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CHAPITRE II

Classification générale des caractères d'après six types principaux de manifestations motrices.

Sans sortir de l'observation psychologique, et en tenant compte, comme il convient de le faire, des caractères énumérés dans le chapitre précédent, il m'a semblé qu'on pouvait établir une classification, non pas complète et définitive, mais assez simple et assez précise, pour rendre quelques services en théorie et en pratique. J'ai essayé, pour mon humble part, de fixer une caractéristique des espèces, qui, sans exclure les autres, montre un côté, jusqu'ici trop négligé, de la distinction des principaux types.

Il a été consacré, dans ces dernières années, de très intéressantes études à la psychologie des mouvements. Elle est fondée sur ce fait, si bien démontré déjà pour les protozoaires, que « tous les processus psychiques sont des phénomènes réductibles à des phénomènes de mécanique moléculaire (1). n C'est une idée banale aujourd'hui, que los mouvements sont l'expression de la pervsonnalité intime. (i'(^st même sur leur valeur expressive que se basent la graphologie, science toute jeune, et la mimique et la physiognomonie, sciences bien incomplètes encore, après les

(1) J. Suury, Revue phil., janvier 1891.

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savants travaux do Bell, Gratiolet, Oarwin, Piderit, Mantogazza, et autres. Mais les mouvements, interprétés de telle ou telle manière.ne font pas que nous renseigner avec plus ou moins de clarté sur les phénomènes simples ou compliqués de la personne morale ; ils sont encore éléments et facteurs de ces phénomènes, comme la belle monographie de M. Ribot sur ïAttention,et les récentes analyses de M. Binet (1) l'ont très bien montré. Une étude minutieuse, avec un classement rigoureux des diverses formes ou combinaisons de mouvements, représenterait un schéma exact de toutes les modifications possibles de la personnalité humaine. Je n'ai pas la prétention d'en tracer même une simple esquisse. Il me suffira de trouver, dans l'ordre des manifestations motrices, quelques modes généraux représentant un certain nombre de modes caractériels. Ainsi, négligeant toutes les autres qualités ou formes générales des mouvements, je me suis arrêté à ces trois : la vitesse, la lenteur, ïcnergie intense, ou l'ardeur, qui. en y ajoutant leurs combinaisons deux à deux, m'ont paru offrir les éléments d'une classification très simple et très facile à vérifier (2).

La rapidité des mouvements nous semble entraîner un premier type de caractères, celui des vifs ; la qualité contraire, celle des lents ; l'énergie très accusée, celle des ardents ; la même énergie,combinée avec la vivacité, mais

(1) Hev. phil. ocl. 18'J0.

{i) Je 110 crois pas qu'il y ail rien de commun avec cette conception et celle qui, ainsi que me l'apprend M. Fonsegrive dans ses Eléments de [ihylosophie (Psurkolofjie), a été indiquée par Wiindl dans sa PsychoUujic plij/siuloyifjne. trad. fr. t. II, p. 39i. D'après Wund, le caractère dépend du tempérament, et il en dislingue quatre : prompts (coléri(|ue, sanguin), lents (mélancolique, |jlilegmatique), les uns el les autres partagés en fotis el en faibles.

celle-ci prédominant, nous offre le type intermédiaire des vifs-(irilents ; combinée avec la lenteur, celle des lents-ardents. Nous distinguons, en outre, la classe des pondérés ou déséquilibrés, tempérament de juste milieu ou d'heureuse harmonie, où ni la vivacité, ni la lenteur, ni l'ardeur n'ont une suprématie évidente.

On peut contester la valeur de ces six classes de caractères moteurs pris comme centres de ralliement de tous les éléments de la personnalité morale ; mais on ne peut nier, tout d'abord, que ce ne soient là des distinctions tout à fait simples, et qui ne demandent aucun effort d'observation : tout le monde peut s'assurer si elles correspondent à quelque chose de réel, et d'assez important pour être pris en considération. Je crois bien qu'il en est ainsi : de chacune de ces qualités nervomotrices constituant les six types que je viens d'énumérer, peuvent se déduire un grand nombre de traits caractériels. Que si tout n'est pas dans la vivacité, la lenteur, l'ardeur, et leurs combinaisons premières, un grand nombre de ces traits, dont elles n'expliquent pas absolument l'origine, sont par elles très particulièrementmoditiés. Sans doute, ni la joie, ni la colère, ni la bienveillance, ou son contraire, ni la peur, ni le courage, ni l'orgueil, ni la vanité, ne dépendent immédiatement de nos trois modes typiques de mouvements; ces qualités de l'àme, ces traits de caractère se combinent, ou, si l'on veut, se manifestent autrement avec la vivacité, autrement avec la lenteur, autrement avec l'ardeur, autrement avec leurs trois principales résultantes.

Je prévois une objection qui, si elle était fondée, ruinerait cet essai de classification. On parlera de lents à conception prcunpte, à imagination vive, à décision rapide ; de vifs à la parole lente, à l'imagination paresseuse, à l'esprit

réfléchi, aux résolutions mûries, etc. Ces oppositions doivent être assez rares, jamais complètes, et le plus souvent acquises. La nature, quoi qu'on dise de son goût pour les variétés, n"ainie pas à ce point le divers et le contradictoire. Et d'ailleurs, ces oppositions, apparentes ou partielles, indiquent seulement qu'il est des degrés dans les qualités motrices et caractérielles dont il est ici question : un vif peut l'être plus ou moins, ne l'être pas en tout également ; un lent peut remplir quelques-unes des conditions attribuées à la vivacité. Nos sous-types de la vivacité, de la lenteur, de l'ardeur, tiennent compte en quelque manière de ces différences. Dans chacune môme de nos six catégories, comme on le verra surtout par les deux exemples plus ou moins accusés que nous offrons de chaque type, on peut noter des individus oscillant entre telle classe et telle autre : un vifardent, qui se rapproche à certains égards du lent-ardent, tout en restant strictement dans sa propre catégorie : une lente-ardente, qui a montré, dans son enfance, et a conservé, bien atténués, quelques-uns des traits du caractère vif. Ce sont là des nuances, et rien que des nuances. Quant un individu est ardent, ou vif, ou lent, il l'est avec une certaine prédominance et une certaine persistance de cette qualité maîtresse.

Je crois devoir me borner à donner un rapide aperçu, pour chacune de nos six classes de tempéraments ou de caractères, des principales modifications apportées à la personnalité morale, celle-ci considérée dans les traits les plus essentiels de la sensi])ilité, de l'intelligence et de la volonté. Chacune de ces études sera suivie de deux portraits, qui en seront, chacun à sa manière et à son degré, une confirmation toute naturelle. On s'apercevra aisément que, si bon nombrci des faits consigni'S dans chacune

de ces études reproduisent des observations contenues dans chaque portrait, ces études ont une portée plus générale ; elles sont le résumé de tout ce que j'ai pu me rappeler d'observations faites par moi, sur l'enfant et sur l'adulte, à diverses époques de ma vie et dans divers milieux. Le lecteur trouvera donc ici tout à la fois unité et diversité, analyse et synthèse.

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