‹ Le caractère de l'enfant a l'hommeChapitre 8 sur 59 · LES VIFS · texte numérisé non relu

LES VIFS

(le l'exercice, diminuent dans une certaine mesure leur tendance à se chagriner pour rien. Au surplus, chez tous les individus de cette classe, l'ordinaire est que la tristesse est vite oubliée, parce qu'ils ne peuvent rester longtemps sur les mêmes impressions et les mêmes sentiments.

Ce tempérament (on sait dans quel sens j'entends le mot), explosif pour la joie et pour la douleur, l'est aussi habituellement pour la colère et pour les sentiments et les tendances qui s'y rattachent. Soit naturelle, soit acquise, la douceur ne se montre chez les vifs que par exception. Mais chez ceux même qui ont, naturellement ou pour des causes accidentelles, un certain sérieux d'esprit, ou une tendance à la concentration chagrine, l'effet des colères est passager : l'explosion emporte tout avec elle. Les plus belliqueux de cette classe ne sont paSjCn général, bien à craindre. Ils sont rarement aussi très craintifs : les impressions même déprimantes glissent sur eux plus ou moins.

On voit beaucoup de vifs affectueux, caressants, et môme tendres : mais on leur reproche d'avoir des liaisons trop promptes et trop courtes. S'ils nesontpastrès inconstants, ils sont assez volages : j'en ai vu dontl'amitié facile tournait à la banalité. A demi concentrés parla maladie, la tristesse ou la timidité, ils mettent plus de retenue, plus de restriction dans leurs rapports afïectueux ; ils donnent plus à la famille ; au dehors, ils comptent leurs vrais amis.

De toute façon, les vifs, même les plus gais, sont prompts à éprouver de l'antipathie, sans réflexion, antipathie rarement faite pour durer, même (piand la personne en vaut la peine. Vous les entendez souvent parler très haut de leur mépris, de leur haine : mais la mobilité de leur esprit ne leur laisse guère de temps pour connaître à fond ces vilains sentiiTients. Malicieux, malveillants, plutôt que mé-

chants, quand la bienveillance ou une indifférence insouciante n'est pas ce qui domine chez eux. N'être pas méchant, c'est presque avoir de la bonté ; mais les vifs ont toujours quelque raison pour nètre pas tout à fait bons, j'entends de fait, nondintention. Leur générosité va vite au caprice, à la prodigalité ; leur avarice, ou leur peu de facilité à donner, ne les empêche pas de se laisser prendre aux démonstrations affectueuses ou aux apparences d'infortune. En un mot, ils sont dévoués, comme ils sont courageux, avec entrain, avec insouciance ; ils sont égoïstes ou négligents, comme ils sont pusillanimes, par surprise, oubli, manque de réflexion.

Des vifs, la personnalité est trop tiraillée en tout sens, faute d'énergie ou de persistance dans les sentiments, pour qu'elle se redresse et se raidisse, sinon quelques instants, jusqu'à la fierté. Leur besoin impérieux d'excitation les prédispose, au contraire, à rechercher tout ce qui flatte et développe la vanité sérieuse ou frivole: plutôt gai ou plutôt triste, rarement un vif est sans quelque vanité ou sans quelque affectation. L'orgueil des vifs se confond avec leur vanité ; il devient de la présomption, et presque de la fatuité, quand un peu de bon sens et une bonne éducation n'ont pas tempéré leur besoin d'étaler quelque chose d'euxmêmes, l'habit, la fortune, la position ou l'esprit.

m. — Même en supposant chez le vif la réunion de toutes les conditions requises pour le bon exercice de l'intelligence, cerveau bien constitué, organes robustes, circulation et nutrition parfaites, même alors il est peu probable que la puissance du travail cérébral en égale la rapidité.

Parlons d'abord de l'attention. Ce qui la rend souple et

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