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II. — Revalorisation des produits forestiers

Il est encore trop tôt pour juger des répercussions du développement des gazogènes sur la forêt française et ce n’est que plus tard, lorsque ce nouveau débouché du bois de feu aura pris toute son importance, qu’il sera, en particulier, possible d’apprécier dans quelle mesure il contribue au reboisement ou au déboisement.

De même, en ce qui concerne le renouveau de vie paysanne que devrait provoquer la diffusion des gazogènes fixes de petite puissance.

Mais, dès à présent, les premières conséquences apparaissent sur la revalorisation des produits forestiers.

Il y a en effet depuis deux ans, une hausse sensible sur les prix du charbon de bois, moins nette, mais certaine toutefois, sur ceux du bois.

Tombé en 1933 jusqu’à moins de 350 francs la tonne, le charbon de forêt se vend couramment aujourd’hui en gros au départ de 500 à 600 francs la tonne, et même davantage.

Dans beaucoup de régions il n’y a plus de mévente. Bien au contraire, les Eaux et Forêts ont dû se préoccuper de créer des centres de carbonisation dans des régions où la production était nulle ou insuffisante.

En ce qui concerne le bois de feu la hausse est moins sensible et plus récente. Cependant, M. Geneau, dans son étude annuelle, publiée dans le numéro d'avril 1938 de la Revue des Eaux et Forêts, constate pour 1937 une hausse moyenne de 30 %, sur 1936

pour les bois de chauffage et d'industrie. Dans les Vosges cette hausse atteint 100 %. En Corse, seulement, le prix du stère a continué à baisser.

Quant aux invendus, ils sont en diminution. En 1937, ils représentent pour les forêts domaniales 20 % en hectares et 14 9, en volume au lieu de 32 % et 30 % respectivement en 1935. Le volume des bois de feu invendus serait actuellement de 7.500.000 stères (1) au lieu de 10 millions en 1932.

Aussi les revenus forestiers de l'Etat et des Communes augmentent-ils depuis 1935, bien qu’ils soient loin encore des chiffres de 1929.

Forêts domaniales Forêts communales CROP ee PR SE 329.097.000 fr. 371.023.000 fr. ICRA ARE. Ie, nee 57.000.000 — 39.000.000 — MOTO SP RS EME NA 80.000.680 — 53.854.000 — DOS ECS 137.955.000 — 98.304.000 —

Il doit en être de même pour les revenus forestiers privés.

Il faut toutefois se garder de tirer de ces chiffres des conséquences inexactes. [Il semble, en réalité, que l’emploi du bois comme carburant n’ait de lui-même joué qu’un rôle très faible dans cette revalorisation.

D’autres causes l’expliquent :

10 Tout d’abord, les produits forestiers ont subi, comme l’ensemble des produits français, la hausse générale des prix qui s’est produite depuis juin 1936. Les frais de main-d'œuvre et de transport ayant augmenté, on ne peut dire qu’il y a eu véritablement revalorisation dans la mesure où la hausse est due à ces incidences.

20 Le charbon de bois a profité de la hausse particulièrement importante du charbon due à l'influence des exportations étrangères sur le prix de ce produit. Dès lors, le charbon de bois a pu à nouveau concurrencer dans bien des cas le charbon végétal pour les emplois domestiques.

30 Le bois de feu a profité de la hausse considérable du bois

(1) Chiffre donné par le numéro de mai 1938 du Marchand Grainier.

d'œuvre depuis 1935. Celle-ci est due surtout à la hausse des cours mondiaux et aux dévaluations qui ont accordé aux bois français une protection nouvelle. *

La hausse a surtout été forte sur les bois de mine et de râperie.

Il s’est dès lors produit l’effet d'entraînement signalé dans le premier chapitre de ce livre.

La hausse des bois de mine a entraîné un usage plus grand des meilleurs bois de feu comme bois d’œuvre inférieurs, et le prix des bois de feu a finalement augmenté. Ainsi s'explique que les Départements où l’on constate la plus forte hausse des bois de mine ou de râperie, comme la Côte-d'Or, les Vosges et le Loiret, soient aussi ceux où le bois de feu a le plus renchéri.

49 Enfin dans la mesure où elle est due à une augmentation de ses débouchés, la hausse du bois de feu s’explique non seulement par le développement du carburant forestier, mais aussi par le renouveau du chauffage et de la cuisine au bois.

Ces réserves faites, il est certain que, pour le charbon de bois en particulier, les gazogènes sont un client déjà appréciable. On estime que 40.000 tonnes environ sont ainsi absorbées sur une production totale de 200.000 tonnes. Dès lors, il est compréhensible que cette nouvelle demande, qui croît chaque jour, ait pu avoir une influence sérieuse sur les prix.

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