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attendant et comme hâtant par vos désirs l'avènement

1 L'étude complète en sera faite dans notre Caractère moral du déluge. Voyez aussi les auteurs indiqués ici par Hozaramer. * Voir notre étude La fin du monde.

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Le déluge 113

du jour du Seigneur, où Tardour du feu dissoudra les deux, et fera fondre les éléments.

13 Car nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux deux et une nouvelle terre, dans lesquels la justice habitera.

Enfin (p. 96 et 97), il traite du caractère typique du déluge et de Tarche ; c'est encore là un ordre de considérations que nous renvoyons à plus tard ^

L'auteur en vient enfin (p. 97) à la partie de son travail qui va nous intéresser tout spécialement : à l'examen des causes naturelles dont on peut raisonnablement faire dériver le déluge, il fait précéder cette recherche de la remarque suivante où son opinion se dessine d'une manière tout à fait nette : Les conjectures auxquelles nous allons nous livrer sur les causes naturelles du déluge, dit-il (n. 3), ne modifient en rien le caractère essentiel qui fait de cet événement un châtiment infligé par Dieu aux crimes des hommes. Lui qui, dans sa toutepuissance, a créé la nature avec ses forces diverses, gouverne et dirige ces mêmes forces selon les desseins de sa sagesse, de son amour et de sa justice. « C'est lui, comme dit la Sagesse (v, 18 ; cf. XI, 18 ; xvi, 1 ss. 24), qui arme les créatures contre le pécheur >. De même qu'il mit le sol en rébellion contre Adam dès après son péché, et plus tard contre Caïn, de même maintenant, il soulève contre les prévaricateurs les flots vengeurs du déluge; de même plus tard, il chargera le feu de le venger de Sodome. Il choisit parmi les créatures celles qui devront servir sa vengeance, il HyiO; le temps et la mesure du châtiment. Il peut agir sur les destinées de l'homme sans l'intermédiaire des causes naturelles, mais il peut aussi faire servir à ses desseins les innombrables forces de la nature, qui échappent à nos calculs; dont plusieurs même nous sont inconnues. Or, il est digne de remarque que le côté surnaturel des prodiges divins, l'action directe du maître de la nature, apparaît plus distinctement lorsque ces prodiges se rattachent aux conditions ordinaires des phénomènes naturels. D'autre part, ces prodiges en deviennent en quelque sorte plus accessibles à notre entendement et, s'ils laissent parfois à l'incrédulité la ressource de tenter une explication purement naturaliste des faits, il faut avouer que bien souvent cette ressource est faible et son emploi

« Voir le Caractère vioral.

condamné par la saine raison. (Cf. Gutberlet, das Buch der Weisheit, p. 437 et suiv.) Aussi, continue Holzammer, la foi ne nous empêche-t-elle nullement de chercher à découvrir ces causes naturelles qui fonctionnèrent comme des instruments dans la main du Tout-Puissant, et cette recherche sera légitime surtout là où l'Ecriture elle-même indique l'action de causes de ce genre, comme c'est le cas pour le déluge et plus tard pour la destruction de Sodome *. Loin do nuire à la foi, les recherches scientifiques de cette nature sont au contraire d'un grand secours pour réduire à néant les objections de l'incrédulité; aussi saint Augustin les recommande-t-il en blâmant ceux qui recourent tout de suite au miracle, dans des cas où ils devraient auparavant rechercher s'il n'y a pas aux faits qui les embarrassent une explication toute naturelle (De Gènes, ad., lit. lib. I, c. XIX, n. 39; lib. II, c. i, n. 2. Cf. Katholih 1865, ii, p. 417).

Après cette remarque, qu'il importait de reproduire en entier mais vis à vis de laquelle nous tenons à réserver l'indépendance de notre opinion personnelle, l'auteur aborde ce qu'il appelle les pretcves du déluge (§ 103, p. 97). Cette partie de son travail, rentrant dans l'étude physique de l'événement, objet que nous réservons pour plus tard et qui sera traité ex-professo ^, nous ne suivrons pas Holzammer dans les développements auxquels il se livre ici. Nous nous contenterons d'indiquer les points principaux de son système afin d'en tirer la conclusion qui nous importe présentement.

Il commence par remarquer que la quantité énorme d'eau nécessaire à l'inondation diluvienne, même universelle, existe réellement sur le globe, et qu'il suffisait, pour répandre ces eaux sur les continents, de modifications dans le genre de celles que la géologie admet comme s'étant produites surtout à l'époque qui précéda immédiatement la nôtre. A cette affirmation, déjà fort sujette à caution pour ne rien dire de plus, succède une confusion déplorable entre les mouvements séculaires du sol, les transgressions marines qu'ils produisent, Içs variations qui en résultent dans le domaine respectif des terres et des mers;

» Voir notre étude La destrnction de la Pcnlapole et les variations de la Mer Morte. On remarquera combien la méthode do Holzammer ressemble à celle de Reusch (vide ante, p. 40).

' Voir les chap. iv et v.

le surgissemont des grandes chaînes et leur âge ; l'action que ces phénomènes pouvaient exercer sur l'équilibre des océans; les effondrements ou enfoncements qui devaient leur être corrélatifs; la forme triangulaire et appointie vers le sud qui caractérise les continents sur notre planète * ; les groupes d'îles considérés comme les restes de continents disparus *; les tremblements de terre et les modifications qu'ils peuvent, dans certains cas, apporter à la configuration du sol**; l'ancienne conception hébraïque des mers souterraines; les précipitations atmosphériques; la fusion, supposée ou invoquée, des neiges montagneuses et des calotes glacées des pôles. — et l'événement diluvien dans le double aspect que lui assigne la Genèse : la rupture des sources de l'abîme et l'ouverture des écluses du ciel. Holzammer croit enfin pouvoir trouver dans ce qui précède l'explication de la courte durée assignée au cataclysme.

Voilà pour les caicses du déluge. L'énumération de ses effets et des traces qu'il aurait laissées, conduit notre auteur à une divagation non moins lamentable. Rééditant toutes les erreurs anciennes, depuis longtemps jugées, il considère comme des effets et des témoins du déluge les sables marins et les coquilles fossiles qui se retrouvent quelque fois à de hautes altitudes ; les vallées d'érosion ; les blocs erratiques, surtout ceux du Nord; les terrains d'alluvion dès qu'ils sont un peu étendus et surtout s'ils contiennent des restes organiques; les cavernes à ossements; les mammifères enfouis dans le sol glacé de la Sibérie; pour un peu, il se rallierait à Bosizio qui attribue au déluge et à ses suites tout l'ensemble des terrains sédimentaires avec les fossiles animaux ou végétaux qu'ils renferment *.

Nous ne nous engagerons pas dans l'examen détaillé de ce système qui renferme à peu près autant d'erreurs que de mots. Ce sera l'objet de notre chap. iv^ d'étudier et de réfuter toutes ces assimilations fautives que nous réunirons sous le titre de Théories anciennes, afin de bien marquer que, si plusieurs d'entre elles ont un certain temps dominé la science, aucune n'est plus

« Voir dans la Revue de la Suisse catholique, notre étude sur la Forme de la tei*re.

* Voir au chap. v, la théorie ou Hypothèse de V Atlantide. 5 Ibideniy l'Hypothèse sismique.

♦ Die Géologie und die Siindflut , Mayence 1877, v. surtout p. 189-205; in Holzammer, p. 99.

soutenable aujourd'hui. Nous ajouterons seulement qu'il est triste de les retrouver dans un livre datant de 1886, où leur présence indique chez l'auteur l'ignorance la plus complète des sciences physiques sur lesquelles il prétend étayer son exégèse. Loin de fortifier sa thèse en invoquant des noms comme Buckland, Deluc, Dolomieu, de Saussure, Cuvier, etc., notre auteur ne fait que mettre plus en évidence un point faible qu'il partage avec beaucoup de ses confrères : MM. les exégètes ont en général quelques idées plus ou moins nettes de Vancienne géologie et ils s'y cramponnent avec une obstination qui serait blâmable si elle n'était avant tout incompréhensible. Par contre, le plus grand nombre d'entre eux ignorent complètement la géologie contemporaine et ils semblent prendre à tâche de lui rester étrangers *. Ce n'est pas la première fois que nous faison cette remarque peu réjouissante et tous ceux qui se sont occupés d'études bibliques seront de notre avis. Remarquons seulement que, de toutes ces erreurs, accumulées comme à plaisir dans le passage que nous analysons, se dégage une idée, seule importante pour nous dans ce moment, celle du caractère essentiellement naturel de l'événement diluvien. —

Holzammer en arrive maintenant (p. 100, § 106) à la question du souvenir que les hommes ont gardé du déluge. Il observe que, si même les traces géologiques de l'événement n'avaient pas la valeur probante qu'il leur a accordée; si elles étaient effacées, ce qui serait compréhensible étant données la courte durée du cataclysme et les modifications ultérieures survenues dans les mêmes régions, il resterait toujours, pour prouver la réalité et l'universalité du déluge, l'argument historique dans toute sa force : le témoignage traditionnel unanime et à peu de

< Holzammer met en note (p. 100, n. 2) que Tattribution des dépôts précités, non pas au déluge, mais à dos inondations locales survenues durant les temps géologiques, ou aux glaciers tertiaires ou quaternaires, telle que la professe la géologie moderne, est liée à l'idée que le déluge biblique fut trop court pour laisser de telles traces. Cela est vrai, mais il ne faut pas perdre de vue que le caractère essentiellement local des formations jadis réputées diluviennes a été déduit par les géologues modernes de l'élude intrinsèque de ces formations, indépendemment de tout argument extrinsèque tiré de l'exégèse. C'est donc un principe géologique absolument établi et hors de doute, que ces dépôts n'ont rien à taire avec le déluge biblique.

choses près concordant de tous les peuples de la terre, qui vient confirmer jusque dans ses détails le récit de la Bible.

Notre auteur se range donc dans ce que nous avons appelé y Ecole mytkographiqtœ universaliste, soit celle pour qui tous les bommes auraient eu connaissance du déluge, de sorte que le souvenirdocotévénementconstituerait une tradition primordiale et universelle. Nous avons, en son lieu, examiné sous toutes ses faces cette opinion et les deux autres qu'on lui oppose*; nous n'avons pas à reprendre ici cette étude extrêmement compliquée, il suffira de se rappeler la conclusion à laquelle nous sommes arrivé, savoir que des trois systèmes mythographiques, le système universaliste, auquel se rattache Holzammer, est de beaucoup le plus improbable et que, si cette théorie a joui d'une vogue prolongée, c'est uniquement grâce à ce que la critique scientifique, qui devait lui donner la mort, n'était pas née. Plusieurs autres points, que Holzammer considère comme tout à fait hors de doute, par exemple, la concordance absolue des récits ethniques ou des mythes anciens avec la narration biblique du déluge, la supériorité du récit de la Genèse en tant que source historique, le caractère pleinement historique du récit biblique du déluge, même l'existence, en général, d'une tradition primordiale et commune, tous ces points, nous l'avons montré ailleurs *, sont entièrement contestables et contestés, et ce n'est plus faire de la science que de les représenter comme certains, en ignorant ou paraissant ignorer les controverses encore pendantes auxquelles ils ont donné lieu ^ —

En 1887, Franz Delitzsch renouvelle ses travaux antérieurs dans son remarquable Neuer CoiUûientar ûber die Genesis. Cet auteur commence (p. 155) par reconnaître la haute importance morale que le texte biblique donne au déluge et le caractère typique qu'il afi*ecte dans le Nouveau-Testament *. Plus loin (p. 163), Delitzsch en vient au caractère essentiel de l'évène-

» Voir le Caractère historique du déluge,

« Ibidem, —

» P. 103, § 101>, Holzammer aborde la question de Vuniverxalité du déluge, que nous n'avons pas à traiter ici. — P. 109, § 115, quelques remarques sans importance sur rarc-en-ciel, où l'idée du caractère naturel perce comme ci-rlessus. —

♦ Voir notre étude : Le caractère moral du déluge.

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ment, question toujours liée à celle de son universalité, et il fait d*abord la remarque suivante qui est fort juste : En supposant que le plus grand nombre des traditions en apparence diluviennes le soient î^éellement, c'est-à-dire se rapportent effectivement au déluge biblique *, on arrive à retrouver des échos de ce souvenir traditionnel dans les contrées du globe les plus diverses et les plus éloignées. Est-ce une preuve que le déluge ait été géographiquement universel ; qu'il ait couvert la terre entière (v. la dissertation de Zôckler, Ueber das Verhalten der Sintflutsagen des Altertums zurbibL Sintfliifgeschichte, dans les Jahrb, fur deut ThéoL xv, 1870) ? Nullement, car, selon une remarque de Dillmann, Tiucertitude complète dans laquelle nous sommes relativement à la date du déluge et les motifs que nous avons de la reculer beaucoup, permettent de croire qu'à Tépoque du cataclysme, ces i)euples divers n'étaient pas encore parvenus dans leurs habitats actuels. Ils ne sont pas autochtones là où nous les voyons aujourd'hui, mais immigrés, et il y a tout lieu de pensée que leurs traditions sur les origines, loin de se rapporter aux régions qu'ils occupent maintenant, proviennent du fond traditionnel commun à l'humanité primitive et qu'elles ont été apportées là où nous les retrouvons, lors de l'arrivée de ces peuples ^. Cette soi-disant communauté de souvenirs, à supposer même qu'elle soit réelle, ne prouverait donc en aucune façon l'universalité des événements relatés; par contre, on peut, dans l'hypothèse d'une tradition primordiale, y voir un argument en faveur de l'unité historique de l'humanité.

Un déluge universel, ajoute Delitzsch, qui eût couvert en même temps la terre entière jusqu'au niveau des plus hauts

» Pour la distinction entre les traditionvS repliement diluviennes et les traditions pscudo-dilut^iennes, voir notre élude : Le caractère historique du déluge, La supposition que nous prenons comme point de départ le plus favorable à la thèse de l'universalité est loin d'être légitime, comme nous le montrerons dans notre chap. n.

« C'est le système de la tradition primordiale qui n'est pas sans soulever bien des ditricultés et auquel on peut opposer celui des emprunts mutuels elTectués de peuple à peuple aux époques dfVjà historiques. Quant à Tuniversalité du déluge, la conclusion de Dillmann demeure intacte dans les deux cas, et pour la discussion des deux théories, nous renvoyons h notre étude Le caractère historique du déluge.

sommets, ost physiquement et géologiquement impossible. Il faudrait, en effet, admettre la précipitation simultanée sur les deux hémisphères de pluies d*une abondance tout à fait extraordinaire pour ne pas dire impossible, ou la création spéciale des masses d'eau nécessaires à la formation de ce manteau liquide destiné à envelopper le globe entier. Il faudrait en outre supposer que les animaux aquatiques purent supporter le mélange des eaux douces et des eaux salées qui devait forcément résulter d'une inondation générale. Enfin, ajouterons-nous sans rééditer les objections mille fois faites au rassemblement, à la conservation dans Tarche et à la dispersion ultérieure des animaux, il faudrait expliquer comment des phénomènes géologiques et zoologiques de cette importance ont pu s'effectuer sans laisser aucune trace, car nous savons aujourd'hui, et nous le démontrerons en son lieu, qu'il est impossible d'en découvrir aucune *. Pour rendre compte de toutes ces impossibilités, il faudrait, ajoute avec raison Delitzsch, supposer une série de miracles dont le texte ne fait nulle mention et qui, non seulement seraientsansexempleparmi les miracles bibliques, mais, qui plus est, répugneraient à la conception biblique du miracle. En effet, le miracle, dans la Bible, est toujours au service d'un but moral important; or quel but moral pouvait avoir l'inondation de contrées, peut-être même de continents entiers, où l'homme n'avait pas encore pénétré? En outre, quelle utilité y avait-il à ce que les eaux atteignissent jusqu'aux sommets de l'Himalaya ou des Cordillères, lorsqu'il suffisait d'une inondation générale s'élevant à hauteur d'homme ou un peu au-dessus, pour faire périr l'ensemble des humains et des animaux terrestres? Nour verrons d'ailleurs plus tard qu'il n'entre pas du tout dans la pensée de l'écrivain biblique de nous représenter la terre comme retournant au chaos (th67n) du chap. 1, 2, alors que l'océan primordial l'enveloppait tout entière. Il faut d'ailleurs remarquer (|u'à ce moment-là, la terre n'avait encore aucun relief, elle ne portait ni montagnes ni vallées. Dans l'esprit do la Bible, le déluge n'est pas une retouche de la création, mais une correction infligée au monde déjà définitivement créé, spécialement au genre humain et au monde

« Voir nos chapitres sur Tuniversalité, l'étude géologique et les conséquences zoologiciues et anthropologiques du déluge.

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animal placé sous ses ordres. Il avait pour but de remplacer l'humanité primitive, irrémédiablement corrompue et, à cause de cela, vouée à la ruine, par une humanité nouvelle et meilleure. Or, pour cela, il suffisait que l'inondation s'étendit aux régions habitées par Thomme. Ces régions constituaient tout l'horizon géographique des hommes d'alors; ils ne connaissaient rien au delà, c'était pour eux « toute la terre ». Il ne faut pas oublier, en effet, que le narrateur biblique reproduit ici une tradition ancienne qui veut être interprétée dans l'esprit de ceux dont elle provient.

Dans ce qui précède, Delitzsch a déjà montré qu'il croit au caractère essentiellement naturel de l'événement; maintenant, il va affirmer cette opinion d'une manière tout à fait catégorique : Personne jusqu'ici, ajoute-t-il en effet, n'a, à ma connaissance, donné du déluge une explication plus juste et plus claire qu'Edouard Suess *. Combinant les données du texte biblique et du récit babylonien, ce savant géologue arrive aux conclusions suivantes 1<> : Il s'agit d'un phénomène purement naturel qui eut son siège sur le bas Euphrate, d'une grande et terrible inondation qui recouvrit la dépression mésopotamienne. 2** La cause principale de ce cataclysme, ce fut un violent tremblement de terre dans le Golfe Persique ou dans les régions voisines; le séisme principal ayant été précédé de plusieurs commotions de moindre intensité. S*^ Enfin, il est probable que, pendant la période des plus fortes secousses, un cyclone venant du sud s'abatit sur le fond du Golfe où il augmenta encore les ravages. — Le déluge serait donc, d'après Suess, une de ces inondations plus ou moins exclusivement littorales qui proviennent des tremblements de mer, en d'autres termes, rien autre chose qu'un gigantesque ras-de-marée. Nous donnerons en son lieu, avec tous les détails qu'elle comporte, la théorie de Suess; pour le moment, nous insisterons sur un point seulement : Le caractère sismiquo de la catastrophe se révèle d'une manière non équivoque dans deux circonstances auxquelles on n'avait pas, jusqu'ici, voué toute l'attention qu'elles méritent. C'est, en premier lieu, le jaillissement des eaux souterraines : les fontes abyssl de la Genèse qui se retrouvent dans le texte chaldéen où

» Dans l'étude géologique intitulée Die Sml/luth, qui fait partie de son grand ouvrage Das AatliLz der Erdc (à part 1883).

nous voyons les Anunnakiy génies des profondeurs souterraines, € vomissant des flots, » et portant à eux seuls la plus grande part de responsabilité dans la production du cataclysme. C'est un indice que le jaillissement des nappes souterraines a été ragent principal dans la catastrophe. Le récit parallèle babylonien permet donc de déterminer exactement le sens de cette expression et il faut traduire fontes abyssi par « eaux souterraines >, non par « flots de la mer >. On comprend assez bien d'ailleurs que le récit biblique, fidèle en ceci comme en tout le reste, à sa couleur continentale, qu'on a souvent signalée, ait retenu, des deux principaux agents d'inondation: la mer et les eaux souterraines, précisément lesecond comme plus continental. En second lieu, il est évident que si les pluies eussent été la cause principale ou unique de l'inondation, les flots de celle-ci se fussent mus dans le sens de la pente naturelle du sol et eussent entraîné l'arche, du bas Euphrato vers le large, dans le Golfe Persique. Au lieu de cela, leur deux récits sont d'accord pour placer le point de débarquement au nord ou au nord-est du point de départ : dans les montagnes d'Arménie selon la Genèse, sur les colines de Nizir entre la Mésopotamie et la Perse d'après le texte cunéiforme. Il en est encore de même si nous consultons les autres traditions orientales : le Taurus de Phrygie, le Kurdistan ou la montagne de Giuud dans la Gordyêne, sont encore en amont de la Chaldée. Or il est évident que seuls un ras-de-marée et un cyclone venu du large peuvent rendre compte de cette marche du navire à contre courant des fleuves du pays. Enfin, on pourrait encore, quoicjue ce dernier rapprochement soit déjà plus risqué, considérer avec Suess les ai^ertissements que le juste sauvé reçoit dans les deux textes, comme donnés d'une manière naturelle, par les séismes précurseurs dont nous avons parlé. On a fait à l'explication de Suess plusieurs objections que nous examinerons plus tard; on lui a reproché surtout de restreindre par trop l'extension géographique du cataclysme. C'est possible ; en tous cas, ce qui restera son point for.t, c'est que seule, la nature sismique qu'elle attribue au phénomène est à même de rendre compte de la marche du navire à contre pente du sol et de l'absence complète de traces laissées par l'événement. Ce sont là deux objections contre lesquelles étaient venues se briser toutes les théories antérieures ^

» Voir la Théorie sismique de Suess, au chap. v.

En patronnant ainsi l'explication géologique de Suess, Delitzsch admet implicitement le caractère naturel du déluge; d'autre part, nous Tavons entendu repousser explicitement l'interprétation miracuUste de l'universalité absolue. Si, à ces deux témoignages, nous joignons encore les passages isolés où cette manière de voir se fait jour (p. ex. p. 106), nous aurons le droit de ranger Téminent exégète allemand parmi ceux qui regardent le déluge comme un événement essentiellement naturel. —

En 1887 encore, M. l'abbé Vigouroux nous donne un nouveau livre. C'est le tome III de la deuxième édition de son ouvrage : Les Ihyres saints et la critique rationaliste.

Son chapitre vu est consacré au déluge. L'auteur ne se prononce pas expressément sur le caractère essentiel de l'événement, mais le soin qu'il met à écarter les objections formulées par les sciences naturelles et à faire voir que celles-ci n'ont rien à objecter à un déluge géographiquement localisé, nous parait prouver qu'il considère le déluge comme un événement providentiel dans son but, mais naturel dans ses moyens de réalisation.

M. l'abbé Vigouroux est, en effet, le défenseur attitré du système do l'universalité relative ou non-universalité géographique, qui restreint le déluge à la terre habitée, mais l'étend à tous les hommes *.

De ce que les sciences naturelles, la géologie du moins, n'ont plus rien à objecter au déluge local de M. Vigouroux, il ne suit pas cependant, croyons-nous, (jue « les discussions sur le déluge soient devenues sans objet pour le naturaliste >, comme l'a dit Pfaff3.

Si, désormais, grâce à la nouvelle interprétation, tout désaccord a disparu entre les résultats de l'exégèse et ceux de la géologie, cependant, la tâche de cette dernière science est loin d'être terminée. Elle doit continuer à éclairer autant qu'il est en elle la marche de l'exégèse à qui il reste encore beaucoup à faire. Si l'aide de la géologie a pu être utile jadis, à plus forte raison le sera-t-elle maintenant qu'aucun motif exégétique n'empêche plus l'étude du déluge d'être dévolue aux sciences

« Op. cit. y p. 497. Comparez Jaugey, Dict. apologétique, col. 756. s Schœpfungsgeschichle, p. 750, in Vigouroux, op. cit., p. 499.

naturelles. Celles-ci vont être mises en demeure d'expliquer le phénomène que Texégèse leur abandonne. Or, dans cette voie, il n'y a pas à se le dissimuler, le moment n'est pas venu de se croiser les bras. Faisant d abord abstraction des systèmes immaginés pour expliquer naturellement le déluge supposé universel et qui ont tous échoué pour la bonne raison qu'ils ne pouvaient pas aboutir; nous bornant aux théories proposées pour rendre compte du déluge supposé local, nous aurons l'occasion de montrer * que la seule tentative vraiment scientifique faite dans ce sens est celle de Suess, le savant professeur viennois. Nous l'exposerons en son lieu et nous serons forcés d'ajouter comme nous l'avons déjà fait pressentir, que, malgré sa valeur, malgré l'autorité incontestée de son auteur en matière de géologie, ce système extrêmement remarquable n'est point encore entièrement satisfaisant.

En 1889, nouvel ouvrage de l'infatigable abbé Vigoureux : c'est la 5® édition* de La Bible et les découvertes modernes ^. Pas plus qu'en 1877 et 1887, il ne se prononce sur le caractère esentiel du déluge; nous ne pouvons donc que répéter ce que nous disions à propos de ses précédents ouvrages.

La même année, paraissait à Paris le commentaire de l'abbé H. J. Crelier sur La Genèse.

Cet auteur commence (p. 83) par reconnaître le caractère moral du déluge lorsqu'il dit : « Les deux premières généalogies des fils d'Adam, celles de Caïn et de Seth, nous ont montré le genre humain se développant dans deux races parallèles, d'un caractère aussi différent que les deux cités dont elles forment les commencements. Nous allons maintenant voir ces deux races auparavant si opposées se réunir, et leur mélange amener une telle corruption que Dieu prend la résolution de détruire l'homme, qu'il a créé. » (Chap. vi). ¥À notre auteur ajoute : € L'intelligence de cet endroit, c'est-à-dire, la connaissance des véritables causes de cette horrible dépravation, dépend du sens à donner à l'expression : fUs de Dieu, et à l'expression correspondante : filles des hommes (v. 2), par les(|uelles sont désignés les descendants de ces deux races qui opérèrent ce funeste

« Chap. IV et t.

ï Chap. V, Le déluge y 1, 247-",d87.

mélange, expressions qui ont déjà été prises fort diversement dans Tantiquité, et ont encore donné lieu dans ces derniers temps aux plus vives discussions. Les uns entendent par là les fils des grands ou des princes, et les filles du peuple ou des gens do basse condition; d'autres, les anges et les filles de Thumanité en général ; d'autres enfin, les hommes qui servaient Dieu et pratiquaient la vertu, tels que nous ont été représentés les pieux descendants de Seth, et les filles de tous ceux qui ne sont pas compris sous le nom de fils de Dieu, les filles des hommes impies, terrestres et charnels, comme nous avons vu qu'étaient les descendants de Caïn. »

' Nous n'avons pas à rechercher ici lequel de ces trois sentiments il convient d'adopter. L'interprétation de ce passage, d'une physionomie étrange et particulière et d'une couleur mythique plus prononcée que tout autre morceau du Pentateuque, est bien, comme le dit Lenormant *, la cmw interprehitn dans la première partie de la Genèse, et il vaudra la peine de lui consacrer une étude spéciale *. Pour le moment, la seule chose que nous ayons à retenir, c'est que, dans l'esprit de la Genèse, le déluge fut provofjué par une cause morale, et nous ne rechercherons même pas quel fut au juste le but moral du cataclysme : si ce fut un châtiment infligé à l'humanité coupable ou simplement, comme l'ont prétendu récemment encore des exégètes compétents 3, une mesure de précautimi destinée à isoler la future race élue, la lignée patriarcale de Seth, alors représentée par Noé, de ses contemporains et voisins corrompus. Crelier confesse encore ce caractère moral dans la discussion

du verset 3 : < Non permaneMt spiritus meus In homîne »,

dans l'interprétation du quia caro est, et dans celle du eruntque (lies illius centum vigenti annorum dont il dit que ce nombre marque, non la durée à laquelle serait désormais réduite la vie de l'homme, mais le délai qui lui est encore accordé pour venir à résipiscence, et à l'expiration duquel il sera exterminé (p. 86) ^.

« Les origines de l'histoire^ t. I, chap. vu, p. 291.

« Voir notre étude : Le caractère moral du déluge,

8 Kiilre autres l'abbé Motais dans son Déluge biblique (1885), voir notre étude sur ce sujet dans les Monat-Rosen du 15 mars 1891 (p. 316 et suiv.) et du 15 avril 1891 (p. 348).

♦ Crelier est ici en opposition avec Lenormant et (Paccord avec Halévy. Voir Le caractère historique du déluge, p. 127.

1b délùqr 125

ïl en est encore de même dans l'interprétation des versets :

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