L'AMOUR :2H
tion. Et c'est vers lui qu'ils tendent leurs bras tant que rexpérience ne leur a pas montré que tous leurs efforts sont vains pour l'atteindre.
L'amitié elle-même à laquelle nous demandons le compagnon de vie, dont les aspirations et les idées pourront s'adapter aux nôtres, disparaît souvent et s'efface ou, tout au moins, diminue en présence de l'amour. Aimer une femme ce n'est pas être son ami. D'une autre part, nous ne tardons pas à oublier nos amis, même ceux qui nous sont le plus chers, dès que nous sommes amoureux. Et cela parce que, naturellement, toute noire activité tourne autour de la femme que nous voulons conquérir, ou à laquelle nous voulons nous donner ; les deux termes sont souvent synonymes. De tous les biens que nous pouvons désirer l'amour d'une femme nous paraît le plus précieux.
Si nous savons ou si nous croyons savoir poiu'quoi nous aimons nos amis, nous ignorons pourquoi nous aimons une femme. Nous ne savons qu'une chose c'est que nous en sommes amoureux. Nous sommes littéralement pris de vertige ; nous nous sentons attirés, fascinés par une beauté.
Ce n'est pas la beauté en soi qui nous entraîne à sa conquête, c'est telle beauté particulière que d'autres ne sentiront pas peut-être et ne sauront pas apprécier, à laquelle, parfois, ils ne consentiront pas à donner le nom de beauté, mais qui est la beauté pour nous, la nôtre. C'est celle-là que nous voulons posséder, c'est celle-là qui nous ravit.
Parfois ce ravissement est instantané, pour ainsi dire; nous avons la certitude absolue que cette femme qui est devant nous est celle dont l'amour ferait de nous un être harmonieux et complet, et, sans hésitation, sans réflexion quelquefois, nous nous préparons à la conquérir. D'autres fois, par suite de l'éducation reçue,
de l'influence sur nous d'habitudes anciennes ou de préjugés, nous restons indécis, hésitants, incertains, comme si, avant d'agir, nous voulions prendre le temps de supputer les avantages ou les inconvénients qui pourraient résulter pour nous de notre amour. Mais, pour tous les hommes sans exception, pour les hardis et pour les timides, c'est une conviction profonde, tant qu'ils n'ont pas encore souffert de l'amour, que c'est dans l'amour et par l'amour que pourra se réaliser, sur la terre, la vie harmonieuse et divine, intégrale et normale.
La personne aimée apparaît à nos yeux comme un bien si rare, que nous n'hésitons pas, pour le conquérir, à prendre tous les moyens à notre portée. Nous nous montrons tour à tour capables des sentiments les plus chevaleresques et les plus nobles, des actions les plus viles et les plus lionteuses. Quand l'amour est en jeu, l'homme, qui veut la fin, ne se préoccupe pas des moyens, comme si un bien véritable pouvait être conquis par des moyens méchants et reconnus injustes par ceux-là mêmes qui les emploient !
S'il est vrai que l'homme cherche dans l'amour l'achèvement de son être, une question est de savoir si cet idéal, qu'il se propose, n'est pas au-dessus de ses forces et pour lui inaccessible. Nous avons dit ailleurs que, par l'exercice de son intelligence, l'homme se proposait de connaître pour se connaître. C'est aussi par amour pour lui-même qu'il est attiré par certains biens apparents dont la conquête, en parachevant son être, lui permettra, pense-t-il, de savoir qui il esta la fois et pourquoi il est. Mais, l'intelligence humaine est non seulement faillible, elle est incertaine. C'est au hasard que nous décidons que telle image, qui se présente à nous et nous séduit, est un bien qu'il faut incorporer à notre être ou un danger qu'il nous faut éviter. A chaque instant, dans nos recherches, dans notre poursuite des