Ribol, Les maladies de la volonté, p
V. — Je ne sais pas s'il peut y avoir grand profit à étudier les rapports de la volonté avec d'autre qualités, précieuses, il est vrai, mais jusqu'à un certain point secondaires, de l'intelligence, telles que la tendance imitative, la rràluUtê, la franchise, la naïveté, la prudence, V or dre,V exactitude, \2i modération, la délicatesse, la finesse, le sentiment ou l'aptitude esthétique, et enfin l'esprit, et leurs contraires. Nous devons cependant dire quelques mots sur ces rapports.
L'instinct d'imitation, d'autant plus dominant que la sensibilité est plus vive et l'intelligence plus oblitérée, est en raison inverse du pouvoir volontaire. Au minimum d'énergie de celui-ci correspond, en général, l'extrême suggestibilité. La suggestibilité faible est souvent le fait des natures peu impressionnables, indifférentes à l'action, incapables de volonté ferme, mais non pas d'entêtement. Elle est tantôt faible, tantôt forte, chez les individus à sensibilité et à volonté énergiques, pour lesquels certaines impressions ou certaines idées sont des causes d'excitations intenses et d'impulsions irrésistibles, mais dont la puissante personnalité se maintient et se raidit contre des impressions différentes ou survenues en d'autres circonstances. Chez les équilibrés, l'activité d'habitude et l'automatisme suggestionnel sont subordonnés à l'activité volontaire; chez les lents-ardents, la première et la dernière sont subordonnées au second. Chez les lents énergiques, l'activité d'habitude tient le premier rang, et l'activité volontaire le second; chez les lents faibles, c'est surtout l'activité dhabitude qui prédomine : la suggestion et la volonté se disputent à qui l'emportera, et il arrive que l'une alterne avec l'autre.
Pour ce qui est de la crédulité, tendance voisine de l'imitation, ses rapports avec la volonté ne sont quiiulirects.
La facilité à tout croire, surtout à un certain âge, indique moins une sensibilité et une imagination vives qu'un défaut d'intelligence et de critique. Elle peut indiquer aussi, comme le goût du merveilleux et le besoin d'écouter, de lire, et même d'inventer des histoires imaginaires, la prédominance du sentiment sur l'intelligence et sur l'activité, celles-ci, surtout la première, ne laissant pas que d'être assez puissantes. En somme, crédulité forte, et faible intelligence, équivalent à une activité routinière, par moments facile aux suggestions, et à une volonté faible bien qu'entêtée à ses heures. L'intelligence et la crédulité ne se rencontrent guère ensemble, quand la volonté est quelque peu ferme. L'homme vraiment intelligent, actif et énergique, est nécessairement peu crédule ; mais l'irrésolu, l'inconstant, pour si intelligent qu'il soit, est accessible à la crédulité, sous toutes ses formes : facile croyance, naïveté, superstition, confiance et défiance non justifiées.
La sincérité tient à la fois à la délicatesse de l'àme, à la dignitié du caractère et à la bonté du jugement ; mais le courage y est pour quelque chose, ou du moins cette énergie qui correspond à une certaine puissance de volonté. Le penchant à toujours dire la vérité, bien qu'inné et fortifié par l'éducation, ne va pas bien loin, s'il n'est soutenu et réglé par la volonté. La franchise, en effet, ne consiste pas seulement à dire sans détour tout ce qu'on pense, tout ce qui est vrai, mais aussi à savoir taire les vérités dangereuses : il y faut de l'énergie en même temps que de la prudence. Aussi la ruse, qu'on peut, à côté du mensonge, opposer à la sincérité, peut coexister avec l'absence à peu près complète de jugement et d'énergie volontaire. « Certains imbéciles mettent quelquefois une habileté extraordinaire à déjouer la surveillance, pour sortir de
certains lieux ou s'y introduire, s'évader, etc. On est surpris, quand on se rend compte des difficultés qu'ils ont eues à surmonter, qu'avec une intelligence aussi faible, ils aient pu réussir, alors que pour des clioses beaucoup plus simples, ils se montrent incapables. Sous ce rapport ils se rapprochent beaucoup des hommes primitifs, qui cherchent à se procurer par la ruse ce que leur force ou leur intelligence ne saurait leur donner. La ruse est l'arme du faible et la raison celle des forts (1) ».
La prévoyance, dans l'ordre pratique aussi bien que dans l'ordre spéculatif, est, comme nous l'avons déjà dit, un des éléments essentiels de la délibération, partant un des facteurs nécessaires de la volonté. Seuls, les esprits irrésolus s'exagèrent leur puissance ou leur faiblesse avant l'exécution de leurs actes : présomptueux, ils ne voient pas les difficultés où ils vont s'engager, ou, trop circonspects, ils se sentent d'avance incapables de les surmonter. 11 n'en est pas ainsi de l'homme prudent : il connaît les obstacles, il veut les éviter, il doit employer les vrais moyens pour cela. En toute chose, il choisit le parti le plus convenable à prendre, et il sait la limite qu'il ne doit pas franchir : dans ces conditions-là, il est bien difficile qu'on ne possède pas quelques-unes des qualités dont l'ensemble constitue une volonté parfaite. Une volonté faible peut s'allier à la prévoyance, surtout à la circonspection, rarement à la prudence, au tact et à la réserve.
Il ne serait pas tout à fait exact de prétendre que ces qualités pratiques, le sérieux, Vesprit d'ordre, l'exactitude, la précision, la correction, la retenue, V économie, la. ynodérat ion, sont absolument des indices de qualités volontaires, et les dé-