LES BOIS DE FEU
Le «rondin » est constitué par des bois de 20 à 45 cm. de circonférence.
La «charbonnette » (1) est constituée par des bois ayant moins de 20 em. de circonférence au gros bout et plus de 5 em. au petit.
Enfin, les «fagots » et « houppiers » proviennent des tout petits bois et ramilles, le terme de houppier s'appliquant surtout au bois de feu de futaie.
On cite parfois encore les « rémanents », ainsi appelés parce qu'ils sont normalement abandonnés sur le terrain. « Ils sont constitués par les souches et la couverture morte de brindilles et de feuilles qui s’intègre au sol, pour ainsi dire dès sa chute, et dont l'enlèvement serait préjudiciable à la fertilité des forêts » (2).
On ne peut donc considérer ces «rémanents par destination » comme étant normalement destinés à être du bois de feu.
Ainsi, du bois d'œuvre à la bourrée (3) s'établit une véritable hiérarchie des bois, et l’on conçoit que toute modification de la demande d’une de ces catégories se répercute nécessairement sur les autres :
Un emploi plus grand de bois de mine ou de construction, amène à utiliser comme bois d'œuvre une partie des rondins et accroît la valeur de la charbonnette.
Au contraire, en période de crise, les petits bois d'œuvre pèsent sur les bois de mine et de papeterie qui sont en partie convertis en bois de feu ; le rondin se vend alors à bas prix, et la charbonnette devenue sans valeur et sans emploi, est abandonnée sur les coupes.
Le bois de feu a connu en France de longues périodes de prospérité. Jusqu’à la découverte de la houille, il était des plus recherchés et utilisé tant dans les villes que dans les bourgs et campagnes, sous forme de bois comme de charbon de bois.
(1) Ainsi nommée parce qu’elle convient spécialement à la fabrication du charbon de bois.
(2) Rapport de M. Dutilloy.
- (3) La bourrée est un fagot de menu bois.
I1 fut même nécessaire de réglementer minutieusement les quantités dont les collectivités pourraient disposer. Le vol de bois mort et de fagots était sévèrement puni.
L'approvisionnement des grandes villes, de Paris en particulier, causa de multiples soucis, à tel point que l’on dut aménager le flottage sur la Cure pour assurer aux Parisiens le bois de chauffage.
Cependant, en même temps, les besoins de bois d'œuvre augmentaient ; en particulier la nécessité de trouver toujours plus de bois de construction pour ses navires amenait la monarchie à se soucier d'aménager en futaies les forêts royales. Il en naquit de multiples incidents, par suite du resserrement du marché du bois.
Pour pallier au déboisement, dès 1518, François Ier interdit le défrichement des forêt domaniales. L’ordonnance de 1669 pose enfin les grandes bases du régime forestier qui subsistent encore aujourd’hui. Pour subvenir aux besoins de Ia Flotte royale qu’il réorganise à la même époque, Colbert ordonne qu’à chaque coupe un certain nombre de baliveaux soient réservés par arpent non seulement dans les forêts royales, mais dans les forêts seigneuriales ou d’Eglise.
Lorsqu’au xvitIe siècle les premières industries, forges, verreries, tuileries, faïenceries se développèrent, la forêt française fut menacée sérieusement d’un déboisement rapide, au point qu’on a pu dire que la découverte du charbon de terre sauva la forêt.
Depuis la situation s’est renversée. La consommation du bois de feu n’a cessé de décroître en France. Depuis 1930 surtout, les bois de feu souffrent gravement de la mévente et de la chute des prix.
À. La mévente. — «) Quantités disponibles — Au contraire des denrées agricoles dont la récolte dépend des intempéries, et des objets industriels dont la production dépend largement de la volonté humaine, la production forestière ne varie guère d’une année à l’autre. Sans doute, peut-on dans une cer-