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III. RÔLE DE LA NOLONTÉ DANS LE SOUVENIR

S'il est vrai que l'oubli soit la condition essentielle du souvenir, un nouveau problème se présente à nous. Il s'agit de savoir, s'il nous est possible, non pas d'où-

LE SOUVENIR .Ti

blier, — l'expérience nous montre tous les jours (jue bien des choses que nous avons connues autrefois et (|ue nous avons sues, disparaissent, pour toujours quelquefois, de notre conscience, — il s'agit de savoir si nous pouvons vouloir oublier; et si, voulant oublier, nous réussissons à oublier, à écarter de la conscience certains phénomènes qui voudraient s'y glisser, pour en maintenir certains autres dont la présence nous est utile. La question nous semble importante. Si nous ne pouvons pas vouloir oublier pourra-t-on dire encore que nous pouvons vouloir nous souvenir ?

Vouloir réaliser une chose, quelle que soit la nature de cette chose, c'est connaître, en tant que possible, celte chose qu'il déjiend de notre volonté de faire passer à l'acte ; et c'est, par conséquent, reconnaître ce possible une fois réalisé. Mais ce possible, en admettant qu'il dépend de notre volonté de le réaliser, ne pourra passer à l'acte qu'cà la condition que l'effort de noire volonté écarte délibérément tous les autres possibles qui se pressent au seuil de la conscience en concurrence avec le possible qu'elle a élu et qui, réalisé, deviendra son acte. Et ce n'est qu'après que tous les autres possibles auront été écartés que le possible choisi passera dans le domaine du réel. Nous ne pouvons donc vouloir qu'une chose existe, dont l'existence dépend de notre volonté, qu'à la condition de nous opposer à l'existence de toutes ces autres choses, qui, existant dans la conscience à l'état de possibles, aspirent d'elles-mêmes à l'être, et pourraient, quelques-unes du moins sinon toutes, spontanément se réaliser, si nous n'usions pas de ce droit de veto qui semble appartenir en propre à notre volonté.

C'est encore de ce droit de veto que nous usons alors que nous voulons déliljérément nous souvenir. C'est tel souvenir que nous voulons réveiller et non pas tel

oC) COMMENT SE CONSTITUE LE CARACTÈRE EMPIRIQUE

autre. Certes il peut sembler que nous devrions connaître le souvenir au moment où nous nous appliquons à le faire renaître. Comment, en effet, pourrons-nous le reconnaître si nous ne le connaissons pas ? Comment pourrons-nous savoir que c'est celui-là que nous cherchons et non pas un autfe ? Pourtant, il n'est pas présent dans la conscience, puisque nous faisons effort pour nous le représenter, mais nous savons que nous l'avons connu et qu'il est là où nous le cherchons, à côté d'autres phénomènes actuellement présents en concomitance desquels il nous a été représenté une première fois. Il faut le retrouver, il faut faire pour le retrouver un travail de déblai c'est-à-dire écarter du champ de la conscience qu'elles obstruent, toutes les représentations du passé qui, spontanément, se présentent à nous et qui ne sont pas celles que nous voulons décidément faire revivre. Ces représentations du passé qui encombrent la conscience et qui l'empêchent parfois de se souvenir semblent, dirait-on, lutter pour l'existence. Elles font effort pour occuper dans notre vie une place que nous ne voulons pas leur donner. Dans certains cas elles s'imposent à nous et triomphent; elles s'implantent dans la conscience pour n'en plus sortir et nous aurons à examiner plus loin la nature de ces représentations et le rôle qu'elles jouent, mais, si notre volonté est vigoureuse et tenace, si elle sait bien ce qu'elle veut et où elle tend, elle écarte résolument et elle rejette de la conscience ces représentations qui ne sont pas celles qu'elle veut de nouveau se représenter. Elle les oublie, et c'est parce qu'elle peut les oublier qu'elle est capable de se souvenir d'autre chose dont elle veut se souvenir. Si elle n'est pas capable d'oublier les premières, de les rejeter, elle ne se souviendra pas des secondes.

Il résulte de notre analyse que l'oubli est une forme de la nolonté. Il n'y a pas plus de souvenir volontaire

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