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L'INTERPRETATION DES IMAC.ES, — L'HALLUCINATION M

les autres, nous les v'oyoïis sans doute, elles s'impriment sur la rétine, mais nous ne les percevons pas. On pourrait dire que, si l'œil les voit, le représentatif passe à côté d'elles sans les regarder. En d'autres termes, ce sont des images qui ne sont pas subsumées, mises en relation avec nos idées. Or, l'état de santé mentale consiste pour nous dans l'harmonie, relative plus ou moins, ((ui soutient, liés entre eux, tous les états de la conscience, qui rattaclie, à la lois au passé et à l'avenir, le présent. G est parce que la conscience est une harmonie que le plus grand nombre des images du dehors ne sont pas représentées au dedans. Parce qu'elles ne s'adaptent pas à notre mentalité actuelle, elles tendraient, en pénétrant dans la conscience, à détruire cette harmonie qu'est toute conscience, c'est pour cette raison que le représentatif, c'est-à-dire le sujet ou le moi, spontanément, les écarte. 11 lui suffit de savoir qu'elles sont là, il veut ne pas les regarder parce qu'elles ne sont pas de celles qu'il se propose d'adopter.

Ainsi le rôle de la nolonté dans la conscience est de tous les instants ; chacun a cette intuition très nette qu'il ne pourra conserver la maîtrise de lui-même qu'à la condition de résister à l'invasion du dehors ; et chacun pourra résister tant que l'harmonie persislera entre les états constitutifs de sa conscience.

Mais, il peut arriver que cette harmonie soit rompue. Remarquons que cette harmonie est loin d'être parfaite. Elle change à chaque instant et se déplace, si l'on peut ainsi parler, modifiée par la perception elle-même, et par le souvenir, et par la prévision, par les volitions, par les actes. 11 peut arriver, il arrive parfois que l'esprit logique, celui qui commande et qui surveille, soit, pour une raison quelconque, affaibli, incapable de s'opposer à l'invasion des images. Il est, dans le langage vulgaire, une formule très exacte et fort expressive

{)oiir traduire cet état de l'esprit logique qui s'oublie ou qui s'endort. Nous disons de quelqu'un qui ne fait pas attention : il est sorti. Et c'est quand le maître est dehors que l'étranger peut aisément pénétrer dans la place.

Quelques-unes de ces images, que nous avions vues mais que nous n'avions pas regardées, qui existaient en nous, cependant, latentes, à l'état d'impressions dissociées, reparaissent alors. Et c'est seulement au moment où elles reparaissent qu'elles nous apparaissent, c'est-àdire qu'elles sont subsumées. Nous ne faisons attention à leur présence que la seconde fois que nous les voyons, ou, plus exactement, quand nous les voyons du dedans au dehors, et non pas, comme dans la perception extérieure, du dehors au dedans. Or, ces images, le plus .souvent, ne sont pas liées entre elles, et, puisque, à l'état de santé, nous nous étions refusés à les accepter, elles sont nécessairement en désharmonie complète avec notre mentalité actuelle. Elles sont entrées en nous malgré nous. Ainsi l'image hallucinante n'est pas à vrai dire une perception extérieure, mais un souvenir de quelque chose qu'on a vu, qu'on a vu et qui n'a pas été représenté, qui ne nous est représenté pour la première fois que la seconde fois que nous le voyons. Et les images hallucinantes sont toujours à l'état de dissociation, parce que la première fois qu'elles ont paru sur le seuil de la conscience, elles ont été rejetées par l'esprit logique, c'est-à-dire elles n'ont pas été mises en rapport avec les autres idées. Elles ne sont pas devenues des idées, elles sont demeurées des images, en d'autres termes elles n'ont pas été qualifiées par l'esprit logique et classées par lui.

Si la nolonté, reprenant possession de ses droits, n'intervient pas immédiatement pour chasser de la conscience les images intruses, si elle ne se dit pas,

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en présence d'une image hallucinante : cela n'est pas possible parce que je ne peux pas le comprendre, donc cela n'est pas, le contraste, entre le présent que l'on voit et dont on ne peut pas douter, et le passé que l'on connaît et dont on ne peut pas douter davantage, ne fera que s'accentuer. La conscience, de plus en plus inquiète et troublée, se trouvera constituée, en partie, par des images qui ne forment pas un tout logique, et dès lors, incapable de s'opposer plus longtemps à l'intrusion des images dissociées, elle ne tardera pas à être noyée sous ces flots d'images. De là l'hallucination constante. Et c'est la folie.

Le fou, si on le veut définir d'un point de vue purement psychologique, est celui qui ne sait pas écarter de sa conscience certaines images qui sont logiquement en désaccord avec elle. 11 est fou, non pas parce qu'il voit des objets que d'autres ne voient pas, les mêmes images dissociées pourraient apparaître et apparaissent en fait, en des consciences dont la santé mentale est parfaite, mais parce qu'il ne peut ni écarter de sa conscience ni rejeter ces images dissociées, parce (ju'il est enfin incapable de les lier logiquement à sa pensée antérieure, à ses souvenirs. Le fou est donc à la lettre celui qui ne sait pas nouloir ou vouloir ne pas. Les images en lui s'associent non pas librement, car le raisonnement subsiste, subtil môme parfois, chez la plupart des fous, mais il porte sur des images qui, par nature, ne se prêtent pas à la logication qu'on leur impose. Ces images sont telles que l'expérience commune ne conçoit pas qu'elles puissent exister, tandis que le fou, ne pouvant pas les mettre en doute, raisonne d'après elles comme si elles étaient vraies et se conduit d'après elles. 11 se peut que les raisonnements du fou ne soient pas vicieux en tant que raisonnements, mais ses raisonnements s'appliquent à des prémisses

anormales, illogiques, qui sont de telle nature qu'elles ne peuvent pas être mises en rapport entre elles et qui pourtant sont rapportées les unes aux autres parce que le sujet n'a pas su douter de leur existence. La sagesse consiste, beaucoup plus qu'on ne le croit, à douter de ce qu'on voit et de ce qu'on entend, ou tout au moins à n'accepter les images que les sens nous présentent qu'après en avoir fait la critique. Si elles sont logiquement impossibles, c'est-à-dire s'il est logiquement impossible de les expliquer, on doit conclure non pas peutêtre qu'elles ne sont pas puisqu'on les voit être, mais on doit les regarder comme non avenues, les rejeter; sinon la santé mentale sera compromise. Et c'est là justement ce que font la plupart des hommes. L'image hallucinante reconnue impossible est déclarée fausse et rejetée.

Est-ce à dire que tous les hallucinés soient des fous? Evidemment non. Il est des cas où l'image hallucinante j)eut être expliquée raisonnablement. Elle est en fait une image dissociée mais qu'il est possible de faire entrer dans une association logique d'idées. L'esprit logique, se représentant l'image, la qualifie, la classe, la juge et dès lors, quoiqu'il subisse rhallucination, il en est le maître. Il peut même se servir d'elle comme de ses autres idées.

Socrate entend une voix qui lui ordonne de ne pas accomplir tel acte, c'est une hallucination de l'ouïe. Mais il ne subit pas son hallucination. S'il ne la met pas en doute, il la commente, il la juge, il l'explique. Comme il ne peut pas se l'expliquer directement et naturellement, il fait une hypothèse. Il suppose qu'un démon bienfaisant l'avertit dans son propre intérêt de ne pas faire telle chose qu'il avait quelque tendance à accomplirrSocrate est sans doute un halluciné, c'est-àdire la voix qu'il entend est toute intérieure, mais S6-

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