c'est la gloutonnerie, la voracité « ; « chez

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ceux d'un degré iiitoriour, aucinie délicatesse » ; « chez les imbéciles, la gloutonnerie et la voracité font place à la gourmandisQ » (1). H y a aussi à considérer les anomalies et les perversions du goût, et, en outre, l'incapacité de différencier les odeurs, ou même une excessive mais partielle acuité de l'odorat et du goût, qui montrent que le centre récepteur est atteint, et Tappareil sensoriel doué luimême d'anestliésie, ou que l'attention ne se prête pas également aux diverses impressions (2). De toute façon, ces dépravations des deux sens corrélatifs sont presque toujours symptômes graves chez les sujets normaux ou paraissant tels. Une nutrition incomplète, que ces anomalies annoncent, produit des troubles digestifs, circulatoires, sécrétoires. qui ont leur retentissement sur la vie affective. Un bon système digestif, que l'exercice normal de l'odorat et du goût accompagnent presque toujours, est une cause de vigueur pour tous les organes, y compris le cerveau.

Il est certain que les sensations organiques de la faim et de la soif fournissent à l'éthologie des données très utiles. Le goût très fort des aliments peut se trouver avec un faible estomac, et. avec une bonne digestion, l'indifférence pour les plaisirs de la table. Mais en général le goût très accusé des aliments ou de la boisson^ et de certains aliments ou boissons en particulier, ne manquera pas de donner une direction déterminée à nos préférences, influera plus ou moins fortement sur nos préoccupations et nos tendances habituelles. A l'instinct impérieux de nutrition, caractérisé i)ar la gourmandise ou par la friandise,correspondent, avec des nuances particulières, la tendance à l'action, le

(J) I)'- p. Sollier, Psycholofjic de l'idiot et de Vimbédle. p. .'I. m M., Ibi(l.,p. ol

sentiment de possession, J'envie, l'ambition, l'égoïsme, la sociabilité. Tous les gourmets ne sont pas des modèles d'aménité, maisune forte gourmandise accuse souvent quoique tare d'égoïsme.

XI. — Le plus ou moins de régularité et de vigueur des fonctions du foie, du cœur, du poumon, des intestins, ce sont là des états physiologiques utiles à connaître pour l'étude d'une personnalité. Mais nous touchons ici à la question des tempéraments, dont les indicationsne doivent être interprétées qu'avec la plus sage réserve. Mes lecteurs sont tous renseignés sur la classification viscérale, on disait autrefois humorale, des tempéraments et des caractères. J'ai déjà dit là-dessus tout ce que j'avais à dire.

Je dois cependant, pour terminer, appeler l'attention sur un point qui n'est pas à négliger : l'innervation vaso-motrice. Lombroso considère la difficulté de rougir comme un indice de grossièreté morale, et il en fait un attribut du sauvage et du criminel. Est-ce à dire que l'extrême opposé indique une grande aptitude à la perfection morale ? Dans la première enfance, la facilité à rougir et à pâlir est souvent un état passager, signe de faiblesse plutôt que de délicatesse. La persistance de cet état, après l'adolescence, peut indiquer quelque imperfection naturelle ou acquise du grand sympathique. On le trouve uni à une grande impressionnabilité, à la timidité, à une faiblesse congénitale de la volonté.

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