‹ Le caractère empirique et la personneChapitre 12 sur 33 · L'INTERPRÉTATION DES I.MA(]ES. - L'HALLUCINATION · texte numérisé non relu

L'INTERPRÉTATION DES I.MA(]ES. - L'HALLUCINATION

En résumé : il n'est pas vrai de dire qu'il existe pour la conscience une fausse interprétation des images. Nous apercevons les choses telles que nous devons les voir quand nous les regardons, mais nous ne les regardons pas toujours, nous nous contentons le plus souvent d'accepter et de faire notre, parce que nous croyons y avoir un avantage, la vision des choses qu'ont prise les autres, qu'ils s'appliquent à nous montrer et que nous tenons pour la vraie. Cela ne nous empêche pas d'ailleurs de nous faire, d'après les autres, des convictions très arrêtées et d'en être très fiers. Il faut reconnaître enfin qu'il y a, au point de vue social, un grand avantage à ce que le plus grand nombre pense d'après quelques-uns. C'est ce qui permet à la foule de croire qu'elle est détentrice de la vérité alors qu'elle n'est qu'un miroir qui reflète obscurément, non pas les objets eux-mêmes, mais seulement les visions, que quelques-uns ont prises, de ces objets, et qu'elle reflète en les déformant.

Si la perception extérieure est une interprétation logique, normale des images, l'hallucination est une interprétation anormale, illogique. C'est parce que l'image hallucinante ne peut pas être subsumée par l'entendement qu'elle apporte le trouble dans la conscience. Elle existe puisqu'on la voit; mais, on com- })rend, en même temps que l'on constate son existence, qu'elle ne devrait pas exister puisqu'on ne sait ni comment ni pourquoi elle apparaît.

Taine a défini la perception extérieure une hallucination vraie. Cette formule n'est pas seulement paradoxale, elle est fausse parce qu'elle ne rend compte ni de la perception, ni de l'hallucination. 11 est vrai que l'hallucination est une perception extérieure fausse, c'est-àdire qui a seulement l'apparence de l'extériorité, mais

108 COiMMENT SE CONSTITUE LE CARACTÈRE EMPIRIQUE

il n'est pas vrai que la perception extérieure est une hallucination vraie. Si cette formule a un sens, elle revient à affirmer que l'application de l'intelligence au monde extérieur n'est qu'un phénomène illusoire. Illusoire, pourquoi? Si la réalité des choses n'est pas la représentation que nous pouvons en prendre immédiatement et directement, cette réalité est alors nécessairement en dehors de toute représentation. Et, si nous ne pouvons pas nous la représenter comment pouvonsnous dire qu'il existe une réalité ? Sans doute, il y a une difficulté dans le cas de l'hallucination ; il faut comprendre qu'une image peut nous être représentée, sans qu'il nous soit possible de coordonner cette représentation avec nos représentations antérieures, sans que nous puissions nous expliquer qu'une image nous est apparue ? 11 ne résulte pas de là que la perception "extérieure soit une hallucination vraie, mais seulement que l'hallucination est une perception cpii n'a pas pour nous de raison d'être, de raison connue du moins.

En effet, si la perception extérieure est la perception d'une représentation qui peut être associée à d'autres représentations dont l'ensemble forme un tout logique, un consensus, l'image hallucinante, au contraire, nous est toujours représentée à l'état dissocié. C'est une intruse qui ne s'accorde pas avec les idées subsumées dans la conscience. Le problème de l'hallucination est donc le suivant : Comment nous est-il possible de nous représenter des images dissociées ?

De l'immense multitude des images qui nous sont, à chaque instant, offertes par le monde extérieur, images de tout ordre, dont la variété est infinie, celles-là seulement deviennent pour nous des faits de conscience, des idées, qui, spontanément, par leur nature propre, se peuvent adapter à notre (conscience actuelle, c'est-àdire qui se peuvent harmoniser avec nos idées. Toutes

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