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les unes et les autres comme des preuves d'un seul et même cataclysme universel.
I/niifcour passe ensuite à la question de VuniversalUé du déluge (58); c'est ici que sa croyance au caractère naturel va s'affirmer complètement.
Bien plus nombreux, dit-il, et plus graves que les arguments pour, sont les arguments apportés par les sciences naturelles contre le récit diluvien de la Genèse.
Mais, ajoute-t-il, la force de ces objections varie beaucoup avec V interprétation donnée au texte relativement à l'extension du cataclysme.
Or, à ce point de vue, trois opinions sont en présence.
1" Vunwersalité absolue, ou géographique, admise jadis d'une façon presque générale. C'est elle qui provoque le plus les objections de la science, et ces objections, à peine pressenties à l'origine, sont allées sans cesse croissant en nombre et en gravité, de sorte qu'un moment est arrivé où la thèse universaliste dut être abandonnée. Notons ceci : l'universalité géographique a été abandonnée à cause des difficultés scientifiques qu'elle soulevait
2» VuniversalUé restreinte, ou ethnographique, ou nonuniversalité géographique; c'est le système de Vigoureux, nous savons qu'il est en quelque sorte « moins impossible» que le premier.
3° La non-universalité absolue ou ethnographique de Motais. Elle est orthodoxe et satisfait le mieux les sciences, d'où son utilité pour la défense du texte biblique (caractère naturel). Des trois systèmes, c'est le meilleur au point de vue apologétique, aussi nul doute qu'il ne soit permis à l'exégète catholique. Cependant, les difficultés d'ordre théologique qu'il soulève ne sont pas encore écartées au point que cette dernière opinion puisse se dire entièrement certaine. D'autre part, les arguments scientifiques invoqués en sa faveur ne sont pas absolument indiscutables; ils ne forcent pas d'emblée l'adhésion.
Cela étant, Schôpfer pense que, dans l'état actuel de la question, la meilleure opinion n'est aucune de celles qui précèdent (59). 11 en propose une quatrième, intermédiaire, dont il est lui-même l'auteur, et qui consiste à tenir pour certaine la non-universalité géographique, pour douteuse, la question ethnographique. Cette dernière dépend des proportions qu'avait
atteintes, au moment du déluge, la dispersion des hommes loin du berceau de l'espèce. Etaient ils, oui ou non, parvenus au delà du théâtre du déluge? Nous ferons remarquer à Tauteur que, posée en ces termes, la question ethnographitjue semble destinée à rester insoluble. Sa solution comporte en effet la connaissance de trois points qui, pour le moment en tout cas, nous échappent complètement : le berceau de l'espèce humaine, le théâtre et l'époque du déluge. Nous ignorons les limites géographiques de la catastrophe et rien ne prouve que le berceau de l'espèce dût y être compris. C'est même certainement le contraire, si on part de l'hypothèse accréditée qui place ce berceau au pied du Pamir et que, suivant les indications du texte babylonien, on limite la catastrophe aux plaines de Mésopotamie.
Quoi qu'il en soit d'ailleurs, Schôpfer reconnaît que la solution de ce problème appartient en soi à la science, sans préjudice des éléments de solution qui pourraient peut-être se trouver dans les sources de la foi (Bible et Tradition). En effet, la science ne doit pas combattre la révélation, dit-il, et il ajoute que ce n'est pas à craindre, pour aussi longtemps que la science restera fidèle à ses principes et à sa méthode. De deux choses l'une, ou la science avouera son impuissance à résoudre cette question, ou elle lui donnera une solution qui sera d'accord avec la révélation et la confirmera.
L'auteur semble donc disposé à voir dans la question de l'universalité du déluge une question intéressant la foi. Or, nous l'avons déjà dit, des interprètes nombreux autant que dignes d'être regardés comme parfaitement orthodoxes sont de l'avis contraire. Dernièrement encore, après l'apparition de notre dernier livre *, des personnes en position d'avoir, sur ce point, un avis de grande valeur nous ont écrit pour adhérer à une manière de voir analogue que nous ne faisions alors que hasarder.
Schôpfer revient maintenant à la troisième opinion et trace d'avance le plan de sa démonstration éventuelle :
Pour que cette opinion devienne certaine, dit-il, il faut deux choses : En premier lieu, il faut que la science prouve l'extension de l'humanité au delà du théâtre du déluge, à son époque.
• Lr déluge devant la critique.
Cela revient, comme nous le disions plus haut, à déterminer ce théâtre et cette époque En second lieu, il faut que la science prouve à la théologie, qui reste sur ses position^ dites traditionnelles, que cette grande extension attribuée à l'humanité à cette époque n'est pas en désaccord avec les données de la Bible.
Nous ne sommes pas tout à tait d*accord avec Schôpfer. 11 nous semble que la science naturelle n a pas à se préoccuper de rinterprétation des Ecritures. C'est à Texégèse à voir si et comment elle peut faire cadrer une donnée scientifique nouvelle, dûment établie, avec les textes qu'elle a pour mission d'interpréter ou si, peut-être, la véritable intelligence de ces textes ne doit pas garder, au contraire, d'y chercher aucune concordance scientifique. Ce n'est pas un divorce que nous prêchons; on sait déjà que nous lui sommes précisément opftpsé *. Mais il faut que l'expérience serve à quelque chose, or, la longue controverse sur Vhexaméron éprouvé combien il faut être prudent en ces matières et le peu de profit qu'il y a souvent à sacrifier le sens obvie pour courir après des concordances littérales impossibles.
Quoi qu'il en soit, Schôpfer conclut que la controverse déjà longue, menée au sujet de l'universalité du déluge, a eu pour :||
etfet d'assurer dores et déjà au système de la non-universalité ethnographiqice de Motais une vraissemblance très grande qui ne fait qu'augmenter toujours *.
Passant ensuite (59) aux objections scientifiques contre l'universalité absolue, il rappelle qu'elles sont tirées surtout de la zoologie et de la physique du globe. Pour la zoologie, c'est la capacité de l'arche, le rassemblement et la dispersion ultérieure des animaux, le mélange des eaux douces et salées, l'immense accroissement de la pression dans les eaux, par suite des précipitations atmosphériques, avec le soulagement correspondant de la pression barométrique, tous effets dont les conséquences physiologiques sont inadmissibles. Pour la physique ((30), c'est surtout l'impossibilité de trouver les masses d'eau nécessaires à là submersion totale. En effet, ajoute formellement Schôpfer, la
« Voyez surtout ce que nous disions à propos de l'article du P. Jûrgens.
* L'exactitude oblige de remarquer qu'un certain nombre d'interprètes orthodoxes et l'école inythiste tout entière se refusent toujours à cette exégèse qu'ils regardent comme faisant violence aux textes.
Bible dit expressément que le déluge fut produit par des cames naturelles ; elle fait plus, elle les indique : pluies abondantes et jaillissement des eaux de Tabime (mer et eaux souterrnines). Schôpfer va donc plus loin que la plupart des interprètes; non seulement le texte est, à ses yeux, muet sur toute cause miraculeuse, il est formel en faveur des causes naturelles. Cet auteur a rai3on et notre conclusion fera voir que cet argument entraîne nécessairement l'admission du caractèt^e naturel.
Ce sont là, conclut Tauteur, non pas toutes mais bien les principales objections faites à l'universalité géographique. Il n'y a qu'un moyen d'y échapper, c'est le recours au miracle et non à un ou à deux, mais à toute une série des plus étonnants prodiges. Or, trois raisons au moins s'opposent à l'emploi de cette exégèse. En premier lieu, au point de vue du simple bon sons, multiplier les miracles sans motif, comme le disait déjà Vossius, c'est les détruire *. Ensuite, nous avons suffisamment montré, et Schôpfer y revient encore avec d'autres interprètes, que < les principes clairs et solides d'une philosophie et d'une théologie vraiment chrétiennes, comme aussi les avertissements les plus exprès des plus grands docteurs de l'Eglise, nous défendent un appel irréfléchi à la toute-puissance miraculeuse de Dieu > ^. Or, dans le cas présent, cet appel est certainement « irréfléchi », car le texte biblique, étudié de près, ne nous oblige aucunement à admettre l'universalité absolue ^. Enfin et surtout, de quel droit supposons-nous, dans le déluge, des miracles petits ou grands, alors que « l'Ecriture, qui cependant prend soin de nous indiquer formellement à chaque occasion, et de nous rappeler sans cesse, les hauts faits du Seigneur, n'en dit pas un mot? »*
» Mangenot, L'universalité restreijiie du déhige à la fin du XVII^ siècle. Se. catholique du 15 février 1890, p. 152.
« Breitung S. .1., « Zur Orienticrung in der Sundflutfi*age », Zeitschvift fur Kathol Théologie, 1887, p. 644, in Schôpfer, p. 60.
* Schôpfer, loc. cit.
♦ Ibidem On se rappelle l'opinion toute pareille du P. Jurgens (V. ante). CVst donc tout-à-fait k tort que certains auteurs, comme p. ex. U. Wies (Populœre Géologie, 1876, p. 283 et suiv.), prétendent s'appuyer sur la Bible pour croire que le déluge fut un événement extranaturel. Quant à ceux qui prétendent que l'Ecriture représente le ilélu^a» comme surnaturel, ils affirment une chose fausse, puisque
L'auteur passe maintenant aux raisons exégétiques contre l'universalité absolue et conclut (61) que la restriction géographique, exigée par la science naturelle, n'est point combattue par la théologie. Aussi, il n'y a, pour ainsi dire, plus de doute qu'il ne faille renoncer sur ce point à la vieille interprétation : € Quiconque ne veut pas, sous prétexte d'une exégèse servilement littérale, fermer l'oreille à toute autre science, doit renoncer à défendre cette opinion surannée » *.
Quant à la théorie plus nouvelle de la non-universalité ethnographique, Tauteur donne les raisons exégétiques (62) et scientifiques (63) pour, toujours les mêmes sauf quelques-unes qui sont de lui, et conclut en faveur de ce système, qui se soutient même en regardant le déluge comme un châtiment. Schôpfer va donc, en un sens, plus loin que Motais, dont il renforce la thèse par cette dernière vue.
Il termine (64) en exhortant les théologiens à ne pas se tenir à l'écart du mouvement scientifique de leur temps. Ce serait, leur dit-il, agir contre leur propre intérêt, car le progrès de la science est impossible à enrayer; mieux vaut donc se mettre à sa tête pour le faire servir la cause de la vérité que de l'abandonner aux incrédules qui ne manqueront pas, si on leur en laisse le monopole, de le tourner contre la foi*. D'ailleurs, si même ce danger n'existait pas, n'est-il pas plus digne pour la science chrétienne de modifier d'elle-même, à la suite de ses propres recherches, ce qu'il peut y avoir de suranné dans son exégèse traditionnelle, que de se faire arracher ces changements inévitables par les travaux des incrédules, comme des concessions faites à regret?
le texte, qui seul pourrait fournir une base à cette affirmation, s'y refuse complètement. La plupart tombent d'ailleurs dans un non-sens, conséquence inévitable de leur point de départ. Le texte mentionne expressément les causes naturelles du cataclysme, et ces auteurs se voient forcés de dire, comme W'ies (285), que le déluge, « tout en étant un fait surnaturel, a été produit par des agents naturels. » Ou bien ces auteurs confondent providentiel et swmaturel, ou bien ils ont perdu le sens de la logique.
« Schanz, Apologie, i, 347.
« Breitung, loc. cit., p. 671.
Certes, Schôpfera raison; il est du nombre, malheureusement trop restreint, de ceux qui comprennent leur temps. Puissent ces idées devenir dominantes pour le bien de la science exégétique *.
« Pour ne pas donner à cette étude des proportions exagérées, nous avons dû laisser de côté plusieurs auteurs de mérite, mais qui ne se prononcent pas d'une manière tout-à-fait explicite sur la question qui nous occupe. Citons, entre autres, P. Corluy, Se. cath., 15 septembre 1887 ; Scholz , Die Keilschriflurkunden und die Genesis, 1877; Kaulen, Assyrien; Birkell, Zeitschr fur kalh. TheoL, 1877, 129; Flunk, Ibidem, 1885, 624; Schanz, Apologie, i: Pfaff, Schœpfungsgeschf 1855 ; Fraas, Vor der Sundflut, 1866; Hummelauer, Der tertiaere Mensch. Slim Afaria-Laach, 1878, xiv; Die Eiszeit, Ibidem, 1878, xv; Der diluviale Mensch, Ibidem; Diluvium und Sundfiut, Ibid., 1879, xvi; Die Sundflutsage d. ait. Chaldâer, Ibid., 1874, VI ; Breitung, Zur Orientierung in der Sundflutfrage, Z. K. T., 1887; Lamy, Comm^ntarius inlibrum, Geneseos, i, 1883; Hettinger, Apologie des Christenthu7ns, ii, l, 305 (1872); Wies, Populaere Géologie, 283 (1876) ; Reuss, Hist. sainte et Ij)i, i (1879), 318, 319. 320, 323, etc. —
Un mot, pour finir, sur le livre de A. Tappehorn, Erklaeii^ng der Genesis (1888), qu'on nous dit être aux mains d'un grand nombre d'étudiants en théologie. Dans sa préface, l'auteur déplore qu'il n'existe pas un seul commentaire catholique de la Genèse, qui réponde aux exigences scientifiques de notre temps. Il a pleinement raison, mais il ne nous semble pas qu'il ait réussi, dans la question du déluge du moins, à faire mieux que ses devanciers, ni même aussi bien que quelques-uns d'entre eux. En eflet, sans parler de plusieurs points, dans sa manière d'interpréter le texte biblique relatif au déluge et à ses prodromes, sur lesquels il y aurait, nous semble- t-il, beaucoup à redire, on retrouve dans son livre la méthode hésitante et illogique à laquelle nous ont habitué les miraculistes : Tantôt c'est le caractère naturel, déduit logiquement du texte et appuyé sur des raisonnements qui ne sont pas tous, il est vrai, à l'abri de la critique; tantôt c'est le miracle qui rentre en scène, et alors, comme toujours, sur les ailes d'une proclamation sonore mais absolument creuse. Analysons rapidement dans cet ouvrage les passages qui nous intéressent :
A propos des animaux dans V arche (p. 136), Fauteur se demande si tous, « selon leurs espèces », pouvaient y trouver place avec les provisions nécessaires. Et il répond : Non, si on regarde les 2000 espèces de mammifères, les 7000 espèces d'oiseaux, etc., que les naturalistes
comptent aujourd'hui, comme essentiellement différentes et ayant existé comme telles dès l'origine. Mais, ajoute-t-il, on ne peut plus guère douter que, parmi les espèces actuelles, plusieurs ne soient que des dérivées d'une seule et même forme ancienne. Or, conclut-il victorieusement, voilà qui réduit énormément le nombre des espèces à embarquer et, par le fait, la difficulté elle-même. Il est malheureux que ce raisonnement cloche par un point, unique il est vrai mais capital. Le déluge, il ne faut pas l'oublier, s'est produit dans la période actuelle, anthropique, de l'histoire du globe, puisque les hommes en ont été victimes. Or, la théorie transformiste invoquée (dans l'espoir, sans doute, de produire un grand effet) fait descendre nos espèces actuelles de types spécifiques anciens, c'est vrai, mais de types ayant vécu aicœ époques géologiques antérieures à l'actuelle, c'est-à-dire bien avant le déluge, puisque cet événement (qui n'a pas le moins du monde établi la transition d'une période à une autre, comme le voulait une opinion ancienne mais complètement abandonnée) tombe dans l'âge anthropique. On nous répondra que la transformation des espèces est progressive, qu'elle s'accomplit sans cesse. C'est vrai, mais précisément à cause de cette progressivité qui lui est essentielle, la transformation des types est lente, insensible à moins de considérer des intervalles de temps d'une durée immense. C'est-à-dire que, à part quelques exceptions insignifiantes, nos espèces actuelles existent telles quelles, depuis l'origine des temps anthropiques, c'estrà-dire depuis avant le déluge. L'argument invoqué tombe donc absolument à faux et la difl]culté reste insoluble à moins d'abandonner le sens obvie ou de recourir au miracle Mais c'est précisément ce que l'auteur ne fait pas. Au contraire, toute sa théorie a pour but d'expliquer le texte en restant sur le terrain entièrement naturel. C'est à ce titre que nous en prenons acte. 11 en est de même de l'artifice suivant : Certains animaux, dit-il, dont il est impossible de calculer le nombre, ont pu rester en vie hors de l'arche, grâce à des circonstances spéciales : dans l'œuf, à l'état de larves, dans le sommeil hibernal, etc. C'est fort problématique et on ne voit pas bien commentées états particuliers, du seul fait qu'ils ralentissent un peu l'activité physiologique, auraient permis à des animaux de vivre noyés pendant un temps assez long
D'autres auteurs encore sont tombés dans Terreur que nous condamnons ici. Citons Glaire, Les Livres-Saints vengés (1874), i, 341; Zôckler, Die Sintfluth-Sagen des Alterthums,J. D. T. XV, 342; Keil, BibL Com , i, 93; Lange, Théol.-fwmil. Bibelwerh u. A. T., i, 145; Grau, Ch, Darwin, in Bew, d. Glaub, 1866, p. 166 ; Zôckler, Urgesch, der Erde u, der Menschen, p. 69, 80.
Le premier fait un raisonnement tout pareil lorsque, à propos de l'Arche, il dit : « Le climat étant le même par toute la terre avant la
catastrophe diluvienne, on conçoit comment Noé a pu rassembler les animaux qui vivent maintenant dans des lieux très éloi^és les uns des autres, comme on peut le voir dans le savant géographe Kaumer. »
C'est toujours la même confusion entre Tépoque antédiluvienne et les temps géologiques, que nous avons rencontrée plus d'une fois et qui fait peu d'honneur aux exégètes qui la commettent. On oublie que le monde ancien auquel s'appliquent les théories des géologues n'est pas le monde immédiatement antédiluvien, mais bien celui des époques géologiques antérieures à la présente et à l^apparition de l'homme. Quand donc prendra-t-on la peine d'étudier et de comprendre les théories dont on veut se servir ?
Voyez, en revanche, l'exposé très net de la question dans les Eléments de zoologie de H. Sicard (1883), p. 103-129.
Quoiqu'il en soit, d'ailleurs, de ces tentatives de réductions numériques, on voit qu'elles tendent à rendre l'arche suffisante, sans sortir des moyens naturels.
Ce désir s'afflrme de nouveau quand il est question du degré d'universalité à attribuer au cataclysme. La difficulté dont il vient d'être question, dit l'auteur, et bien d'autres encore, s'évanoui-sent si on abandonne l'universalité géographique absolue pour l'universalité relative ou ethnographique. Ce changement, ajoute-t-il, est licite à tous points de vue et a le grand avantage d'éviter les explications miraculistes.
L'auteur en vient maintenant (p. 138) aux causes proprement dites du déluge. Les fontes abyssi magnœ sont pour lui les sources qui jaillissent des profondeurs souterraines et alimentent tous les réservoirs d'eau de la surface. C'est la vieille conception sémitique de l'océan souterrain (Prov. 8, 28. Job. 38, 16), mais l'wabyssus magna », tehôm rabba, signifie, selon lui, avant tout la mer (Is. 51, 10. Ps. 36, 7. 78, 15. Amos 7, 4). Et il ajoute: Ce jaillissement des sources de l'abîme doit s'entendre en ce sens que les eaux furent soulevées violemment par les forces souterraines (feux, vapeurs), d'où il résulta que la mer et les fleuves furent poussés hors de leurs limites et inondèrent les terres. A ces eaux terrestres, s'unirent les eaux supérieures, célestes ou aériennes, qui tombèrent des pesants nuages de pluie, comme d'« écluses » ouvertes, en une pluie de quarante jours. Nous savons que cette interprétation volcanique du déluge n'est pas admissible, mais ce qui nous importe c'est de constater que l'auteur a parfaitement trouvé dans le texte biblique l'indication des agents physiques auxquels est attribuée la catastrophe.
Pareillement, il a reconnu que la baisse des eaux est attribuée à trois moyens, un vent soufflant sur la terre, l'arrêt des sources souterraines, l'arrêt des pluies (8, 1-3), moyens naturels tous les trois. Enfin, il a noté que la disparition des eaux est donnée comme pro-
gressive et assez lente, ainsi qu'il convient à une inondation en général et à une inondation sismique en particulier.
A propos du passage « et Dieu l'enferma du dehors > l'auteur (p. 139) remarque que cela peut s'entendre ou d'une véritable action directe de Dieu, effectuée par lui-même ou par un ange; ou comme une formule indiquant la sécurité absolue de l'abri qu'offrait l'arche. Il ajoute même que ce dernier sens, figuré et. naturaliste, est celui adopté par saint Chrysostome (Hom. 25, in Gen., N» 4) : « Dieu, dit ce Père, ferma du dehors, pour montrer qu'il avait mis le juste en grande sûreté. »
En somme, jusqu'ici notre auteur se montre nettement favorable au caractère naturel. Mais cette disposition, raisonnable parce qu'elle est motivée, n'est pas de longue durée. Une première pierre d'achoppement est l'universalité relative à propos de laquelle l'auteur déclare (p. 137) que l'adoption d'un déluge partiel force à admettre « un grand miracle », à savoir que les eaux qui couvraient la région inondée durent, afin de ne pas s'écouler alentour, se terminer en murailles abruptes, comme au passage de la Mer-Rouge et à celui du Jourdain (Exod. 14, 22. Jos. 3, 16), le tout, naturellement, en dépit des lois de la pesanteur. Objection ancienne mais enfantine qui tendrait à nier la possibilité non seulement de toute inondation locale, mais même d'une nappe d'eau limitée quelconque, mer, lac ou étang. Remarquons encore que les miracles cités n'étant que supposés, ils ne sauraient être invoqués, en preuves pour une autre supposition du même genre.
Bientôt le scrupule gagne complètement notre auteur et il finit par renier toutes ses conclusions antérieures en proclamant sans aucun motif qu'« il est impossible, d'ailleurs, de comprendre dans toutes ses circonstances le déluge raconté par la Bible, sans recourir au miracle » ; nous savons que c'est précisément le contraire. Mais tout cela n'est pas nouveau pour nous : c'est l'exégèse miraculiste, hésitîinte et arbitraire; édifiant, sous la pression de la logique, des systèmes qu'elle renverse, l'instant d'après, par un vain scrupule; aussi éloignée que possible de la liberté d'esprit qui doit animer toute recherche scientifique.
Quant à voir dans le Masis ou Grand Ararat le point de débarquement de l'arche, « de l'aveu aujourd'hui général » (p. 140), c'est confondre l'opinion vulgaire qui ne date pas « d'aujourd'hui » avec le sentiment des milieux bien informés. La vérité est que, depuis la découverte du récit cunéiforme surtout, plus personne, parmi les gens compétents, ne croit au débarquement sur l'Ararat; sauf les partisans de la théorie mythique (Voyez à' ce sujet notre « Théorie sismique du déluge », dans le Bulletin de la Soc. fribourgeoise des Sciences nal, de 1894, et nos articles de la Revue thomiste (1894)
sur le même sujets. De même, ces derniers seront eucaiT ^uU à voir dans la « position, centrale en même temps qu'insulaire n, et dati^ la « prodigieuse altitude » du Masis, une preuve en faveur de la véracité du texte biblique. En dehors du mythe» la vérité es i précisément le contraire de tout cela.
Tne autre erreur, procédant toujours d'un point de vue général faux, est d'attribuer au déluge un trouble dans les conditions climatériques (p. 143) soit du globe entier (univ. absolue), mil de la ré^non inondée (univ. relative). Cette idée se trouve dans la BcrcschU vabbn (vi, 16) et le traité talmudique Psahim (i, l), rniîis c'est un éeho défiguré de l'obscurité toute locale et momentanée que le texte cunéiforme (ii, 50) attribue î\ une trombe de sable (Voyex Théorie sism./. Le v. viii, 22 nest qu'une formule pour marquer la .^écuriié qui ne sera plus troublée à l'avenir; c'est le Spiro, spcro qui est tellement dans la nature humaine. —