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CHAPITRE VIII L'AMOUR

Le moyen, qui semble à l'homme le plus direct, de s'accroître est d'incorporer à son être un autre être qui possède, à ce qu'il lui semble, des perfections qui lui font défaut. C'est afin de se compléter et de se parfaire, bien qu'il ne s'en rende pas compte exactement, que l'homme aime la femme, que la femme aime l'homme. L'amour sexuel est la passion essentielle à laquelle toutes les autres sont subordonnées. L'amour, en effet, suscite souvent leur apparition ; même quand elles ne ressortissent pas directement à l'amour, elles soutiennent avec lui des rapports plus ou moins éloignés, qui, seuls, nous permettent de les comprendre.

L'amour sexuel, parfois désintéressé, est toujours égoïste. Il prend sa source dans l'amour que nous nous portons à nous-mêmes. C'est parce que nous nous aimons que nous aimons telle femme. En elle nous espérons trouver ce complément d'être qui fera de nous l'être intégral vers lequel nous tendons, obscurément, de toute notre énergie.

Que l'amour soit, dans bien des cas, la cause ou l'occasion de l'apparition de passions secondaires, c'est ce que les psychologues et les moralistes se sont appliqués souvent à montrer. L'amour provoque tantôt l'admiration, la vanité, l'orgueil, tantôt il développe l'esprit de

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ruse, le mensonge, l'hypocrisie, la calomnie. Il suscite entre les individus, les colères, les haines, la guerre. Il prend, pour réaliser sa fin, les figures les plus diverses, et quand, malgré tous nos efforts, le but que nous nous proposons reste en dehors de notre atteinte, notre passion d'amour prend alors, pour se satisfaire, des moyens détournés. II est des hommes qui se livrent à la débauche ou au démon de l'alcool, pour se consoler, comme ils disent, de n'être pas aimés de la femme qu'ils aiment ; il en est qui, conduits par leur passion, malheureuse oubalbuée, au mépris de l'amour, trompent leur soif d'aimer en se dévouant à ce qu'ils croient être le bien de tous les hommes. La charité, l'abnégation, le dévouement, le sacrifice, le don absolu de soi à ceux qui souffrent, toutes ces passions qui semblent nier l'amour sexuel ne soiit qu'une déviation de cet amour. Il .en est de même des amours mystiques : les extases, les embrassements de l'époux céleste, la fusion de l'être dans l'être divin ne sont, quelle qu'en soit la pureté, que des manifestations, détournées de leur but naturel, de l'amour sexuel.

Il n'est pas de passions auxquelles l'amour sexuel, directement ou indirectement, ne se rattache. Certes, il arrive que, pour satisfaire une ambition par exemple, on simule l'amour, ou pour conquérir d'autres biens que l'on estime plus positifs, plus réels. Mais, quand l'homme méprise l'amour au point de vouloir se servir de lui comme d'un moyen, c'est, ou bien que d'autres, avant qu'il ait appris par lui-même ce que c'est que l'amour, lui ont enseigné à le mépriser, ou bien et plus souvent, parce qu'il se propose de faire souffrir à d'autres les souffrances que l'amour lui a fait endurer. S'il renie son idéal c'est parce qu'il n'a pu le réaliser. Mais cela ne veut pas dire que de tous les idéals, ce n'est pas celui-là dont les hommes souhaitent le plus la réalisa-.

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