I. — Essai d'une étude détaillée du prix de revient
Bien qu’en définitive ce qui importe soit le prix d'utilisation du carburant forestier selon ses divers usages, il est nécessaire, pour bien montrer tous les facteurs dont il dépend, d’étudier
LES PRIX nt
successivement son prix au différentes phases de sa préparation.
A. Prix du bois sur coupe. — Quelle que soit la forme sous laquelle il sera employé, la matière première du carburant forestier est le bois.
Or, la production du bois est dans une large mesure indépendante de la volonté humaine. S'il ne veut pas que ses forêts s’abîiment et perdent leur valeur, le propriétaire doit les entretenir, et, chaque année, il y a une quantité de bois assez stable, dont l’enlèvement ne peut être que profitable à la forêt.
Comme le bois de feu est souvent vendu en même temps que le bois d’œuvre, sans qu’il soit spécifié pour le premier un prix spécial, il est en général impossible de préciser le prix du bois de feu sur pied.
Ce prix est souvent nul ou infime, surtout en période de crise, comme celle qui a récemment sévi.
Le prix de vente minimum du bois sur coupe semblerait donc devoir être le prix d’abattage et de mise en stère, prix quiest déjà déficitaire étant donné les impôts qui grèvent la propriété foncière.
Il peut cependant tomber plus bas encore, le bois de feu n’étant dans bien des cas qu’un sous-produit nécessaire de l’exploitation du bois d'œuvre. Une fois abattu, plutôt que d’avoir le souci de l’enlever ou de le brûler, le propriétaire sera heureux souvent de s’en débarrasser à un prix dérisoire, mais qui cependant augmentera un peu la somme qu’il recevra. Ce sera alors le bois d’œuvre qui, en définitive, supportera les frais d’abattage et de mise en stères du bois de chauffage.
Si le prix du bois sur coupe n’est pas limité par son prix de revient, il est par contre déterminé par l’ampleur de la demande et les facilités d’exploitation.
Si la forêt est facilement accessible et placée près d’un centre de consommation, les frais de transport aux consommateurs seront peu importants et le marchand de bois trouvera acquéreur à un prix suffisant pour lui permettre de rémunérer convenablement le propriétaire.
C’est pourquoi, à mesure que la demande de bois augmentera, la nécessité de la satisfaire fera hausser les prix et amènera l'exploitation de forêts plus éloignées, moins accessibles, dont le bois trouvera désormais à se vendre.
Ainsi le marché du bois de feu apparaît comme extrêmement sensible aux mouvements de la demande, l'offre étant par contre d’une grande stabilité d’une année à l’autre.
En même temps, ce marché apparaît comme extrêmement divers suivant les régions, suivant les forêts.
Cette diversité, dont témoignent des différences de prix considérables, est encore accentuée par le fait que la valeur du bois de feu varie suivant les essences, la grosseur du bois et le poids du tère. Le stère de bois dur se vend en général plus cher que le stère de bois blanc, le rondin plus cher que la charbonnette. Le bois sec se vend mieux que le bois vert.
De ces constatations il résulte donc qu’il n’y a pas un marché mais une multitude de marchés du bois de feu.
C’est pourquoi il est vain de vouloir donner des prix de vente précis du stère sur pied ou sur coupe.
Dans l'établissement de leur prix de revient, certains charbonniers évaluent le bois de feu sur pied à 2 ou 3 francs le stère.
Sur cette base, 1l serait relativement facile d'établir le prix de revient du stère de bois de feu débité sur coupe, en ajoutant au prix précédent les salaires dépensés pour l’abattage et le débitage.
Un exploitant forestier de Villers Cotterets, M. Turlure, a établi en mai 1937, à la demande du Syndicat des Producteurs de charbon de bois de forêt, le prix de revient type suivant, par stère, qui semble sérieusement établi.
Prix d’achat du bois de feu sur pied .. .............… 4 fr. 50 Frais d'achat :10 9%, Æ charges 5 % = 15 9% soit... 00/2122 Prix de façon suivant contrat collectif............. 9 » NÉ ONE S RE R r HaS de don de ARS 5 Moss 0ctA les AP OU ARTE AAC NE RES 20805
14, 14 Frais:sd'exploitationie RER Re eee DE NEXS
EeXStère SUP COUDES RE CN ER 45 »
On voit que le prix versé au propriétaire n’atteint que le dixième du prix de revient du stère sur coupe avant tout transport.
C’est dire qu’une augmentation modique du prix du bois accroît largement la part du propriétaire dans le prix de vente, si les autres éléments ne changent pas.
I est d’ailleurs à remarquer que, si le prix de 15fr.est le prix de revient au-dessous duquel l’exploitation du bois de feu est déficitaire, en réalité, le prix de vente est dans bien des régions inférieur à ce chiffre.
B. Prix de revient du carburant au lieu de production. — 4) Le bois. — Bien que le bois soit le carburant qui nécessite le moins de frais de fabrication, encore doit-il subir des modifications depuis sa mise en stère.
Il faut le laisser sécher de un à deux ans avant de pouvoir songer à l’employer sans inconvénient dans des gazogènes.
Il faut, d'autre part, le débiter en petits morceaux. Les tronçonneuses qui existent à l’heure actuelle n’ont qu’un débit assez faible, de 4 à 6 stères à l’heure. Elles nécessitent la présence d’une main-d'œuvre abondante.
Il faut joindre à ces frais ceux du transport de la coupe à l’exploitation.
Une étude, faite en 1935 par l'Office National du Bois, établissait de ces frais le décompte suivant :
Naleuralatonnesur Diane MER ent. eee 2 OhiT.
Hrais/desplotiationpans tonnes 1.200. ions. 20 — Frais de transport à l’entrepôt, séchage ............... 30 — radis de déDit EN DERIES MOPCEAUR. LL... mec se ere 25 — Frais de transport du bois conditionné en sacs papier de 10 à 20-kgr.et encerclage (moyenne)............... 50 — 130 fr BÉnOHCOS ICT IrAIS E TÉDÉTANLAE EE. Mot ue oh 20 — MÉTRO AMONT MERE eme 150r
Depuis, les frais de main-d'œuvre et de transports ont augmenté. Suivant les régions, il est possible de trouver du bois
utilisable pour gazogène au prix de 150 à 200 fr. la tonne environ. sa
Le jour où des tronçonneuses puissantes et à grand rendement existeront, ces prix pourront sans doute être réduits. Il y à lieu de remarquer, en effet, que la mise en stère, qui nécessite l'emploi d'une main-d'œuvre coûteuse, est rendue inutile par l'utilisation de tronçonneuses qui débitent les bois de taills tels qu'ils viennent d'être coupés.
D'autre part, le séchage du bois serait plus rapide si on le coupait dès l'abord en petits morceaux, au lieu d'attendre qu'il soit see pour le faire.
b) Charbon de bois. — Les frais de fabrication diffèrent sutvant les régions, mais surtout suivant le mode d'exploitation.
L. Charbon de bois de feu. — Si l’on se reporte au travail de M. Turlure, on trouve, par tonne de bois :
CARORERDRR ER Re ue ER SRE 150 LS SOS EE RE RSS RE Re ÏÙù »
Transport de IR coupe au chantier. ............« AL »
Frais généraux 13 % (patente, subventions, taxe d'apprentissage, déménagement, sacs toile, hutte, fourniture eau, hhière, ete.) ........ 40444 S »
ss Le
Suivant la qualité de la carbonisation, et, surtout, suivant la nature des bois employés, le rendement de charbon de bois au stère de bois varie. Si l’on prend le cas d'une bonne echarhonnette pesant 350 ker. au stère, il faut compter 13,5 stères de hois environ pour avoir une tonne de charbon de bois.
Avec le prix de revient du bois sur coupe de 15 fr. donné plus baut, les frais d'achat du bois seront done de 0 fr.
Le prix de revient du charbonnier sera done de :
Prix d'achat de Reis eee ee 20 à.
Frais de fabrionlièn LT 28 à.
Si l’on admet un bénéfice de 10 %,, on voit donc que Je prix de vente normal sera de 521 fr. au départ.
En fait, au début de 1928, si l’on excepte les prix anormalement bas ou anormalement hauts, le prix de gros du charbon de bois au départ varie entre 500 et 600 francs.
Avec l’emploi de fours démontables, si la qualité du charbon de bois est améliorée (ce qui est de première importance pour son usage dans les gazogènes), il semble que le prix de revient est plutôt plus élevé. Si, en effet, la moindre surveillance nécessaire permet une carbonisation accrue avec moins de main-d'œuvre, cette économie est sans doute largement compensée par l’amortissement des fours, dont le prix reste malheureusement très élevé,
Si l’usage du charbon de bois comme carburant forestier se développe, il faut s’attendre à une nouvelle augmentation de son prix.
En effet, lorsque l'exploitation des taillis sera faite spécialement en vue de la production du charbon de bois, et non plus pour écouler le bois de feu provenant de la production de bois d'œuvre ou du dégagement des futaies, le prix de vente devra se hausser à un niveau suffisant pour rémunérer le propriétaire de la forêt et couvrir tous les frais généraux de l'exploitant.
Le prix de 531 fr. donné plus haut s’applique au charbon de bois vendu en gros par wagons entiers.
M. Turlure donne le détail des frais supplémentaires qui grèvent le prix de revient du charbon de bois, prêt à être livré à la consommation automobile en sacs papier de 50 litres (soit 12 kgr.).
De 1.000 kgr. il ne resterait après triage, clissage, concassage que 850 kgr., ce qui fait que chaque paquet de 12 kgr. contient pour 6 fr. 80 de charbon.
On a alors :
CP OR re RATS meute 9 v9 6,800 Frais de confection du paquet .,..... 1,391 OS nt re » 0,819
9,010 le paquet,
Ce qui porte le prix de vente à 750 fr. la tonne au départ.
Mazopier, Carburant. f
2. Charbon de bois épuré. — La question se présente très différemment pour le charbon de bois épuré. Au lieu d’une fabrication artisanale avec des moyens sommaires, il s’agit cette fois d’une production industrielle, qui nécessite des immobilisations importantes de capitaux.
D'autre part, comme les usines reçoivent d'énormes quantités de bois à traiter, le bois subit des frais de transport plus importants.
Par ailleurs, le charbon de bois épuré n’est pour de telles entreprises qu’un sous-produit secondaire. Il est done difficile de déterminer son prix de revient. Il est très probablement supérieur à celui de la fabrication en meule.
Ensaché au départ de l'usine, il est vendu environ 800 fr. la tonne. Au détail son prix dépasse parfois 1.000 fr. la tonne.
c) Agglomérés. — La fabrication des agglomérés n’a guère encore dépassé la phase initiale du laboratoire.
La production actuelle se fait dans des usines d'Etat ou subventionnées, et il est difficile de savoir si le prix de revient n'est pas supérieur au prix de vente.
Certes, le jour où l'aggloméré sera au point, la construction d'usines destinées à sa fabrication industrielle permettra de réaliser un abaissement du prix de revient grâce aux économies de la production en grand.
Dès à présent, certains promoteurs prétendent que des agglomérés pourraient être vendus de façon rentable à un prix de 1.000 fr. la tonne.
Il semble cependant que l’aggloméré, qui pourra avoir par ailleurs des avantages de propreté, de commodité ou de rendement, sera handicapé longtemps par son prix élevé.
En effet, la nécessité de rémunérer d'importants investissements de capital viendra encore accroître le prix résultant de sa fabrication.
Puisque la matière première est le charbon de bois, il est certain qu'en tout état de cause le prix de l’aggloméré restera supérieur à celui du charbon de bois.
Cet inconvénient n’existe plus au même titre pour les agglomérés, ou les mélanges de charbon végétal et de charbon minéral, puisque la houille qui sert à leur fabrication se vend moins cher que le charbon de bois. Le «Carboto » est vendu au prix uniforme de 800 fr. la tonne dans tout l’Ouest de la France.
Le même motif d'économie pourrait faire envisager avec faveur l’utilisation de l’anthracite ou du semi-coke dans les gazogènes. Toutefois, cet avantage ne compense pas l’inconvénient d’un moindre rendement et de l'emploi d’une matière première qui nécessite directement ou indirectement l'importation de produits étrangers.
Cependant, les importations massives de charbon étranger n’empêchent pas certains anthracites français de manquer de débouchés, qu’ils trouveraient dans l’alimentation des gazogènes. Les mines de la Grand’Combe et de Bessèges approvisionnent depuis plusieurs années un certain nombre de véhicules à gazogènes. D’autres mines pourraient sans doute suivre cet exemple.
C. Frais de transports. — Il y a déjà eu lieu d’envisager la répercussion des dépenses de transports sur les prix à propos du coût de production des différents carburants.
Au stade de la fabrication, cette influence n’atteint que l’aggloméré et le charbon de bois épuré, maïs à la livraison ce sont toutes les catégories de carburants forestiers qui sont affectées.
Or, ces frais de transport sont extrêmement importants à cause de l’encombrement des carburants forestiers actuels par rapport à leur pouvoir calorifique, comme le montre le tableau suivant.
Pouvoir calorifique d’un kilogramme de combustible(en calories):
SSL CE ne ei NE A a AU TRUE 11.000 Ve ON Re RC TR EE POP PET 9.500 ENDÉNTA CITE nn nn eve does daese 7.500 Charbon des bois NCA RE Re me eds 8.000 Charbon de bois OT dINAEM Eu ire 7.000 POSE Te nee Mufe de e brave by cat are 3.000
Si les frais de transport à la tonne étaient les mêmes pour tous ces carburants, ils seraient proportionnellement 3,7 fois plus élevés pour le bois, 1,6 fois plus pour le charbon de bois, 1,5 fois plus pour le charbon végétal que pour l’essence.
Or, cette opposition est aggravée par les tarifs de transports plus élevés que supportent les charbons de bois et les bois de feu par rapport à la houille et surtout aux hydrocarbures.
Tandis que ces derniers utilisent dans une large mesure la navigation fluviale, beaucoup moins coûteuse que le transport par chemin de fer, le bois ne l’utilise que peu, et le charbon de bois à peine, car la dissémination des bois français comme la faible densité du charbon de bois s’y opposent.
C’est donc essentiellement par voie de fer que sont transportés les bois de feu et charbons de bois.